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POINT DE VUE. Turquie et Europe : halte à l’hypocrisie

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« Mieux vaut un traité entre la Turquie et l’Union européenne plutôt qu’une adhésion », selon Bernard Poignant, ancien député et ancien maire de Quimper.

Le président français Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan en juillet 2018. | REUTERS

Le président français Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan en juillet 2018.

Ouest-France Bernard POIGNANT. Publié le 16/07/2020

Le torchon brûle entre la France et la Turquie à propos de la Libye. Il est temps de mettre un terme à une hypocrisie : la Turquie ne rejoindra pas l’Union européenne. Le veut-elle vraiment ? Nombreux sont les pays qui opposeront un véto à son adhésion. Les Européens ne compenseront pas le départ de 66 millions de Britanniques par l’arrivée de 84 millions de Turcs. Même si ces deux peuples méritent le même respect.

Quelles sont les frontières de notre Union ? Où s’arrête-t-elle ? Le Maroc a demandé son adhésion en 1987. Refus et pourtant l’Espagne y est présente avec Ceuta et Mélilla, comme la France est en Amérique avec les Antilles et ailleurs dans le monde. Le Président a, il y a peu, demandé à revoir la demande de l’Albanie et de la Macédoine du Nord. On sait que l’Ukraine, la Géorgie et l’Arménie y songent mais c’est un chiffon rouge pour la Russie.

Concernant la Turquie, la négociation est ouverte depuis octobre 2005. Au point mort à ce jour. Le pays s’éloigne de plus en plus de nos valeurs et principes démocratiques. Il occupe toujours la partie Nord de Chypre, donc un pays européen, contre les résolutions de la communauté internationale et aucun État membre de l’Union ne reconnaît Chypre du Nord. Il refuse d’admettre le génocide arménien, malgré la résolution du Parlement européen du 18 juin 1987. Une loi française du 29 janvier 2001 reconnaît ce génocide. La Turquie ne ménage pas non plus le peuple kurde. Cela fait beaucoup d’obstacles. D’autant que l’article 88.5 de notre Constitution prévoit qu’un traité relatif à l’adhésion d’un nouvel État peut être soumis à référendum, ou éventuellement au Congrès. À coup sûr les Français réclameront d’être consultés.

Un traité plutôt qu’une adhésion

Certes un engagement a été pris en 1963. On est alors en pleine guerre froide : construction du mur de Berlin en août 1961, crise des fusées soviétiques prévues à Cuba en octobre, à quelques kilomètres de la Floride. Il faut mettre la Turquie de notre côté : elle contrôle la sortie de la mer Noire par les Détroits. De toute éternité, pour les Russes, c’est l’accès de leur marine à la Méditerranée (c’est comme l’annexion de la Crimée en mars 2014). L’adhésion à l’OTAN se comprend ainsi.

Il faut ajouter ce que seraient nos frontières extérieures en cas d’adhésion de la Turquie : nous serions en voisinage direct avec la Syrie, l’Irak et l’Iran. Ce voisinage aura du mal à convaincre les Français et pour plusieurs décennies.

Voilà pourquoi le temps est venu de parler clair, si possible en bonne harmonie réciproque. Mieux vaut un traité entre la Turquie et l’Union européenne plutôt qu’une adhésion. L’une et l’autre ont besoin de vivre en bonne entente pour le commerce comme pour la sécurité. Le peuple turc a une longue histoire. C’est un peuple fier. Il a donc besoin qu’on lui parle avec franchise sans tourner autour du pot.

Le breton Chateaubriand a écrit dans ses Mémoires : « La Turquie n’a pas les idées européennes ». Elle a ses idées et nous les nôtres, mais rien n’empêche de travailler ensemble dans un respect réciproque.

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