POLITIQUE

L’ÉQUATION REWMI

Depuis quelque temps, la majorité est dans une zone de turbulences. Si ce ne sont les opposants qui perturbent le sommeil de son chef, c’est tout simplement des conflits internes qui, mal pris en charge, risquent d’être bien plus dévastateurs. La dernière en date est la bagarre entre militants de Rewmi et de l’Alliance pour la République, au niveau de Touba. Alors que des témoins faisaient état de plusieurs blessés, le coordonnateur du parti d’Idrissa Seck dans la localité dédramatise et parle d’un simple malentendu entre des jeunesses des deux formations.

‘’La relation entre les deux partis, souligne Mafary Ndiaye, est au beau fixe. Comme l’a annoncé le président Idrissa Seck : entre lui et le président Macky Sall, c’est comme ‘mbourou ak soow’. Entre les responsables des deux camps à Touba, c’est aussi comme ‘mbourou ak soow’. Il y a aucun conflit majeur. On fait tout ensemble au niveau de Touba’’.

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Revenant sur les bagarres notées avant-hier à Touba, le coordonnateur de Rewmi précise : ‘’Je dois rappeler que quand on a commencé à parler de ce forum, j’ai été la première personne à qui les initiateurs se sont adressés, avant même certains grands responsables de l’APR. En vérité, il y a trois jeunes qui sont certes membres de notre parti qui, peut-être, avaient des divergences de points de vue avec leurs homologues. Le maire les a reçus pour jouer les bons offices. Malheureusement, il n’y a pas eu de consensus. Quand ils sont sortis, il y a eu des échanges suivis d’affrontements. Mais ce n’était pas aussi grave qu’on l’a présenté’’.

Pour le secrétaire national chargé du commerce, de l’artisanat et du secteur informel à Rewmi, la page est donc tournée.

Mais pour beaucoup d’observateurs, ces conflits notés à Touba cachent des divergences bien plus profondes, qui pourraient remonter à la surface avec les joutes électorales à venir.

Selon le politologue Moussa Diaw, ces élections vont être un test grandeur nature pour les néo-alliés. Sur les raisons potentielles du conflit, il explique : ‘’Pour moi, c’est l’APR qui ne veut pas laisser des parcelles de liberté à la jeunesse de ses alliés qui viennent d’arriver. Ils veulent tout prendre et laisser des strapontins aux autres qui ne l’acceptent pas toujours. Ce qui, à mon avis, crée des tensions. Ce qui est sûr, c’est que ces élections à venir devront soit consolider l’alliance, soit l’affaiblir. Est-ce que Rewmi va accepter de subir sans réagir ? Rien n’est moins sûr.’’

Le syndrome des jeunesses des autres partis

Entre Rewmi et l’APR, en effet, les divergences remontent à fort longtemps. Et malgré les bonnes volontés affichées par les deux leaders, les ressentis n’ont eu de cesse de resurgir à la base. Et cette fois, ce sont les jeunesses qui en sont les symboles. Au-delà des guerres de positionnement, du côté de Rewmi, cela peut aussi être interprété comme une bataille pour la survie de sa jeunesse. Moussa Diaw précise : ‘’C’est vrai qu’au sommet, on a réussi à taire les divergences au nom de la logique de coalition, mais ces dernières apparaissent au niveau inférieur. La question qui se pose est de savoir si les leaders à la base vont toujours essayer de faire profil bas ou bien vont-ils réagir ? C’est là les germes de conflit. On constate que les leaders ne veulent pas sacrifier leurs jeunesses, malgré une entente au sommet. D’autant plus qu’il y a des élections à venir. Avec ces jeunesses, il faut aider sa jeunesse à exister et Rewmi semble le comprendre.’’

D’autres partis de la mouvance semblent l’avoir appris à leurs dépens. En effet, bien des jeunesses ont été sacrifiées à l’autel de la grande alliance qu’est la majorité présidentielle. Dans la plupart des partis, on entend presque plus certains segments indispensables comme les jeunesses, les femmes, entre autres. Alors que les leaders au sommet sirotent tranquillement leur part du gâteau, les bases sont souvent laissées à elles-mêmes, surtout les responsables les plus jeunes. Dernièrement, des voix se sont également élevées au sein du Parti socialiste pour fustiger une léthargie des structures.

Moussa Diaw explique : ‘’Au sommet de la pyramide, on ne sent pas la tension dans la mouvance présidentielle. Ce qui veut dire que les rivalités sont bien gérées. Mais il faut constater que jusque-là, ce n’était pas aussi difficile entre Rewmi et APR, parce qu’il n’y avait pas d’enjeux électoraux. Pourront-ils maintenir les relations en l’état ? Rien n’est moins sûr.’’

Quand Rewmi réveille les autres alliés

Par ailleurs, du côté du parti présidentiel, on chante également l’alliance Rewmi-APR. Selon le porte-parole adjoint du parti, le député Abdou Mbow, les gens s’alarment pour rien. ‘’Il n’y a pas de divergences particulières entre l’APR et Rewmi. Maintenant, des problèmes, il y en a partout. Même au sein d’une même formation politique, vous verrez des querelles. Il n’y a rien de grave, à ce niveau, qui puisse entamer la solidité de notre compagnonnage’’.

A la question de savoir si c’est la boulimie de l’APR qui est à l’origine de certaines bisbilles ou la gourmandise de Rewmi, il répète : ‘’Ce que je peux dire, c’est qu’en politique, il est tout à fait normal qu’il y ait des divergences. Ce n’est même pas en politique seulement. On le voit partout. Les gens veulent juste faire des commentaires inutiles, mais c’est le cours normal des choses.’’

En tout cas, cette effervescence, due au ralliement de Rewmi à la majorité présidentielle, ne laisse aucun allié indifférent. Dans tous les états-majors, on essaie de sonner la mobilisation, même si c’est loin d’être évident, après de longues périodes d’inertie, pour ne pas laisser le champ libre au dernier venu qui semble adoubé par le président de la mouvance.

Avec l’approches des Locales, les fossés se creusent et pourraient faire des dégâts dans la grande coalition qui regroupe plus de 150 partis et mouvements politiques.

A l’instar de Touba qui a donné le ton, la guerre s’annonce ainsi inéluctable dans beaucoup de localités, aussi bien au sein de l’Alliance pour la République, à la périphérie avec les alliés dans Benno Bokk Yaakaar.

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