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ƤAAK NGAWUL (BAOBAB CIMETIÈRE DES GRIOTS ): TABOUS ET INTERDITS SOCIOCULTURELS, PRÉJUGÉS ET DÉNIGRATIONS

Le principal motif de ce post a été stimulé par l’interdiction de l’enterrement d’un griot au village de POUT DAGNE . Dans ce village la tradition veut que les griots soient enterrés dans un Grand baobab à leur mort. Le raison évoquée est que l’enterrement sur la terre , entraînerait le malheur ( pas de récolte)…

Ainsi, faut-il tout de suite lever l’équivoque sur ces préjugés au profit des maîtres de la parole qui n’ont pas la parole que leur refuse dé-ontologiquement le droit de réserve sacerdotale. En effet, contrairement aux propos de certaines personnes, ce n’est pas parce que le griot ne travaille pas la terre qu’il ne mériterait pas d’y être inhumé. Et ce n’est nullement pas parce qu’il est inhumé dans la terre que le ciel refuserait à celle-là sa pluie. Et on aurait tort d’interpréter les coutumes et les traditions que l’on ne maîtrise pas les fondements comme le faisaient parfois la plupart des auteurs étrangers qu’aiment citer des nationaux motivés l’on ne saurait par quel intérêt.

Dans la culture du Sérère qui se trouve être très lié à la Nature et à l’environnement, à la faune et à la flore terrestre et aquatique, le corbeau bicolore (noir-blanc) ou « A TOOQ » est le griot des oiseaux. Ainsi, la nature de cet oiseau, omnivore comme l’homme, est-elle pleine de renseignements dans la culture Sérère en ce qui concerne son symbolisme profanes et ésotérique.

Tout comme il n’est pas facile de voir une ânesse mettre bas, il n’est pas non plus donné au commun des mortels de voir le nid du corbeau. Il est dit aussi que la pluie ne mouille jamais les œufs ou les oisillons du corbeau dans leur nid natal. Y’aurait-il alors un lien naturel ou ésotérique entre le déluge de Noé et ce don privilégié du corbeau ? entre ce griot des oiseaux et celui des humains ?
Scientifiquement, il est prouvé que le corbeau est le troisième animal le plus intelligent des animaux après la Pieuvre de l’espèce des invertébrées et le Cochon de la famille des quadrupèdes: donc le volatile le plus intelligent de la gente ailée.

Ce blanc éclatant du corbeau bicolore qui est entre deux parties noires, symboliserait la connaissance éveillée dans la lumière du jour (le soleil) qui brille dans la nuit de l’ignorance endormie dans l’obscurité de la nuit (les ténèbres de la cécité spirituelle.)

Ainsi, si dans sa culture, le Sérère, connecté si étroitement à Dame-Nature, au monde animale et végétale, déclare le « corbeau griot des animaux » cela supposerait-il un lien totémique entre deux êtres surdoués dans leur existence respective, tous deux dotés de dons, de grâces et privilèges particuliers ?

Le corbeau, dans son existence, à travers son symbolisme culturel et cultuel, profane ou initiatique, exotérique ou ésotérique, pourrait-il aider à percer les énigmes du griot qui, comme le blanc dans son plumage noir, brille dans l’obscurité endormante des tabous et des préjugés socioculturels ?
Partout dans les pays Serere, le baobab cimetière a les mêmes caractéristiques. Il s’agit généralement d’un grand baobab isolé quelque part dans la forêt du village. Le baobab cimetière se caractérise par son large tronc creux. Et c’est à l’intérieur de ce tronc que les morts sont déposés sur un espace bien aménagé.

Ici, nous nous proposons d’être la voix des immortelles voix incarnées, la parole des maîtres de la parole à qui le serment sacerdotal ancestral a bâillonné la bouche, tu la voix dans l’éthique de la fidélité, de la loyauté, de l’intégrité, de la constance, et de la noblesse.

A propos des nombreux préjugés relatifs à ce sujet, on rappelle que la classe socioprofessionnelle des griots serait la descendance la plus directe de la classe des ordres de prêtres spiritualistes de l’Egypte pharaonique, maîtres initiatiques des sciences occultes, des connaissances et des savoirs exotériques et ésotériques, des rites cultuels funéraires dans les pyramides et autres temples spirituels des nécropoles.

