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Mafia des licences de pêche : L’État complice ?

Invité de l’émission face à Pape Alé sur la Sen Tv, Saër Seck, président du Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal (Gaipes) a fait des révélations ahurissantes concernant l’attribution des licences de pêche. Selon lui, il y a des navires chinois qui pêchent dans les eaux sénégalaises avec des licences «hors la loi». Le président du Gaipes constate pour le déplorer, qu’il existe dans le secteur ce qui s’apparente à des pratiques mafieuses. Parce que ces licences hors la loi, explique-t-il, sont des licences de pêche profonde, option poisson et céphalopode ; ce qui ne figure nulle part dans la législation sénégalaise, relève Saër Seck. Qui rembobine : «Des Chinois se mettent en collusion avec des armateurs sénégalais et créent des sociétés de pêche fictives où le partenaire sénégalais est censé être l’actionnaire majoritaire. Une fois que ce dernier parvient à décrocher une licence de pêche au niveau des autorités compétentes, il la rétrocède au partenaire chinois moyennant la somme de 150 millions et le tour est joué».

Ce qui est encore plus curieux, rembobine Saër Seck, est le fait que toutes les sociétés sénégalaises qui sponsorisent les navires chinois ont un capital qui ne dépasse pas un million de francs, alors que ces bateaux coûtent plus de 5 milliards l’unité, a renseigné le président du Gaipes. Qui s’est demandé pourquoi le ministère de la Pêche refuse de publier le nombre de nouveaux bateaux immatriculés qui pêchent dans les eaux sénégalaises et la date de leur nationalisation, ainsi que le mode de licence qu’ils détiennent. Mais à ce jour, le ministère n’a pas satisfait leur demande alors que c’est la transparence qui devrait être de mise, d’autant que les ressources halieutiques appartiennent à tout le peuple.

Mais tel ne semble pas être le cas dans le secteur de la pêche où une bande de Sénégalais, au plus haut sommet de l’État, est en train de dilapider les ressources de tout un pays moyennant des pots de vin et des mallettes sous la table. Les pratiques mafieuses constatées et souvent dénoncées chez les navires de pêche causent un préjudice incommensurable au Sénégal, mais il semble que cela n’émeut guère les autorités, qui devraient y mettre un terme. En se faisant complices des Chinois, ces Sénégalais privent leur pays d’importants revenus financiers et compromettent tout espoir de gestion durable et équitable des pêcheries dont la situation est déjà très préoccupante. Nos pêcheurs artisans ne cessent de se plaindre de leurs maigres prises ainsi que des coûts et charges de travail élevés, incapables de faire face à la concurrence des navires industriels. Ce qui les pousse d’ailleurs à aller pêcher en Mauritanie en prenant le risque de s’accrocher aux garde-côtes.

Pourtant, l’État devrait accorder une importance primordiale au secteur de la pêche en ce sens qu’il constitue un élément essentiel dans l’activité économique du Sénégal. Non seulement il contribue pour environ 2% au Pib, mais est également grand pourvoyeur de devises du Sénégal. Il génère plus de 600.000 emplois directs et induits dont 94% sont fournis par la pêche artisanale et 1.600.000 à 2.000.000 de personnes sont dépendantes du secteur. La pêche joue un rôle capital dans l’alimentation des populations, car elle satisfait 70% des besoins en protéines d’origine animale des consommateurs au Sénégal. La pêche artisanale, dont l’importance n’est plus à démontrer, occupe une place prépondérante dans le secteur de la pêche tant sur le plan captures que sur le nombre d’emplois créés, elle est un sous-secteur stratégique pour l’économie et la sécurité alimentaire du Sénégal.

Malheureusement, elle est actuellement plongée dans une crise sans précédent causée surtout par le pillage éhonté des produits halieutiques par les navires étrangers avec la complicité des autorités. Une situation qui menace notre sécurité alimentaire en ces périodes de covid-19 où les dirigeants conscients et soucieux de l’intérêt de leurs peuples sont en train de tout faire pour les mettre à l’abri d’une éventuelle crise alimentaire, contrairement au Sénégal, qui brade ses ressources à vil prix. Jusqu’à quand ?

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