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Ndiongolor : Sur les pas du Boursine Salmone Faye

Village qui se conjugue le mieux avec le « Boursine » qui a marqué son temps par son caractère « barbare », Ndiongolor est une contrée où s’était établi Salmone Faye quand il régentait, d’une main de fer, le Sine. Sur place, on comprend que ce n’est pas une légende : Salmone Faye fut un roi d’une témérité sans bornes, un guerrier à la gâchette facile.
 
C’était un jour de septembre, période où le ciel généreux arrosait les champs de ses cordes salvatrices. En effet, durant le périple, Mbour, à la lisière du grand et prestigieux royaume du Sine, pointe à l’horizon, après plus d’une heure de trajet. La route qui mène au domaine des Saltigués, des « Linguères », des « Boursine », des « Djarafs » et du « Khoy » n’échappe pas à cette salvatrice percée de la période pluvieuse. Ici, le mil et l’arachide espèrent encore recevoir des cordes, pour enfin atteindre leur vitesse de croisière. Le Sine retient son souffle. Le Sine, zone où l’arachide, le nièbé, le maïs et le mil sont rois, attend. Mieux, il rêve de pluies, de silos pleins de graines, de jouissance en quelque sorte.
 
Enfin, Ndiongolor apparaît à l’horizon, la bourgade rendue célèbre par Salmone Faye, le roi sanguinaire. Celui pour qui courage et endurance devaient être le viatique de tout homme. A l’entrée de la mythique cité, les familles sont toujours aux champs. Ici, les mots endurance, générosité et reconnaissance envers la nature ont un sens. Et quand vous vient le désir de savoir comment est la saison pluvieuse, d’avoir un petit brin de pitié, quant à ces lendemains incertains, ces populations vous répondent avec fierté et assurance : « Ça va, on espère que le divin ouvrira ses vannes ». La dignité dans la voix, le Sine attend de voir. Mais néanmoins, garde une foi inoxydable. Ces gens sont insubmersibles malgré l’horizon en pointillé. On vit au rythme des saisons, au rythme des croyances, au rythme du « yakaar » (espoir).
 
Et Salmone se fit exclure du Sine
 
Face à Tamsir Maba Diakhou Bâ, l’Almamy venu du Rip qui voulait islamiser le Sine, Coumba Ndoffène Diouf Famak (le grand comparé à l’autre Boursine Coumba Ndofféne Fandep le petit, qui fit le témoignage sur Serigne Touba) défendit son empire. Au finish, il disposait de Tamsir Maba Diakhou Bâ lors de la bataille de Fandane-Thiouthioune. Le Royaume venait de survivre à la percée des enturbannés. Et pourtant, malgré toute cette crise, Salmone qui était le Boumi (vice-roi), était resté dans son fief à Ndiaffadj. Le vieux Ibrahima Sarr qui est la mémoire de Ndiongolor, avec une certaine maîtrise de l’histoire du Sine, souligne que Salmone n’avait pas participé à la bataille de « Mbind Ngor » (la première incursion de Maba Diakhou au Sine), encore moins de Fandane Thioutioune. Naturellement, à la fin de la guerre, les dignitaires dénoncèrent son attitude. Entre raclements de gorge et une certaine solennité dans la voix, Ibrahima Sarr a évoqué celui qui marqua le Sine par son caractère trempé. Ainsi, affirme-t-il, non content des agissements de son bras droit, le Boursine Coumba Ndoffène Diouf Famak demanda alors qu’on chassât Salmone de la terre de ses ancêtres. Diakher son frère se proposa de lui parler. Le sanguinaire roi refusa. L’affront était grand, car lui, l’héritier du trône du Sine, concevait mal le fait qu’il devait quitter ses racines. C’était inimaginable ! Mais au finish, il accepta de partir à Ngoye, chez son grand-père maternel.
 
La bataille de Diakhao
 
Les années passèrent et Salmone traversa cette épreuve avec dignité. Il y restera jusqu’à la mort de Coumba Ndofféne Famak qui s’était fait tirer dessus par un blanc lors d’une banale histoire. La succession fut ainsi ouverte. Certains dignitaires du Sine choisirent Sémou Maak, neveu de Salmone, rappelle Ibrahima Sarr. L’humiliation est suprême et Diakher qui avait convaincu Salmone de quitter le Sine leur fit comprendre que ce trône revenait à Salmone de droit, et qu’il allait le réclamer tôt ou tard. 
 
Ceux qui incarnaient le Sine s’entêtèrent. Naturellement, c’est avec une colère noire que le sanguinaire de Ndiongolor apprit la nouvelle. Sa décision est prise, rappelle le vieux Ibrahima Sarr, il devait arracher son dû, des mains de son neveu. Salmone fit cap sur Diakhao. Une fois sur place, il s’auto-intronisa roi et attaqua Sémou Maak. Ce fut, selon Ibrahima Sarr, la première bataille dans la dernière capitale du Sine, mettant aux prises des héritiers du trône royal. Une fois roi, il décida de s’installer à Ndiongolor, où il fut accueilli par Birama Diouf son oncle, avant de trouver un terrain pour sa concession.
 
