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Drame de Bettenty, sept ans après : un changement de comportement au prix de larmes !

Même s’ils se cachent derrière le manteau du temps, pour oublier la journée du lundi 24 avril 2017, les habitants de Bettenty ne parviennent pas à se départir de la tragédie qui a causé la mort de 21 femmes. 51 autres secourus par des villageois et des Sapeurs-pompiers. Sept (7) ans après l’accident de leur pirogue qui a chaviré, alors qu’elles revenaient d’une journée de dur labeur, la douleur est toujours intenable. Les larmes coulent… à flots. Le village insulaire du delta du Saloum sis de la commune de Toubacouta a tout de même changé certaines de ses habitudes. Les normes de la traversée du fleuve sont renforcées et mieux respectées. Désormais, le port de gilets est obligatoire et la surcharge des pirogues est interdite.

Presque sept (7) ans après le drame de Bettenty, les larmes ne tarissent pas. La douleur reste un souvenir qui résiste au temps. Elle est une plaie béante qui saigne toujours. A chaque fois qu’on parle de cet accident qui a couté la vie à 21 femmes, mortes noyées, surprises qu’elles sont par les vagues alors qu’elles revenaient d’une cueillette de fruits de mer, l’émotion est vive. Certains prennent le risque de réveiller ce monstre puissant qui a laissé dans les cœurs un vide qui rien ne peut combler. D’autres choisissent le silence faisant de cet évènement pas plus qu’un passé malheur. Cherif Daba Diouf est l’une des personnes qui accepte de parler de ce drame qui lui a privé de son épouse. D’un commerce facile et d’un humour contagieux, il met rapidement à l’aise son interlocuteur. La douleur qu’il endure derrière ce masque de gaieté, ne peut se mesurer à ses éclats de rires ou à son sourire contentieux. Les derniers mots qu’il a échangés avec son défunte épouse dans la journée du 24 avril 2017, sont intacts dans sa mémoire. Vivre sans elle est d’autant plus difficile qu’il est obligé de superviser seul les travaux de finition de leur maison dont la défunte était son grand soutien.  « Mon fils nous a payé cinq tonnes de ciment que nous faisons des briques pour la construction de notre maison. Tous les deux, nous étions chargés d’extraire le sable marin qui va avec cette activité.  C’est quand il restait 10 sacs, qu’elle m’a fait savoir dans cette journée du 24 avril qu’elle préférait aller ce jour, en mer pour chercher des mollusques », se rappelle-t-il, la voix empreinte d’émotion. Essayant de lui en dissuader, Cherif dit avoir demandé à son épouse de sursoir à cette activité vu son état de santé très fragile. Elle se plaignait de brulures d’estomac. Loin de se douter que c’était leur dernière conversation, il a cédé face l’instance de celle-ci puis a continué ses activités quotidiennes. Sa quiétude ne sera que de courte durée car raconte-t-il, « j’ai senti sa mort. Perturbé, j’ai essayé de la joindre au téléphone, mais je suis tombé sur notre fille ainée qui m’a dit que sa maman est déjà partie en mer.  J’ai continué ma journée sans prendre le déjeuner. Je suis sorti faire une balade au bord de la plage et c’est à ce moment que j’ai vu des jeunes très excités. Je fus ainsi informé du chavirement de l’embarcation qui transportait mon épouse ».  Pour lui, sa femme ne pouvait survivre à ce drame. La confirmation, il l’obtiendra de manière dramatique. « J’ai pris une pirogue pour aller au secours des naufragés. Un des membres d’une embarcation de sauvetage que j’ai croisé m’a dit que ma femme est morte et c’est lui qui a repêché son corps. J’avais arrêté de fumer 9 ans auparavant, et c’est ce jour que j’ai repris.  Je suis meurtri. Elle m’a laissé neuf enfants. Mon épouse me vouait un énorme respect, un amour sincère, une fidélité hors du commun et un soutien indéfectible. J’allais jusqu’en Casamance pour chercher des crevettes que je revendais à Dakar. Je faisais trois mois hors de mon foyer, et c’est elle qui s’occupait de tout », se remémore Cherif Daba Diouf, la voix teintée de sanglots. L’impitoyabilité du destin, il le ressent et durement d’ailleurs. Sa fille ainée, un soutien de taille après cet événement tragique, a rejoint sa mère, emportée par une complication d’une tension artérielle. Enceinte à dix-neuf ans, et dans l’obligation de faire plusieurs kms en mer et en voiture, elle n’a pas ainsi survécu à son évacuation vers Sokone.

Seules des larmes peuvent traduire la grande souffrance des proches des victimes. Bettenty pleure toujours ses dames et mères de familles qui sont parties à jamais laissant derrière elles, des époux, enfants et parents éplorés. Au cimetière de la localité, les tombes des naufragés si modestes et alignées dans ce lieu de repos éternel, font l’objet de beaucoup d’attention et de recueillement.