Ainsi, les griots humains qui sont un ordre de prêtres dans la civilisation et la culture Sérère dont l’influence sur ou par celles de l’Egypte pharaonique n’est point à démontrer, auraient-ils conservé et perpétré, ésotériques et endogènes, les secrets initiatiques de la momification qu’ils ont appris des corbeaux, qui sont les griots des animaux et initiateurs des rites funéraires des civilisations et des cultures humaines?

Et loin des pyramides égyptiennes, loin des rites funéraires de la civilisation et de la culture égyptienne, séparés du berceau natal égyptien par le gouffre abyssal du temps et de l’espace, ne trouvant plus dans l’espace sénégambien des pyramides ou des grottes sépulcrales, et ne pouvant plus en construire, même pas en miniature, les griots chercheraient-ils à continuer de momifier leurs morts dans les sarcophages naturels et vivants des baobabs-cimetières en lieu et place de ces nostalgiques pyramides et autres monuments sépulcrales ancestraux ?

D’abord l’annonce de la mort d’un griot se faisait par le battement d’un tambour spécifique dont le son rassemblait l’ensemble des griots de la contrée. Une fois dans la maison du défunt, c’est par des chants et battements de tambour qu’ils manifestaient leur chagrin contrairement aux autres castes chez qui, un silence total accompagnait les cérémonies funèbres. Ainsi, c’est avec le rythme des tambours qu’ils préparaient le corps, l’enveloppaient dans un linceul avant de l’accompagner à sa dernière demeure, le baobab cimetière. Si le défunt était un devin, la cérémonie était agrémentée par d’étonnants faits mystiques. A la mort d’un devin, des abeilles quittaient le baobab et envahissaient la maison mortuaire. Ces abeilles ne partaient de la maison qu’après l’inhumation.

Ensuite, l’inhumation en tant que telle faisait l’objet d’une vive altercation et parfois de violents combats entre les griots. En effet, inhumer le corps était une preuve de bravoure qui plaçait l’auteur dans une posture honorable. Ainsi, après de vives altercations et de chaudes empoignades, le corps du défunt était déposé dans le tronc creux par le plus courageux des hommes. Enfin, après avoir déposé le corps dans le baobab, la foule, sous le son des tambours et tam-tam retourne chez le domicile du défunt pour manifester sa compassion à la famille éplorée

En effet, dans le village de Senghor l’histoire des baobabs cimetières remonterait au temps de la royauté où la guerre faisait rage dans tout le Sine. Un jour, alors qu’un village griot était en proie à une violente guerre, un habitant décide de se cacher dans le tronc creux d’un baobab pour échapper aux hostilités. Apeuré, il resta tellement longtemps dans le baobab qu’il finit par y rendre l’âme par manque de nourriture. Des mois après, un homme du même village entra par hasard dans le même baobab, y découvrit le corps du disparu et informa les autres habitants qui rallièrent aussitôt les lieux. Mais, à la surprise générale, le corps du défunt ne s’était pas décomposé. Ils se dirent ainsi qu’il y avait, dans les substances du baobab, quelque chose qui agissait sur le corps humain de sorte qu’il se momifie. Dès lors, les habitants découvrirent une nouvelle manière d’inhumation de leurs défunts qu’ils perpétuèrent en raison de son caractère très pratique.

PS: Bien avant l’ère de l’écriture, de la radio, de la télévision et de l’internet, le griot était la mémoire collective du peuple et l’encyclopédie des connaissances initiatiques et des savoirs ésotériques. Gardien des coutumes et des traditions, conservateur de l’histoire des ethnies, il était le réceptacle des légendes ancestrales claniques, tribales et familiales. Il savait dresser les arbres généalogiques de la plus profonde racine à la plus haute cime, et anneler toutes les perles du chapelet des patrilignages et des matrilignages. Il savait chanter les dithyrambes ou « TAGAS », poèmes élogieux de chaque membre de la communauté. Ainsi, le griot était-il une mine d’or, une source inépuisable d’informations, et représentait autrefois ce que représentent de nos jours les bibliothèques et les musées.
Texte :

SobelDione
BelartEnes

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