POLITIQUE

LE MYSTÈRE IDRISSA SECK

Les uns le disent malade, d’autres évoquent de fréquents voyages, mais le fait est que le Président du Conseil économique, social et environnemental, Idrissa Seck, est le seul parmi les présidentiables à ne pas traîner un boulet judiciaire (Ousmane Sonko, Khalifa Sall, Karim Wade) ou juridique (le troisième mandat de Macky Sall en débat). Absent lors de la dernière rencontre des chefs des partis de ‘’Benno Bokk Yakaar’’, il en sera à sa quatrième tentative en 2024.

Il faut allumer des feux de brouillard pour percevoir une asphalte directrice vers la présidentielle de 2024. Si Macky Sall refuse toujours de se prononcer sur sa participation, il n’est pas le seul dans cette posture de silence. Le Président du Conseil économique, social et environnemental, Idrissa Seck rajoute lui aussi à la nébuleuse en émettant quelques coups de phare. Et bientôt des klaxons ? Vendredi 23 décembre dernier, alors que le président de la République, chef de la coalition au pouvoir, avait convié les chefs des grands partis qui la composent à un conclave au King-Fahd, le patron de « Rewmi » était aux abonnés absents. Sans explications. Point d’Idrissa Seck.

Selon certaines sources, cette rencontre l’a trouvé à l’étranger. Pour des raisons médicales ? Depuis des mois, précisément depuis sa nomination à l’institution de l’avenue Pasteur, de folles rumeurs accréditent l’idée que l’ancien Premier ministre (novembre 2002 – avril 2004) est souffrant. Il n’a jamais pu cacher de récurrentes extinctions de voix (ce léger handicap avait parasité sa déclaration de politique générale malgré un texte mémorable). Cela ne l’a toutefois jamais empêché de poursuivre sa dynamique tendue vers son destin toujours réaffirmé de conduire les destinées du Sénégal.

Il y a un an, lors de l’inauguration du Train express régional (TER), il n’était pas apparu au mieux de sa forme. Mais lors de ses dernières sorties, au perchoir du Conseil économique et social, lors de la dernière session, il avait normalement dirigé les travaux centrés sur « l’exploitation pétro-gazière et la compétitivité économique ». Un ancien dirigeant du PDS qui lui a été proche accuse « les réseaux de l’APR d’entretenir des rumeurs sur sa santé pour brouiller son image, mais tout le monde sait qu’il sera un redoutable candidat ».

Mystère et boule de gomme donc sur la situation personnelle de l’allié le plus détaché de la coalition au pouvoir, d’autant qu’il rejette systématiquement les demandes d’interview dont celles de la presse étrangère, selon un de ses proches. Il y a cinq mois, il a porté le plaidoyer auprès de Macky Sall pour qu’il signe le décret des titres de propriétés de Mbour 4 avec déclassement de forêt. Entre ses bureaux, sa maison dakaroise au Point-E, sa résidence secondaire près de Nguékhokh ou plus sporadiquement à Thiès, Idrissa Seck ne manifeste cependant aucun élan fédérateur dans la coalition au pouvoir.

Rewmi s’agite

Si la question d’un éventuel troisième mandat de Macky Sall occupe toutes les pensées et sert de fil conducteur à une partie de la majorité, il fait répéter à ses partisans que l’esprit de «Benno » commande au président de la République de passer la main. La section « Rewmi » de Guédiawaye a tenu récemment un séminaire axé sur la candidature de leur leader. Pour Moussa Thiam, coordonnateur de « Rewmi » et adjoint au maire de Mékhé, « Idrissa Seck a bâti son compagnonnage avec la coalition  Benno Bokk Yaakaar sur un socle de vérité et d’amour pour le pays, et c’est pourquoi, pour consolider les acquis mis en place, il faut qu’il soit le candidat de cette grande coalition à l’élection présidentielle de 2024 ». Assurant une sorte de « minimum syndical » dans le soutien à son allié Macky Sall, Idrissa Seck a un agenda aussi pressant que tous les autres présidentiables.

A un an de la campagne électorale, il est toujours tenu dans les rets de l’alliance. A-t-il été trompé ? Était-il lié par un accord avec l’actuel locataire du Palais ? Quand il décidait de rejoindre la majorité présidentielle en novembre 2022, l’ancien dauphin putatif du Président Abdoulaye Wade sublimait une alliance « Mburu Ak Soow » (la fusion du pain et du lait caillé) et se justifiait par « la gravité de l’heure », prétexte éculé s’il en est : ‘’j’ai pris la décision de répondre à l’invitation du Président Macky Sall, pour faire face, ensemble, aux innombrables crises qui s’apprêtaient à assaillir le pays en provenance du reste du monde. Mon option, c’était d’abord de veiller à ce que le pays reste stable, que la paix règne, que la concorde nationale existe et que les mécanismes démocratiques ne soient pas compromis ».

D’aucuns avaient soutenu que cette alliance lui permettait surtout de se refaire une…santé financière. Ce temps des crises est bien passé ; une autre séquence s’ouvre menant  à février-mars 2024, et celle-là, il ne saurait la rater. Idrissa Seck en sera à sa quatrième candidature à la magistrature suprême après une première participation en 2007  où il arrive deuxième avec 14,86 % des voix, lors du premier tour).

Le timing du départ

Il s’effondre en 2012, avec 7 % des suffrages, victime qu’il  été de sa non-campagne et d’une mauvaise image due à ses relations troubles avec Wade (audience de 2007, réintégration dans le PDS en 2009). En 2019, face à Macky Sall, il arrive en deuxième position avec 899 556 voix, soit 20,51 %.

Aujourd’hui, tous les présidentiables au Sénégal doivent sortir de contraintes juridiques, ou morales, ou pénales, sauf Idrissa Seck ! Le Président de la République est toujours considéré par beaucoup d’observateurs comme ayant épuisé ses cartouches en raison de la limitation à deux des mandats ; Ousmane Sonko, principal leader de l’opposition doit écarter le spectre d’une condamnation dans l’affaire qui l’oppose à la masseuse Adji Sarr ; Khalifa Sall et Karim Wade n’ont toujours pas recouvré leurs droits civiques après des condamnations pénales. A 65 ans, « Mara » joue sans doute la belle. Tout est maintenant question de timing. L’annonce de sa rupture avec la majorité devrait coïncider avec celle de sa candidature. Mais politiquement, il n’est pas bien loti.

L’obtention de deux postes au gouvernement (son numéro deux Yankhoba Diattara est ministre des Sports, alors que le placide Aly Saleh Diop, responsable du parti dans le Djolof est ministre de l’Élevage et des Productions animales) ne lui a pas encore permis d’élargir les bases de sa formation, jamais remise du départ de nombre de ses fondateurs. Et ils sont légion : Thierno Bocoum, Déthié Fall, Me Nafissatou Cissé, Oumar Sarr ou encore Abdourahmane Diouf. Mais pire, Idrissa Seck a perdu sa base historique de Thiès ; il n’a pas (encore) écrit de livre-programme et le temps joue contre lui.

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