CULTURE / ART

France – Bande dessinée : Le Festival d’Angoulême n’aura pas lieu en janvier

Décidément, ce satané virus a une dent contre le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. L’année dernière déjà, le carrefour mondial du 9e art, qui a lieu tous les ans fin janvier, et dont Le Point est partenaire, avait dû renoncer à sa 48e édition, entre confinement et couvre-feu hivernaux. Et si un report avait été envisagé au printemps, la situation sanitaire ne s’était pas améliorée au point de voir déferler à Angoulême, des dizaines de milliers de festivaliers, dans un cadre où la distanciation sociale est un doux rêve. L’arrivée de la vaccination avait évidemment changé la donne et l’équipe à la tête du Festival envisageait sereinement la tenue de l’édition 2021, malgré l’absence prévisible d’auteurs et éditeurs venus d’Asie, en raison des restrictions de déplacement draconiennes de ce coin du globe.
Mais, c’était sans compter la nouvelle vague de contaminations et le variant Omicron qui déferlent sur le monde. Les dernières annonces gouvernementales, qui limitent les jauges en intérieur à 2 000 personnes, ont balayé les fragiles espoirs de maintien de la manifestation et sérieusement sonné les organisateurs, qui n’envisageaient aucunement, il y a quelques semaines encore, une telle situation.
Le Délégué général du Festival, Franck Bondoux, a pris un coup sur la tête, mais se veut résolument combatif : «Depuis plusieurs jours, nous avons vu s’accumuler plusieurs signaux négatifs. Le marché international des droits, qui est un moment important de rencontre entre les acteurs économiques mondiaux du secteur, connaissait de nombreuses annulations. Les groupes scolaires, qui constituent un public considérable du festival, ne répondaient plus présents. Et bien sûr, les éditeurs se po­saient beaucoup de questions sur l’exploitation pour eux, de l’événement, que ce soit pour leurs stands privatifs, les relations avec les libraires ou la venue de très nombreux au­teurs. Les jauges annoncées par le gouvernement, n’étaient pas tenables financièrement, aussi bien pour nous que pour les éditeurs. Et puis, il y a une autre dimension essentielle de notre événement : dans festival, il y a festif. Angoulême est synonyme de fête, ce qu’il ne pourrait être dans ces conditions.»
Et Franck Bondoux de tabler sur un véritable report, à la différence de l’année précédente : «C’est une option que nous envisageons avec le plus grand sérieux. Les données ne sont absolument pas les mêmes que l’année dernière : nous avons le vaccin, et on voit bien que les gens, qui ont envie d’événements culturels, se sont adaptés aux contraintes sanitaires. Autre différence fondamentale : le festival est fait ! Les expositions, rencontres, sélections sont prêtes, nous sommes dans les starting-blocks. Reste à trouver une date qui convienne à tous. Nous songeons à un report avant le premier tour de la présidentielle, dont nous allons discuter avec tous nos partenaires.»

«Il faut sauver le soldat Angoulême !»
Mais à ce jour, rien n’est gagné. Si le festival a pu passer sans trop d’encombres, l’annulation de sa précédente édition, il le doit essentiellement aux soutiens des collectivités locales et territoriales. Mais, cela pourrait ne pas être suffisant, et Franck Bondoux lance un véritable appel à l’aide : «Les collectivités sont une nouvelle fois à nos côtés, en ordre de bataille, et les éditeurs seront aussi avec nous. Tout le monde est fédéré autour de ce report. Mais, je le dis avec une certaine gravité : nous ne pourrons pas nous en sortir sans une aide massive de l’Etat cette fois, comme il l’a fait avec les musées par exemple. Si le festival veut fêter sa 50e édition, il faut que l’Etat s’engage significativement aux côtés du festival. Le président de la République avait tenu des propos très forts sur la scène du théâtre d’Angoulême, lors de sa venue exceptionnelle au festival en 2020. Il faut sauver le soldat Angoulême !»
Emmanuel Macron avait en effet, souligné le rôle international du festival, qui contribue au rayonnement de la France à l’étranger, au même titre que les Festivals de Cannes ou d’Avignon, ainsi que l’importance de la bande dessinée, «art majeur de notre pays, que nous voulons reconnaître comme tel».
Lors de la récente conférence de presse du festival, c’était le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui rappelait le rôle déterminant de la bande dessinée dans les dispositifs de lecture et d’ouverture à la littérature, dans le cadre de l’école. L’attribution à Angoulême du label «Ville créative de l’Unesco» au titre de la littérature, avait en outre définitivement placé la capitale des Charentes sur la carte mondiale des événements culturels, aucun autre festival au monde n’incarnant la bande dessinée, dans toutes ses composantes (franco-belge, américaine ou asiatique), comme Angoulême.
Mais si nous savons maintenant, comme le disait Paul Valéry, que «des mondes ont disparu tout entiers, que des empires ont coulé à pic avec leurs académies, leurs dictionnaires et leurs classiques», rien ne saurait préserver le festival d’un sort possiblement funeste. Un comble, alors que le secteur affiche une santé insolente, porté notamment par des ventes de mangas au firmament. Pour Angoulême, le compte à rebours vient de commencer.

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