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Monnaie, dette, souveraineté alimentaire : des économistes en mode éclairage

Réunis samedi dernier, à Dakar autour d’une nouvelle plateforme dénommée : « Espace populaire d’échange de Dakar », des économistes ont porté des éclairages sur les questions hautement stratégiques d’un Etat souverain à savoir la monnaie, la dette, et la souveraineté alimentaire. Tour à tour, ces intellectuels ont expliqué en quoi ces questions enfreignent le développement économique et la souveraineté des Etats africains.   

Intervenant samedi dernier sur la monnaie dans le cadre des activités de l’association dénommée « Espace populaire d’échange de Dakar », l’économiste du développement, Ndongo Samba Sylla, non moins directeur de la région Afrique de l’international dévelopment économics associates (Ideas) après avoir fait un bref historique de la Barings, la plus vieille banque d’Angleterre sur ce que c’est la monnaie. Lequel système voulait que la monnaie soit adossée à de l’or ou toute autre chose de valeur. Mais, depuis 1971 l’étalon de changement a été rompu. Par conséquent, à ce jour, ce qui fait « la valeur de toutes les monnaies, c’est la puissance des Etats ». En clair, « c’est le rôle fiscale des Etats », appuie l’économiste. A l’en croire, seul un Etat est garant de sa monnaie. Si un Etat est faible, il ne peut pas battre sa monnaie encore moins la faire accepter par les autres Etats. Donc, la question de la monnaie est largement tributaire à la puissance de l’Etat. Partant du postulat que la monnaie est une dette et non une marchandise, par conséquent dira Ndongo Samba Sylla « elle ne saurait manquer ». Se voulant convainquant, il fait remarquer que sur le billet de banque d’Angleterre, il est bien mentionné que c’est une dette. Car, sur ce billet, il est écrit ceci: « Je promets de payer le porteur de ce billet la somme de 5 francs ». Donc, « c’est une dette de l’Etat », affirme l’économiste. En termes clairs ; cela signifie que si vous payez vos impôts, l’Etat est obligé d’accepter. Ce qui veut dire rachat ou ‘’rédemption’’ en langage biblique. Pour lui ; « quand l’Etat fait un surplus budgétaire, ou prétendument une accumulation de bien, c’est le secteur privé qui s’endette et cela entraine une crise ». Considérer les banques comme de simples intermédiaires, « c’est ignorer qu’en réalité dans l’économie moderne « les banques commerciales sont les créatrices de l’argent des dépôts », fait savoir l’économiste du développement. Selon lui ; l’acte de prêt crée des dépôts, à l’inverse la séquence généralement décrite par les manuels d’économie. Donc, « lorsque les banques prêtent l’argent, elles n’ont pas besoin de détenir l’épargne », explique-t-il. Souvent des banques accordent des prêts qui n’ont pas été investi dans l’économie réelle, et c’est ce qui amplifié les crises.  L’économie conventionnelle soutient que les banques sont des intermédiaires, « ce qui est inexact », botte en touche l’économiste. Dire qu’on n’a pas investi, parce qu’on n’a pas d’épargne est faux. Parce que l’épargne n’est pas une condition pour l’investissement mais au contraire, c’est l’investissement qui crée l’épargne », soutient Ndongo Samba Sylla. En conclusion, l’économiste du développement dira que la monnaie n’est pas une marchandise émise par l’Etat et ne peut jamais manquer. En revanche, ce qui peut manquer, c’est ce que la monnaie est censé acheter. Deuxièmement, les impôts et taxes ne financent pas la dépense de l’Etat qui émet une monnaie souveraine. Troisièmement, un déficit public est une création nette de richesse financière pour le secteur non gouvernemental. Quatrièmement, un Etat qui dépense autant qu’il en reçoit en impôts ne crée aucune richesse financière nette pour le secteur non gouvernemental (les ménages, les entreprises). Cinquièmement, tout ce qui est faisable au niveau national d’un point de vue technique et matériel peut être financé en monnaie nationale. Mieux, tout projet requérant essentiellement des ressources disponibles surplace conduit à une accumulation de réserves de change lorsqu’il est financé en monnaie étrangère.