Une histoire est née dans cette demeure
 
À Ndiongolor, comme du reste durant les périples dans ces terres dites rurales, les populations vous aiguillent vers votre destination, avec une générosité déconcertante. Ils trouvent un malin plaisir à aider. De fil en aiguille, on arrive dans la demeure de Mbaye Made, descendant de Ndiana Ndiaye, qui préparait les bains mystiques de Salmone Faye. En fait, le vieux Mbaye Made est le « Sa Thiour » (chargé des bains mystiques) du village de Ndiongolor. Tous les secrets et toute la symbolique qui faisaient Salmone Faye sont nés dans cette grande concession. C’est ici également que résidaient Diokel Ndiaye et Diéne Ndiaye (enfants de Ndiana Ndiaye), les guerriers qui accompagnèrent Boursine, lors de sa dernière virée mortelle, contre Sémou Maak. Cette demeure est un emblème à Ndiongolor et même au-delà. Dans cette concession, les cases et autres constructions en dur sont éparses. À l’ombre, des femmes et des enfants préparent le couscous du soir. De l’autre côté, une toiture arrachée par le vent attend d’être refaite. L’hivernage a ses caprices, mais ici on s’y accommode. Dehors, une bande de jeunes s’échine à refaire des toits de chaume.
 
Lors de sa dernière excursion et tout en faisant fi des prédictions des « Pangols » (esprits) consultés, Salmone ira combattre Sémou Maak, son neveu qui le tuera à la bataille de Khodjil. La préparation de cette ultime guerre fut contée dans les détails par notre hôte. D’abord, les libations d’usage pour préparer cette sortie. Les divins furent formels et Ndiana Ndiaye le répétait avec clarté à Salmone Faye : « ce sera un jour noir pour toi ». En bon guerrier, il ne pouvait se soustraire à ce rendez-vous avec la mort. Et c’est ainsi qu’il fit comprendre à celui qui était chargé de le mettre en contact avec les « Pangols » que leur destin était lié, en lui plantant une corne sur les côtes. « Ma disparition sera la tienne », dit Salmone à Ndiana Ndiaye. La prémonition se réalisa car vers 17 heures, Salmone succomba sous les coups de Sémou Maak et au matin vers 11 heures, son interlocuteur avec les génies le rejoignit à Sangomar, l’empire des ancêtres disparus.
 
Salmone la terreur qui tua sa sœur
 
Le fils d’Abdoulaye Djimbor et de Codou Fall était, sans conteste, homme à part, tant sa cruauté était connue de tous. C’est pourquoi, même des années après, ceux qui continuent d’incarner le Sine en parlent avec un brin de sourire, qui cache un certain malaise. Mais au fond, Salmone Faye fut une véritable terreur pour les populations de cette localité. Même à Diakhao, dans la demeure royale, on préfère ne pas évoquer ce roi, dont l’histoire maculée de sang est indissociable du royaume du Sine.
 
La discussion avec Mbaye Made (Sa Thiour) est croustillante et franche. Il reconnaît l’attribut sadique du roi Salmone et évoque aussi son rapport tumultueux avec le village. Mais aussi, il salue cette propension du Bour Sine à sublimer le courage qui dort en chaque homme. Ainsi, dans l’album-souvenir, l’histoire du champ et du marigot y tient une grande place. En effet, souligne Mbaye Made, un jour, Salmone demanda à des hommes de choisir entre une baignade dans le lac de Ndiongolor et les travaux champêtres. Le dispatching fut rapidement fait et ceux qui choisirent la facilité du bain finirent par patauger dans une mare de sang. Ils furent rossés.
 
 
Son caractère brute, Salmone le démontra en premier contre sa sœur, fait remarquer Ibrahima Sarr. En effet, lors d’une cérémonie de lutte, le Boursine Salmone, tout content, esquiva des pas de danse endiablés. Sa sœur, non contente de cette liberté du souverain, le sermonna. « Tu penses que tu ne mérites pas le Sine, c’est pourquoi tu danses en leur honneur », avait-elle lancé. Le roi fut vexé devant cette remarque publique. Il fit appeler sa sœur en privé et lui ôta la vie. Sans autre forme de procès ! Et c’est parti pour un règne barbare.
 
Il meurt comme il a vécu
 
L’adage dit, celui qui prend le pouvoir par les armes… La remarque sied bien à Salmone qui, durant tout son règne, n’aura cessé de tuer. Cette attitude poussera un grand nombre d’habitant du Sine à se dresser sur son chemin. C’est dans ce sens que souligne Ibrahima Sarr, Mbar Yandé Ndiaye parcourut tout le Sine pour lever des hommes et comploter contre Salmone Faye. La contestation est générale, et le souverain ne pouvait se soustraire au destin tragique qui l’attendait. Dans une ultime bataille à Khodjil, il fut encerclé par son neveu Sémou Maak et ses hommes. 
 
Ce dernier fit savoir à ses hommes que son oncle Salmone ne pouvait être tué ni par des balles, ni par des flèches. C’est ainsi que des bâtons furent utilisés pour battre à mort le roi. Avant de rendre l’âme, il fit une recommandation à Sémou Maak : « Fais tout pour que le Sine ne se disloque jamais sous ton magistère ». La légende rapporte que Salmone n’a pas de sépulture. Mais à Khojil où il est tombé, du piment a germé. Ceci, non pas pour matérialiser son caractère méchant, mais, affirme le vieux Sarr, « Salmone avait une petite besace qui contenait du piment, et de ses graines germèrent des plantes ».
 
Avec le Soleil.sn

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