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Laïcité et vivre-ensemble, le Sénégal pays modèle

Le Sénégal fait partie des rares pays en Afrique qui n’ont jamais connu de coup d’Etat, de guerre civile à dimension nationale, de tribalisme, etc.

Il a connu deux alternances démocratiques.

Cette spécificité sénégalaise découle en partie de notre riche patrimoine immatériel, gage de stabilité sociale, de paix, de cohésion, de tolérance…

Le vivre-ensemble dans le respect des différences est une réalité au Sénégal.

Nous avons le dialogue inter et intra religieux, comme le dialogue inter-ethnique, le cousinage à plaisanterie… remparts contre les dérives et violences multiformes.

Le Sénégal est un état laïc sur le principe, mais dans la réalité, une laïcité qui prend en compte nos spécificités culturelles et religieuses, et différente, par conséquent, de la laïcité à la française.

Nous avons un Peuple fortement croyant et des rapports étroits entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.

Le premier président de la République, feu Léopold Sedar Senghor, a joué le rôle de père de la Nation et a beaucoup contribué à l’édification et à la consolidation de l’Etat-Nation.

Bien qu’issu de la communauté chrétienne, il a su entretenir des relations sincères avec l’essentiel des familles religieuses et leaders religieux du pays durant son magistère et bien avant même son accession au pouvoir.

De Tivaouane à Touba, en passant par Kaolack, Yoff layène , la famille omarienne, Ndiassane, Thiénaba, Médina gounass et autres familles religieuses sans oublier l’Eglise, il avait tissé des liens solides qui ont pu résister au temps.

Il avait des relations particulières avec Serigne Babacar Sy, Serigne Fallou Mbacké et Thierno Seydou Nourou Tall, qui lui ont apporté un soutien multiforme.

En revisitant l’histoire, nous pouvons citer quelques exemples concrets pour illustrer ce vivre-ensemble :

– Serigne Babacar Sy rta prévoyait même des cendriers quand il recevait ses hôtes du pouvoir colonial, au cas où ils auraient envie de fumer, alors que la confrérie tidiane interdit formellement l’usage du tabac.

Bel exemple de tolérance. Et comme le dit l’adage: «Mën gan, ci li ko neex .«

– Lors de l’inauguration officielle de la Grande mosquée de Dakar en 1964, patrimoine national offert par le Royaume du Maroc, le Président Senghor avait consulté tous les khalifes généraux et grandes figures religieuses de l’époque pour le choix de celui qui allait diriger la prière inaugurale devant le Roi de l’époque, Hassan II.

Tous, à l’unanimité, à commencer par feu Serigne Fallou Mbacké, Khalife général des Mourides, portèrent leur choix sur feu Mame Abdou Aziz Sy Dabakh.

Bel exemple d’altruisme, de solidarité et de démocratie.

– Le Président Senghor assistait souvent à l’entrée de la Grande mosquée de Dakar, aux prières de Korité et de Tabaski et attendait la fin du sermon pour féliciter et transmettre à l’imam, les hommages de la nation entière.

– En 1965, feu le Président Léopold Sedar Senghor assista à la cérémonie officielle du Gamou annuel de Tivaouane au domicile du Khalife général des Tidianes, feu Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, en prélude à la commémoration de la naissance du Prophète Seydina Mohamed psl.

Dans son discours, devant le khalife et toutes les sensibilités religieuses, politiques, syndicales de la Nation, le Président Senghor rappela les liens séculaires entre son père Diogoye et Seydi El Hadj Malick Sy Rta, mais aussi ses liens personnels avec Serigne Babacar Sy Rta, qui l’avait toujours soutenu et conseillé.

Le Président avait transmis le message de la Nation entière et avait sollicité des prières pour un Sénégal stable, uni et prospère.

(Voir l’intégralité du message en cliquant sur youtube. «Cérémonie officielle Gamou Tivaouane 1965.«

– Mame Abdou Aziz Sy Dabakh Rta entretenait des liens particuliers avec toutes les familles religieuses musulmanes du pays et l’Eglise.

