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« Diana, l’interview du siècle » : vingt-cinq ans après, un rapport conclut à une tromperie de la part du journaliste de la BBC

Un rapport indépendant dénonce les méthodes « trompeuses » employées par le journaliste Martin Bashir pour obtenir cet entretien avec Lady Di, qui a fait vaciller la monarchie britannique.

Le prince Charles regarde la princesse Diana alors qu’ils attendent leur voiture pour quitter la cérémonie de l’ordre de la Jarretière au château de Windsor, le 15 juin 1992.
Le prince Charles regarde la princesse Diana alors qu’ils attendent leur voiture pour quitter la cérémonie de l’ordre de la Jarretière au château de Windsor, le 15 juin 1992. KEVIN LAMARQUE / REUTERS

Plus de vingt-cinq ans après une interview de Lady Di, la BBC présente ses excuses. Un rapport indépendant a dénoncé, jeudi 20 mai, les méthodes « trompeuses » employées par le journaliste Martin Bashir pour obtenir cet entretien explosif pour la monarchie britannique.

Diffusée dans l’émission « Panorama » en 1995 devant vingt-trois millions de personnes, l’interview avait propulsé la carrière de Martin Bashir, aujourd’hui âgé de 58 ans, et avait fait l’effet d’une bombe.

La princesse, morte en 1997 dans un accident de voiture à Paris, poursuivie par des paparazzis, avait notamment affirmé qu’il y avait « trois personnes » dans son mariage – en référence à la relation que Charles entretenait avec Camilla Parker Bowles – et reconnaissait entretenir elle-même une liaison. Elle avait aussi confié souffrir de boulimie. Mais l’intervieweur a été accusé d’avoir falsifié des documents pour obtenir cet entretien.

Dans son rapport, l’ancien juge de la Cour suprême britannique John Dyson confirme cette version et critique vertement la BBC pour sa gestion d’une affaire qui date de plusieurs années. « Par son comportement trompeur, M. Bashir a réussi à organiser la réunion qui a conduit à l’entretien », précise le rapport.

De faux documents pour convaincre Lady Di

Dans un communiqué, le directeur général de la BBC, Tim Davie, a dit « accepter les conclusions » de cette enquête. « Bien que le rapport indique que Diana, princesse de Galles, était favorable à l’idée d’une interview avec la BBC, il est clair que le processus d’obtention de l’interview n’a pas été à la hauteur de ce que le public est en droit d’attendre. Nous en sommes vraiment désolés », a déclaré M. Davie.

Le frère de Diana, Charles Spencer, avait affirmé que Martin Bashir lui avait montré des relevés de compte – qui se sont révélés faux – prouvant que les services de sécurité payaient deux personnes à la cour des Windsor pour espionner sa sœur. C’est ce qui l’avait poussé, selon lui, à présenter le journaliste à Lady Di.

« En montrant au comte Spencer ces fausses déclarations (…), M. Bashir l’a trompé et l’a incité à organiser une rencontre avec la princesse Diana », précise le rapport, dénonçant une « grave infraction » aux règles éditoriales de la BBC.

« Je regrette »

« C’était une chose stupide à faire et c’était une action que je regrette profondément », a réagi Martin Bashir, qui vient de quitter le groupe public, dans un communiqué. Le journaliste a toutefois affirmé que ces relevés de compte n’avaient pas joué de rôle déterminant dans le « choix personnel » de Diana de répondre à ses questions.

Il a salué « la décision courageuse de la princesse de raconter son histoire, de parler courageusement des difficultés auxquelles elle a été confrontée » : « Elle a ouvert la voie en abordant un si grand nombre de ces problèmes et c’est pourquoi je resterai toujours immensément fier de cette interview. »

Le rapport critique aussi l’enquête interne de la BBC, en 1996, sur les conditions de l’interview. La BBC « n’a pas respecté les normes élevées d’intégrité et de transparence qui sont sa marque de fabrique », souligne le rapport, soulignant que le groupe audiovisuel public n’avait pas pris contact avec Charles Spencer pour lui demander sa version des faits, ni mis en doute l’honnêteté de M. Bashir.

Une enquête interne bâclée

L’ancien directeur général de la BBC Tony Hall, qui était directeur de la rédaction au moment de l’interview, a présenté ses excuses, reconnaissant que l’enquête interne « était bien en deçà » des standards requis. Il a reconnu avoir eu « tort de donner à Martin Bashir le bénéfice du doute ».

Après cette interview, Martin Bashir avait poursuivi sa carrière aux Etats-Unis avant de revenir au Royaume-Uni travailler pour la BBC, jusqu’à sa démission.

Outre Lady Di, il avait aussi interviewé Michael Jackson pour un documentaire réalisé en 2003 pour ITV. La star de la pop, aujourd’hui décédée, s’était plainte auprès du régulateur audiovisuel britannique, accusant Martin Bashir d’avoir donné une image déformée de son comportement et de sa conduite en tant que père. A la mi-mai, la BBC avait annoncé le départ pour raisons de santé de Martin Bashir, qui était chargé depuis 2016 de la couverture religieuse pour le groupe audiovisuel public.

Le Monde avec AFP

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