SOCIETE / FAITS DIVERS

Quand l’ambiguïté des textes brouille les pistes !

Depuis plus d’une semaine, l’affaire du trafic présumé de médicaments démantelé à la Patte d’oie défraie la chronique. Avec plusieurs mis en cause dont deux pharmaciens sénégalais et des chinois qui ont été placés sous mandat de dépôt le vendredi dernier, les textes de loi qui régissent la profession et la commercialisation sont brandis comme des preuves par la partie incriminée et la Direction de la pharmacie et du médicament pour leur défense. Cependant, elles reconnaissent toutes un certain quiproquo dans les textes.

Plusieurs pharmaciens campent sur leur position pour dire qu’il n’y a pas de trafic illicite de médicaments. Selon ces derniers, l’entreprise de dépôt pharmaceutique monté par des Chinois est bien légale au Sénégal. « Pour parler de trafic de médicaments, il faut qu’il en est et ce n’était pas le cas » a renseigné le Dr Lamine Dièye, camarade de promotion d’un des présumés accusés dont le docteur Alioune Ba. ..

Selon ce dernier, lors des perquisitions, il n’a été constaté que des solutés et du matériel réservé à la prise en charge médicale et préventive des malades et non des comprimés considérés comme des médicaments. Dr Dièye a tenu aussi à renseigner que l’entreprise a déposé une autorisation depuis 15mois pour la mise en vente des solutés. « Il y a eu des démarches qui ont été menées pour vendre les solutés. La société a attendu pendant 15mois sans en avoir l’autorisation et comme il y avait deux conteneurs, ils ont commencé à vendre les produits » a-t-il fait comprendre.

Et de poursuivre : « il y a eu trop de lenteurs administratives dans l’octroi de l’autorisation. Chose qui a conduit à cette situation. C’est vrai qu’il faut contrôler, vérifier mais 15 mois pour une autorisation de mise sur le marché, c’est beaucoup et ce n’est pas encourageant pour le développement de l’industrie pharmaceutique». Comme le docteur Dièye, beaucoup de ses pairs pharmaciens pensent que c’est une cabale montée par des personnes tapies sous l’ombre pour faire tomber un concurrent. Et de se dire : « nous ne sommes pas contre l’assainissement du milieu au contraire. Le vrai fléau demeure les médicaments contrefaits ou encore le trafic illicite de médicaments avec plus de 700 dépôts dans la localité de Touba, à Dakar avec Keur Serigne Bi entre autres. Ces problèmes sont connus de tous mais quelle solution les autorités ont amenée ? C’est là que doit être le combat et non s’attaquer à une entreprise qui a ses papiers en règle».

LES SOLUTES SONT-ELLES DES MEDICAMENTS ?

Le flou est maintenu sur la catégorisation des produits vendus dans les officines privés. Si d’aucuns considèrent les solutés comme des médicaments, d’autres par contre soutiennent qu’elles n’en sont pas. Une ambigüité dans les textes de lois qui régissent la profession de pharmacie, qui date de de 1954 et modifiée dans son article 511 en 1994 est ainsi notée. Dans cette modification, les solutés qui sont des eaux peuvent entrer dans la catégorisation des eaux minérales dont la commercialisation peut ne pas forcément nécessiter leur présence en officine privée. Il est noté ainsi dans cet alinéa que « les eaux minérales naturelles modifiées dans leurs caractéristiques initiales par l’addictif d’un produit autre que le gaz naturel s’échappant du griffon de leur source et présentées comme possédant des propriétés curatives ou préventives ou sous une forme pharmaceutique particulièrement en vue d’une application de ces propriétés sont considérées comme des médicaments» et plus loin noté que « Les produits d’origine humaine ne sont pas considérés comme des médicaments ».

Face à ces deux situations notées dans l’article 511, les professionnels du médicament dont la Direction de la pharmacie et du médicament ont reconnu qu’il y a une ambiguïté dans les textes. Chose qui a conduit à des assises sur la révision et la classification des médicaments entrepris sous le magistère de l’ancien directeur de la pharmacie et du médicament, le professeur Colonel Dièye. Aujourd’hui, selon le Syndicat des pharmaciens du privé, le projet de loi est dans le circuit. Une information confirmée par le nouveau Directeur, le Docteur Mbagnick, lors de ces sorties dans l’affaire supposée de vente illicite de médicaments à la Patte d’oie.

Pour rappel, les dispositions législatives relatives à la pharmacie et au médicament en vigueur au Sénégal sont pour l’essentiel celles de la loi N54- 418du 15 avril 1954 étendant aux territoires d’outre-mer, au Togo et au Cameroun, certaines dispositions du code de santé publique relative à la pharmacie Pour une meilleure organisation de la profession pharmaceutique, des efforts ont été faits en 1965 pour réglementer la mise sur le marché des spécialités pharmaceutiques, en 1972 pour réprimer les infractions en matière de stupéfiants et en 1973 pour organiser la profession de pharmacie. Toutefois, le domaine de la pharmacie et du médicament est en constante et très rapide évolution. Ce qui fera dire à des pharmaciens : « dans leur majorité, les textes encore applicables dans ce domaine sont en net déphasage par rapport aux réalités actuelles ». L’une de leur limite est qu’ils considèrent comme médicaments des produits qui, dans d’autres pays, relèvent de la parapharmacie, ce qui rend leur fabrication et leur commercialisation au Sénégal plus difficile ».

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