La poste fausse les efforts de l’Etat

Jeudi 28 décembre, le village s’est réveillé avec ses comportements quotidiens. Les pêcheurs larguent les amarres et prennent du large dans l’Atlantique à la recherche de poissons, les bambins se défoulent à la berge aux pirogues à quai.  Bettenty s’ouvre ainsi à ses visiteurs exposant ses innombrables cocotiers. Le village est surnommé « la Guadeloupe » des îles du Saloum à cause de ces arbres, nous dit notre guide. Certains cocotiers bercés par le vent, ont fini par prendre d’autres formes que d’être debout la cime pointant haut vers le ciel.  Par ici, la marée est le maitre de la vie. On se plie à ses humeurs pour entrer ou sortir du village.  Les voyages s’organisent à sa guise y compris les évacuations sanitaires. Elle les conditionne sans aucune lecture de l’état du patient. Ses montées et descentes, sont tellement encrées dans le quotidien des habitants au point que la première précision faite aux visiteurs, est qu’à partir de 14 heures et environ, aucun déplacement n’est pas possible à part ceux des femmes qui profitent de cette baisse de la marée pour aller à la cueillette des fruits de mer. Cette activité, certaines en font plus depuis le drame. « Je n’ose plus aller chercher des produits halieutiques et je ne suis pas la seule. Une habitante du village qui a perdu sa fille unique dans cet accident, ne va plus en mer depuis lors. Elle en est sortie traumatisée », nous dit Fatou Diouf, une femme transformatrice.  A quelque chose malheur est bon, dit-on. Cette expression peut se coller aux leçons tirées de ce drame s’il ne serait un sacrilège vu la grande souffrance des familles. « On a mis le focus sur la sécurité. L’immatriculation des pirogues pour la légalité, les populations en sont aussi conscientes.  Un agent des pêches a été tout de suite affecté à Bettenty qui n’avait pas de poste de contrôle c’est après l’accident que cette affectation a eu lieu. La mairie de Toubacouta a aussi affecté un Agent de la Sécurité de Proximité (ASP) qui travaille avec l’agent des pêches pour régulariser le nombre de personnes que les pirogues doivent contenir et transporter mais aussi pour veiller à ce que le port du gilet soit effectif bien que les gens soient maintenant assez conscients. Les comportements ont beaucoup changé. Les gens font beaucoup plus attention à la traversée », indique l’agent au développement local et animateur à la radio locale, Bacary Mané.  Ce renforcement de la sécurité est un des engagements de l’Etat du Sénégal. Il a en eu bien d’autres. Les populations se réjouissent du soutien du président de la République, Macky Sall, de son gouvernement notamment l’ancien ministre de la pêche, Oumar Gueye.  La fausse note est que la Poste, un gouffre à sous pour certains, en pleine crise, a englouti plusieurs centaines de mille destinées aux allocations des pupilles de la nation de Bettenty. « Par trimestre, chaque enfant reçoit 150.000 frs CFA. Ils ont des comptes à la poste. Malheureusement, une grande partie de la somme versée à ces enfants est engloutie par la crise de la poste. Le versement se faisait par PostFinance, nous sommes allés plusieurs fois réclamer cet argent en vain pour motif qu’il n’y a pas d’argent. Maintenant, le virement se fait par crédit mutuel même si parfois, il y a des lenteurs. Ça fait bientôt plus de 2 ans que l’argent est à la poste. Nous avons toujours nos carnets de PostFinance », se désole Cherif Daba Diouf.  Les pupilles sont une soixantaine. A Bettenty, au moment où le soleil vespéral dardant ses rayons dorés sur l’océan, s’apprête à éteindre ses dernières lumières, les femmes de retour de la pêche embarquées dans des pirogues, pagaient tranquillement rejoignant leurs demeures. Les couchers du soleil dans cette partie du Delta du fleuve Saloum sont un régal. Son reflet sur l’eau est d’une beauté insatiable. A cet instant, de la journée, les oiseaux du parc du Delta du Saloum, regagnent leur dortoir, ailes battantes et la nature cache mal son charme sexy à travers la pénombre qui dessine ses contours, une nuit tombante qui n’est pas simplement pour le repos. Sur l’île, elle un moment privilégié pour voyager. Le dictat de la marée impose les départs nocturnes.  Revenues à 19 heures après 6 heures de baisse, elles ne donnent pas beaucoup d’options aux pirogues de transport, « courriers ». Et la nuit en est une. Le voyage vers la terre ferme commence par cette traversée. La nuit, les lampes des villes gambiennes, Banjul et Bara perceptibles de loin, violent les limites géographiques et rappellent la proximité avec ce pays voisin. Il est à 24 km de traversée selon les autochtones. Bettenty est doté par la nature, mais pour parler de sa beauté, il faut faire fi de sa fange laissée par la marée descendante d’où s’embourbent d’innocents gamins qui n’en non cure des amas d’ordures, une niche de microbes. Bettenty continue d’exister mais, affligé par ce terrible drame qui fut un premier accident dans cette île occupée que de pêcheurs rompus à la tâche.

 FATOU NDIAYE

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