SOCIETE / FAITS DIVERS

Le faux cancérologue encaisse 3 millions et provoque la mort de son ami pharmacien

Malgré la gravité des faits, Emmanuel Boniface Dzou continue de s’auto-proclamer médecin ? alors qu’il n’a produit aucun diplôme d’État. Se faisant passer pour un spécialiste en oncologie et cardiologie, le Camerounais avait réclamé 3 millions francs à la famille du pharmacien, Dr M. Diop pour soigner ce dernier, atteint d’un cancer du colon. Mais, le patient est malheureusement décédé, après avoir reçu un traitement. Attrait hier, pour exercice illégal de la médecine, mise en danger de la vie d’autrui, faux et usage de faux en écriture privée, homicide involontaire, le prévenu encourt une peine de cinq ans ferme. 

La dame A. Diop n’arrive toujours pas à faire le deuil de son frère, M. Diop qui a perdu la vie dans des circonstances atroces. « Je ne réclame rien. Je veux que justice soit faite », a-t-elle lâché entre deux sanglots, lorsque le juge du tribunal correctionnel de Dakar lui a demandé combien elle réclame à titre de dédommagement. Elle a attrait Emmanuel Boniface Dzou pour exercice illégal de la médecine, mise en danger de la vie d’autrui, faux et usage de faux en écriture privée et homicide involontaire. D’après la plaignante, le faux médecin avait assuré à la famille qu’il allait soigner son frère en contrepartie de 3 millions FCFA. « Mon frère avait une tumeur. Le comparant lui a administré des doses exagérées en vitamines C. Le même jour, son état a empiré. Son pied s’est enflé. Il avait des infections cutanées sur tout le corps. Il n’avait pas fermé l’oeil de la nuit », a-t-elle déclaré, la voix étreinte par la colère. Le lendemain, la partie civile avait appelé le mis en cause. Mais, ce dernier avait daigné secourir son patient sous prétexte qu’il consultait des malades dans une clinique à Guédiawaye. Pis, il avait déconseillé à la dame d’évacuer son frangin à bord d’une ambulance. « J’avais finalement contacté la Suma. Une fois à l’hôpital Principal, la victime passe l’arme à gauche », regrette-t-elle. « Le lendemain, il nous a réclamé le paiement d’une facture de 800.000 francs. Quand je l’ai convoqué chez la deuxième épouse du défunt le dimanche, il m’a remis une facture au nom du cabinet « Santé Etoile ». Il a fallu que j’insiste pour qu’il y appose un cachet de cardiologue et oncologue », explique-t-elle. Aussi, la plaignante a découvert que le prévenu avait occasionné la mort d’une dame, laquelle lui avait payé 6 millions FCFA.

« Il y a un lien direct ou indirect entre les traitements du prévenu et la mort de la victime »

Né en 1986 à Yaoundé, Emmanuel Boniface a juré n’avoir rien administré à son ami. « Le défunt était un collaborateur, un ami. C’est lui qui m’avait révélé sa maladie. Il était condamné. La perfusion que je lui ai faite, n’est pas passée. Car ses veines étaient roses », défend-il. Très prolixe, le prévenu a allégué avoir acquis un doctorat d’Etat en Ukraine. « J’ai également fait une spécialisation. Quand je suis venu au Sénégal, j’ai commencé à travailler à l’hôpital Principal. Mais, je ne suis pas inscrit à l’Ordre des médecins du Sénégal », avoue-t-il. Il précise qu’il vendait des compléments alimentaires au niveau du cabinet « Santé Étoile ». Le juge a révélé que le prévenu a reçu ses attestations de manière tout à fait informelle. « Tu étais l’ami du recteur. Tu as reçu les attestations par mail. Le médecin qui vous supervisait à l’hôpital Principal, a dit que vous avez exercé là-bas en tant que stagiaire. Vous avez mal pratiqué, c’est pourquoi il vous a demandé de partir. Vous n’avez jamais eu un diplôme en Ukraine. Vous n’avez aucune qualité d’exercer la médecine », a lancé le magistrat.

Pour le substitut du procureur, il y a un lien direct ou indirect entre les traitements du prévenu et la mort de la victime. Les faits pouvaient même être requalifiés en meurtre. A cet effet, le Ministère public a requis cinq ans ferme. La défense a plaidé une application bienveillante de la loi pour l’exercice illégal de la médecine et la relaxe pour les autres chefs d’inculpation. « Aucun élément ne peut nous permettre de lui imputer la mort de Dr Diop. Dans le certificat de genre de mort, il est mentionné que le défunt est mort d’un cancer du colon « , fulmine Me Alioune Badara Ndiaye qui ajoute que la partie civile suspecte le prévenu d’avoir tué le pharmacien de connivence avec la première femme de celui-ci.

Le juge rendra son verdict le 14 avril prochain.

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