La dette commerciale plus couteuse que la dette publique

Exposant sur la dette extérieure, l’économiste, président de l’Africaine de recherche, de coopération pour un appui au développement endogène (Arcade) soulève entre autres préoccupations qui affecte négativement le développement de l’Afrique, c’est entre autres préoccupations : le ratio entre la dette et le Produit intérieur brut (Pib) ; le fardeau de la dette qui impacte lourdement les dépenses sociales (la santé, l’éducation…) ; et la hausse vertigineuse de la dette commerciale du continent à partir des années 2000. Sur la dette commerciale, il trouve que le coût de celui-ci est plus élevé que celui de la dette public. Pire, fait-il savoir quand des problèmes se posent, il n’y pas possibilité d’annulation ou de rééchelonnement. Fort de ces considérations, l’économiste parle de paradoxe puisque des montants faramineux partent de l’Afrique chaque année à destination de ces pays. Et au même, l’Afrique emprunte des fonds à payer au plus fort à ces mêmes pays. Pour s’en convaincre, il convoque une étude récente publiée en 2020 par la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), laquelle évolue les sorties nettes des capitaux à près de 90 milliards de dollars américains. La Cnuced, de préciser que « ces sorties nettes de ces capitaux du contient représentent 4% du Pib de l’Afrique », précise l’économiste Demba Moussa Dembélé.

Sur les devises étrangères, il admet le rôle éminemment stratégique dans les échanges commerciaux entre le reste du monde. En revanche, la libéralisation du commerce extérieur et la libre circulation des biens. Rapporté aux huit pays de l’Union monétaire ouest africaine (Umoa),un facteur supplémentaire qui explique le lourd endettement, « c’est la suppression du financement du déficit par la Banque centrale à partir de 2010 ». Pour Demba Moussa Dembélé, ceci pousse d’avantage les pays a emprunté plus les marchés financiers. A cet égard, il rappelle que sous le régime du Président Abdoulaye Wade, le Sénégal avait recours aux eurobonds entre 2009 et 211. Mais, à partir du lancement du Plan Sénégal Emergent, « le Sénégal lance presque chaque année des obligations libellées en dollars et en euros», constate Demba Moussa Dembélé, par ailleurs directeur du Forum africain des alternatives. « Le taux de ces emprunts varie de 5 et 10% », regrette le non moins membre du conseil du forum social africain à Dakar. Décriant cette gouvernance, il fait savoir que parfois le Sénégal émet une obligation pour racheter des obligations précédentes. A titre d’exemple, « en juin 2023, le Sénégal a levé 500 milliards de FCFA en eurobonds avec une maturité de seize ans et un taux d’intérêt de 5,375 %. Ledit montant dont 10% a été utilisé pour racheter une obligation à fin 2023. Pire encore, au mois de septembre dernier, le Sénégal a emprunté auprès de la Société générale 150 millions d’euros avec une maturité de quatre ans et un taux d’intérêt de 7, 25%. Donc, « le recours au marché financier a gonflé la dette extérieure du Sénégal si bien que le ratio dette sur le Pib qui était de 65% est à présent à plus de 75% », a expliqué l’économiste.

Le poids de la dette enfreint toute souveraineté de l’Afrique

Partant des deux communications sur la monnaie et sur la dette, Mamadou Mignane Diouf, Directeur exécutif de la panafricaine pour l’éducation au développement durable (Paedd) s’offusque du poids de la dette qui n’offre aucune perspective de développement aux Etats africains. « Que personne ne se leurre, un pays pauvre avec un lourd endettement ne peut pas espérer sortir de la misère », a dit Mamadou Mignane Diouf dont la communication a porté sur l’annulation de la dette pour financer le développement de dénoncer le poids de la dette. « On paie une dette qui ne finit jamais, des intérêts incommensurables. Et pendant ce temps, ils continuent de nous imposer des modèles économiques désastreux ». Pendant la covid-19, tous les pays étaient en guerre et lorsqu’on est en guerre on ne paie pas la dette. Mais, avec la covid-19 on sort d’un système d’endettement racheté ou encore à payer arrivent alors des guerres qui perturbent le mécanisme de relance de l’économie. Pour preuve, la guerre en la Russie et l’Ukraine a impacté l’alimentation notamment le couscous de chez nous. Il devient ainsi plus cher. Ce qui démontre toute la dépendance alimentaire dans laquelle « nous vivons sans s’en rendre compte ou sans avoir les moyens de s’en sortir », s’interroge Migagne Diouf. Convaincu, qu’un Etat qui se veut souverain doit « produire ce qu’il mange et manger ce qu’il produit », comme l’avait feu Thomas Sankara. En effet, depuis 2017, le Sénégal s’est résolu à atteindre l’autosuffisance en riz, mais 6 ans après que discours. Avec une telle situation de dépendance «monétaire, alimentaire, pharmaceutique, économique…il n’y a pas grande chose à espérer du développement », s’en désole Mr Diouf.

JEAN PIERRE MALOU     

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