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transformer ou sombrer, l’Afrique reste à moins de 5% de la transformation – Sud Quotidien

Avec plus de 70% de la production nationale, la région de Sédhiou se positionne comme leader incontestable de la production de l’anacarde au Sénégal. Et pourtant, elle fait face à d’énormes difficultés d’ordre structurel comme l’insuffisance de magasins de stockage, de financement, de ponts bascules et surtout de mécanismes de transformation. Cette dernière option est très attendue pour donner de la valeur ajoutée à cette spéculation, créer des créneaux porteurs de croissance et réduire sensiblement les trappes de pauvreté dont Sédhiou est désignée porter l’étendard. Comment donc combattre cette pauvreté ambiante si l’Afrique elle-même n’arrive toujours pas à transformer 5% de ce produit pourtant bien prisé ?

La région de Sédhiou excelle dans la production de l’anacarde, depuis plus d’une décennie. Elle est la première productrice au Sénégal, avec 70% de la production nationale. L’année dernière, en Casamance, la production était de l’ordre de 82.500 tonnes dont plus de la moitié venait de Sédhiou, selon le directeur de l’Organe de régulation du système de récépissé d’entrepôt (ORSRE). Driss Junior Diallo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, annonce que les récoltes de cette année vont dépasser de loin celles de la précédente campagne, en quantité et en qualité.

Toutefois, relève-t-il, quelques difficultés subsistent notamment la disponibilité des magasins de dépôt conformes aux exigences de conservation de cette spéculation. «Son Excellence, le président Macky Sall, en mettant en place le système de récépissé d’entrepôt vise à renforcer le pouvoir d’achat des producteurs, à éviter le bradage de leur production et à mieux valoriser leurs activités», a indiqué Driss Junior Diallo.

LA SEULE UNITE DE DECORTICAGE IMPLANTEE A SEDHIOU A FERME BOUTIQUE

Au même moment, d’autres contraintes majeures viennent s’opposer à la bonne santé de cette spéculation. Il s’agit principalement de l’évacuation obligatoire par voie maritime, alors que nombre de producteurs souhaitent le faire par la voie terrestre. Pendant ce temps dans cette partie du sud du pays, d’énormes difficultés subsistent relatives à l’absence de magasins adaptés à cette culture-là.

Pour ce qui est du financement de l’anacarde, la Délégation générale à l’entreprenariat rapide (DER) avait effectué, l’année dernière, une visite de travail au niveau des sites et organisations de la filière anacarde à Sédhiou. Les difficultés énormes étaient identifiées à savoir l’absence de financement, de pont-bascule, la vétusté des équipements et l’exiguïté des entrepôts. La DER a rassuré de son engagement à les tirer d’affaire. Mais, jusque-là, la situation reste en l’état ; la seule unité de décorticage implantée à Sédhiou appelée Casa-Cajou que dirige Moussa Diaïté a fermé boutique.

TRANSFORMER OU S’ENFERMER ?

Face à la progression actuelle de la production de l’anacarde dans la région de Sédhiou, et en Casamance en général, l’absence de transformation sur place compromettrait l’avenir de cette spéculation. C’est l’avis d’Ibrahima Khalil Sagna, le président du Cadre régional de concertation des acteurs de la filière anacarde de Sédhiou.

Selon lui, les pays de  Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) veulent s’engager dans la transformation d’au moins 30% de leurs productions. «Le Benin a jugé qu’à partir de l’année prochaine (2023), aucune graine en coc ne sortira de son pays. L’Afrique ne transforme pas plus de 5% de sa production d’anacarde».

Ibrahima Khalil Sagna soutient que la transformation permettra de maintenir un emploi local par la création de la valeur ajoutée sur les revenus des producteurs. «Cette transformation va booster le secteur de l’élevage, avec la fabrication de l’aliment de bétail ; l’amende de l’acajou est comestible et c’est même un médicament. Elle stabilise le taux de cholestérol, la tension etc. La pomme est transformée en valeur calorifique de la viande et c’est très délicieux. Je vous donne l’exemple de la dame Sirandin Sané de Ziguinchor qui traite de façon artisanale et vend dans les hôtels et autres surfaces. Mais c’est une fabrication artisanale ; donc pas du tout compétitive, en l’absence de soutien conséquent», explique-t-il.

UNE CADENCE ENCORE TIMIDE !

Si l’on en croit toujours Ibrahima Khalil Sagna, le président du Cadre régional de concertation des acteurs de la filière anacarde de Sédhiou, «il urge d’accélérer la transformation pour accroitre l’emploi, la qualité des produits, la labélisation et de densifier le tissu économique de nos zones de production».

Tout de même et quoique la cadence demeure jusque-là faible, il ajoute qu’«il y a des ONG qui sont venues appuyer les acteurs locaux comme le MEDA Canadien et l’AGOA. De même, l’Agropole Sud est en cours d’implantation en Casamance, avec comme objectif de transformer l’amende, booster la transformation d’acajou et maintenir les jeunes contre l’exode rural en créant de la valeur ajoutée».

Dans le département de Sédhiou, le site sera basé à Diendé, dans le département de Goudomp à Samine et dans le Bounkiling ce sera à Madina Wandifa, indique-t-il. Et l’ensemble de ces sites vont faire converger les produits vers la plateforme centrale d’Adéane, dans la région de Ziguinchor, en raison de sa proximité avec le port maritime.

PARADOXE : SEDHIOU, UNE REGION TRES RICHE, MAIS PAUVRE

A signaler qu’outre l’anacarde, Sédhiou est la 2e région productrice de riz pluvial, la 2e région productrice de banane. Elle est grande productrice de crevette et c’est une région déclarée Pôle Aquacole par une étude de la Conférence des Territoires du 20 novembre 2019. Et c’est cette région qui est classée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) dernière du Sénégal, avec un taux de 65% de pauvreté, en 2018.

Une ambivalence injustifiée, comme si le Sénégal avait pris sur lui l’option de rester pauvre, par la négligence des foyers pourvoyeurs de revenus et de les garder sous l’emprise de la domination absurde des métropoles, dépendantes des puissances étrangères. Et celles-ci achètent la matière première (anacarde) à vils prix pour les revendre à l’Afrique aux prix de l’or. C’est la détérioration des termes de l’échange. Pas de chance !

Moussa DRAME

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