CULTURE / ART

SÉNÉGAL – Mimo Dia Leydimen dribble entre les vérités et les mensonges de “Koolaado”

Mimo Dia Leydimen “Koolaado – Entre vérités et mensonges »

Il y a des livres qui, par la force des sujets abordés, vous marquent au fer chaud. Chacune de vos terminaisons nerveuses en prennent un coup. “Koolaado” fait partie de ces livres-là. Un véritable paquebot pandoresque, une addition d’espoirs déçus et de rêves brisés. Chargé de craquer, de la cale à l’entrepont, son fret humain est un condensé de désespoir. Entre vérité toute nue et mensonge blanc, l’auteur Mimo Dia Leydimen s’est ouvert une veine et a trouvé la force de dérouler des lignes de sang avec tout ce qu’il avait dans les tripes. Cette œuvre me rappelle une phrase de ma mère : son cœur s’est ouvert dans son ventre, pour dire qu’il a mis dans ce livre toute la souffrance de l’expatrié. Eh pourquoi pas ? Autant que nous appelons « expats » les blancs qui émigrent en Afrique, nous pouvons aussi appeler ainsi les noirs qui ont émigré en Europe. Simple réciprocité.

Écrivain, activiste, militant politique et panafricaniste
Mimo Dia Leydimen fait partie de ces jeunes qui n’hésitent pas à hurler leur ras-le-bol face à la mainmise des pouvoirs internationaux sur les économies et l’émancipation africaine. Il fait partie de cette jeunesse africaine qui ne veut plus être l’esclave de personnes. Il livre dans ses prises de positions et dans ses livres « le spectacle grandiose d’une vraie révolution, d’une transformation sociale » qui secouent une Afrique désunie et toujours en proie à la colonisation. Mimo Dia Leydimen est un jeune… tellement de choses à la fois, qu’on hésite à se jeter dans les énumérations. Un jeune comme lui, qui possède autant de cordes à son arc, c’est rare d’en trouver. Il est écrivain, activiste et militant politique, panafricaniste convaincu, fervent opposant aux organisations internationales, critique sur l’OMS et engagé sur le front monétaire pour une sortie du Franc CFA, il se veut défenseur de la souveraineté de l’Afrique. Après deux ouvrages de belle facture, « L’Afrique humiliée, l’enfer de la vérité » et « Nos larmes noires », il revient en moins d’un an d’intervalle avec une œuvre qui fera parler d’elle : “Koolaado – Entre vérités et mensonges ».

“Koolaado – Entre vérités et mensonges »
Très tôt orphelin de père – son père ancien tirailleur sénégalais est assassiné dans une guerre qui oppose le Sénégal à la Mauritanie -, “Koolaado” en l’absence d’autorité paternelle est arraché à sa mère. Il rejoint sa tante Halimata, du côté paternel, à Tabacounda. Il abandonne l’école, sombre dans la délinquance et finit par atterrir en prison. De retour au village, à Boundou, il se reconvertit dans le transport. Cela lui réussit bien. Après avoir échappé à la charia (amputation des mains), il émigre clandestinement en France chez son oncle. Là-bas, il est mis à la rue. Rebelote. Il sombre dans la drogue. Lorsqu’il apprend le décès de sa mère ! La nouvelle l’assomme à tel point qu’il retrouve son esprit. Grâce à sa copine Catherine, il trouve du boulot sous un faux nom. Quand le pot aux roses est découvert, il est expulsé de France. Catherine est enceinte de quatre mois.

L’auteur fait la peinture de la faillite de la société sénégalaise à tous les étages ; une société qui passe son temps à ruminer les vieilles traditions séculaires : le Sénégal est un pays de caste, d’irresponsabilité maritale et de soumission exacerbée à mode de vie rétrograde. Il aborde aussi la question de l’immigration. Ce livre est aussi la tentative désespérée d’un homme qui essaie de donner des couleurs à sa vie. Des jeunes gens qui abandonnent tout pour prendre la mer, à leur risque et péril. Et, qui, lorsqu’il arrive à l’Europe (la claque!), cette dernière n’a rien de cet Eldorado tant rêvé. Chose assez rare dans la littérature africaine, l’auteur aborde le thème du climat.

J’ai adoré le message qui sous-tend cette œuvre. Un message qui peut se résumer en ces mots : « Il n’y a de terre promise que celle qui nous a vu naître. L’Afrique n’a rien à envier à l’Occident. Ça devrait être le contraire. » Ce discours nouveau qui prend à contrepied les vieux narratifs : L’herbe chez le voisin est toujours plus verte. Ô que non ! La vie des migrants, qui travaillent le plus souvent au noir, n’est pas du tout jojo. Ce livre donne les raisons – dans les moindres détails – qui contraignent certaines personnes à l’exil et elles sont multiples. Il y a entre autres la nécessité financière et diverses formes de persécutions. Habituellement, on immigre pour fuir un certain inconfort chez soi. On va chez l’autre dans l’espoir de trouver sous un ciel plus clément : refuge, repos, paix. Cette triptyque est en somme le fil conducteur de cette œuvre. Mimo Dia Leydimen confie à son livre ses vérités, ses peurs, ses mensonges, ses craintes, ses espoirs.

       

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page
%d blogueurs aiment cette page :