En voici quelques exemples :

*Sa fameuse prière du vendredi à la Grande mosquée de Touba en 1989, où il fit l’appel à la prière sous la direction de l’imam feu Serigne Abdoul Khadr Mbacké.

* Ses nombreux passages sur le chemin de Dakar ou Tivaouane chez Monseigneur Jacques Sarr à Thiès, pour une visite de courtoisie, avec toujours des cadeaux.

Il disait selon un de ses proches qui l’accompagnaient : «Tukulër bi mooy seetsi jaamu Seereeram bi.«

Bel exemple du dialogue inter confrérique, mais aussi du cousinage à plaisanterie.

Autre exemple sur le plan politique.

Lors des élections législatives de 2012, avec la parité, Mansour Sy Djamil et l’honorable député, Elene Tine, menèrent la campagne sous la bannière de bés du ñàkk.

Serigne Mansour Sy Boroom daara ji avait magnifié et prié pour le binôme.

Bel exemple du dialogue islamo-chrétien.

Elène fut la seule femme catholique, députée représentante du Peuple lors de la 12e législature.

Dernier exemple parmi tant d’autres.

Au quartier Mbour 3 à Thiès, baptisé quartier Amitié, la Grande mosquée fait face à l’Eglise.

Les populations et les deux communautés, dans une osmose et une cohabitation pacifique, mènent depuis quelques années, un plaidoyer commun pour l’aménagement de deux cimetières (musulman et chrétien dans la zone ouest, une fois une partie de la forêt classée déclassée).

C’est dans le cadre d’un collectif citoyen sous la houlette du chef de quartier, un diola bon teint, originaire de la Casamance , qui a su fédérer tout le quartier autour de projets d’intérêt général.

Rappeler qu’à Thiès, avec l’assiette foncière presque épuisée, tous les cimetières, dont beaucoup d’entre eux datent de la période coloniale, ont atteint leurs capacités.

C’est le lieu de renouveler ce plaidoyer à l’endroit des futurs maires.

C’est à la fois une priorité et une urgence pour les populations de Thiès d’avoir de nouveaux cimetières.

Il est bien de faire des lotissements pour bâtir des R+… pour les vivants, mais aussi il faut penser aux espaces R-1 pour les morts.

A l’heure où les réseaux sociaux, sans régulation aucune et une certaine presse, partagent et diffusent instantanément des vidéos, audios ou autres messages qui remettent en question notre vivre-ensemble, il urge de revisiter les bons modèles et le legs de nos illustres figures historiques pour qu’ils servent de viatique à une société en perte de repères et une jeunesse désemparée.

Le ministère de l’Education nationale, qui a inscrit parmi ses priorités la systématisation de l’éducation aux valeurs, devrait aussi dans une démarche inclusive, stabiliser un référentiel de valeurs et l’introduire dans les curricula.

Préserver notre patrimoine immatériel est un impératif majeur à l’heure où notre pays change de paradigme avec l’exploitation future des hydrocarbures.

De pays demandeur, le Sénégal est devenu un pays convoité avec un riche potentiel en ressources naturelles.

Cette exploitation est liée à de multiples enjeux : géopolitiques, géostratégiques, socioéconomiques, sécuritaires…

Nous sommes tous interpellés (acteurs politiques toutes obédiences confondues, leaders religieux, Société civile, presse, populations de manière générale…) pour préserver ce riche patrimoine immatériel, gage de stabilité, de croissance et de développement durable pour que ces ressources soient une bénédiction aussi bien pour les générations actuelles que futures.

Dans d’autres pays, elles constituent une source de malédiction avec des causes multiples mais pour le cas du Sénégal, nous demeurons optimistes, avec la conviction qu’elles seront une bénédiction.

Evitons que ce patrimoine matériel quantifiable et épuisable ne détruise notre patrimoine im­matériel, gage du vivre-ensemble.

Moulaye Abdoul Aziz DIOP

Petit-fils, homonyme et aspirant disciple de Mame Abdoul Aziz Sy Dabakh rta, apôtre de la paix et symbole du vivre-ensemble.

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