CULTURE / ART

GUINÉE – Black M remet “yèkè yèkè” de Mory Kanté dans l’ère du temps : un bel hommage

Black M ©Page Facebook Black M

Pour son nouvel album “La Légende Black”, Alpha Diallo, alias Black M, entend rentrer dans l’histoire. Il a pioché dans le répertoire de la musique guinéenne le fabuleux classique rythmico-dansant de Mory Kanté : “yèkè yèkè”. Avec cette chanson, il ratisse large. Il a remixé avec un brio remarquable ce tube inoxydable à la sauce rap. Un délice. C’est clair : Black M a, de prime abord, “Les Yeux plus gros que le monde” (2014). Un ban pour “La Légende Black” !

Yèkè Yèkè : un régal musical
Si nous connaissons Yèkè yèkè ? Je pense bien. N’est-ce pas ce tube irrésistiblement dansant de la fin des années 80 qui s’est vendu à cinq millions d’exemplaires ? Nos parents assuraient graves sur cette chanson, paraît-il. Il a bercé notre enfance. Les acoustiques : le n’goni, la kora, les percussions africaines. Le son : la voix chaude, puissante et bien timbrée de Mory Kanté qui, quand elle s’élève, provoque un légitime enthousiasme au sein du public. Et quand les choristes reprennent le refrain, un miracle se produit. Une émotion profonde emplit toute la salle. On se presse, on se pousse, on se heurte, on bouge les pieds, on claque les doigts et une force puissante, quasi démoniaque, nous fait guincher. Je garde un excellent souvenir de tout cela. Mais, le temps passe et c’est devenu si navrant de voir ce joli prodige de l’esprit dormir dans la discothèque de l’oubli et prendre de la poussière.

On va yèkè, une audace artistique
Je me suis demandé ce qu’un jeune rappeur français woke pouvait bien gagner à exhumer une chanson mandingue vieille de trois décennies. Manque d’inspiration ? Peut-être bien. Challenge ? Ou désir de se reconnecter à ses origines ? ça se pourrait. Ce titre, qui plus est, a été chanté trois ans avant la naissance de l’artiste – Il est né en 1984 à Paris. C’était mal connaître Black M. Sur ce titre, une ode à l’amour, il s’est adonné à un véritable travail de “déconstruction-reconstruction” musical. Il a tenté avec un certain succès de remettre à la page une vieille chanson. Black M a donné du mordant et une allure dansante à yèkè yèkè. Tout en conservant la trame de cette chanson, il y apporte de nouvelles voix, celles de deux mezzo-soprani comme Amaya et Maysha. Chacune de ses deux chanteuses apportent chacune une couleur particulière à ce titre.

Black M ©Page Facebook Black M

“On va yèkè” : une mélodie prodigieusement rythmée
Si on en croit les stats sur les plateformes de téléchargements en ligne, et principalement sur Youtube (639 k vues ! en un jour), le succès ne saurait tarder. Le remix a gagné en puissance et en modernité. Ce tube est en passe de devenir le tube de l’été 2022. J’ai moi-même goûté aux cadences de ce classique de la musique, et même si mon avis rien de prophétiques, je le dis, ce remix a quelque chose de particulier : il n’a rien perdu de son attraction nostalgique, de cet air festif que nous avons savouré dans les premières mélodies. Black M s’est proposé de condimenter ce tube pasteurisé de doux épices du rap. L’ancien du groupe sexion d’assaut a concocté un bel hommage au vieux dinosaure de la musique guinéenne. Il y a ajouté le vernis d’une rythmique moderne tout en gardant les sonorités africaines de la chanson. Quand on entend les premières notes “On va yèkè” de Black M, on se sent pris, dès les premières secondes, d’un besoin de s’extérioriser, de se lâcher de toutes les pesanteurs qui nous étouffent. Espérons que cet excellent remix permettra à Black M de rentrer dans la légende.

       

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