EMIGRATION / DIASPORA

Plus de 500 migrants partis d’Algérie débarquent en Espagne, en un week-end

En seulement deux jours, 517 exilés ont atteint les côtes espagnoles samedi et dimanche. En provenance d’Algérie, une partie d’entre eux a débarqué sur les côtes andalouses, une autre, dans l’archipel des Baléares.

Malgré la fin de l’été qui s’annonce, les petits bateaux à moteur algériens en partance pour l’Espagne sont toujours nombreux. Ce week-end, 517 personnes ont atteint les côtes espagnoles de l’Andalousie et des îles Baléares, situées à l’est de la péninsule ibérique. Certaines ont été secourues par les autorités espagnoles, d’autres sont arrivées à terre par leurs propres moyens.

Pour la seule journée de samedi 10 septembre, 223 migrants ont débarqué à Majorque, Formentera et Cabrera, selon les dernières données fournies par la délégation gouvernementale dans l’archipel.

La première embarcation a été repérée à 1h25 du matin au sud de l’île de Majorque, au large de Cala Figuera. Les sauveteurs en mer ont porté secours à 12 passagers, « tous d’origine maghrébine », précise El Pais. Durant les heures suivantes, plusieurs opérations similaires ont permis de secourir 48 personnes, dans la même zone.

Plus au sud, au large de l’île de Cabrera, les sauveteurs espagnols sont également intervenus pour porter secours à 70 migrants magrébins et subsahariens. La même nuit toujours, 93 personnes également originaires du Maghreb ont débarqué sur la petite île de Formentera, située au sud d’Ibiza.

La veille, 279 personnes réparties sur 18 bateaux avaient déjà débarqué dans l’archipel, selon la délégation gouvernementale de la région. « Tous les immigrés, parmi lesquels au moins sept femmes, présentent un bon état de santé apparent. La plupart sont d’origine nord-africaine, mais il y a aussi quelques personnes originaires de pays subsahariens », indique la radio espagnole Cope.

L'archipel des Baléares se situe à l'est de la péninsule ibérique. Crédit : Google maps/Pikotchart
L’archipel des Baléares se situe à l’est de la péninsule ibérique. Crédit : Google maps/Pikotchart

Les sauveteurs en mer ont également été très sollicités au large de l’Andalousie. Dix-huit migrants « maghrébins », dont deux mineurs et deux femmes, ont été secourus près du Cabo de Gata, au large d’Almeria. Pendant ce sauvetage, six autres personnes ont été prises en charge, alors qu’elles se trouvaient sur l’île d’Alboran, situé en pleine mer, à distance égale de l’Algérie et de l’Espagne.

Deux autres embarcations qui contenaient 27 passagers ont par ailleurs été interceptées près des villes de Calpe et d’Alicante, au sud-est de l’Andalousie. Un mineur et une femme enceinte font partie des rescapés.

Ce week-end du 10 septembre, 294 personnes au total ont été prises en charge par la Croix-Rouge d’Almeria.

L’association Heroes del Mar comptabilise pour sa part « plus de 1 000 personnes interceptées » ces dernières 72 heures, sur les côtes espagnoles d’Almeria, Murcia, Alicante et des îles Baléares. Près de 90% d’entre elles seraient d’origine algérienne.

À la dérive en mer pendant huit jours

Si toutes ces personnes ont pu atteindre les côtes espagnoles saines et sauves, les disparitions et les décès sur cette route migratoire sont réguliers. Le 28 août, sept corps sans vie ont été récupérés en mer par la police au large d’Alicante et de Murcie. D’après un communiqué, il « semblerait », que ces personnes soient « d’origine nord-africaine », qu’elles avaient « quitté leur pays d’origine » et qu’elles « naviguaient dans une embarcation de fortune ».

Le 8 août, six autres exilés sont morts dans le naufrage de leur embarcation à Hammamet, sur la côte ouest d’Alger. D’après le journal algérien TSA, les seize passagers, âgés de 20 à 30 ans, étaient originaires de différents pays d’Afrique subsaharienne et d’Algérie. Ils avaient pris place à bord d’une embarcation dite « Boaty », qui devait leur permettre de rejoindre la ville espagnole d’Alicante en 16 à 18 heures.

En juin, trois harragas [littéralement « brûleurs de frontières », en français], avaient perdu la vie, au large des Baléares cette fois. Partis le 1er avec cinq autres personnes, ils avaient dérivé en mer pendant huit jours avant d’être repérés par hasard par des sauveteurs.

La parenthèse du Hirak [soulèvement populaire lancé en février 2019, qui a ébranlé le pouvoir, ndlr] refermée, et avec elle l’espoir d’une vie meilleure en Algérie, des milliers de jeunes du pays font le choix de prendre la mer. « Il faut vraiment vivre en Algérie pour se rendre compte du quotidien dans le pays, avait raconté à InfoMigrants Bilel, dont le frère a disparu sur la route de l’Espagne. Le travail est très rare, et même si on en a un, on met 10 ans à s’acheter une voiture, tellement les salaires sont bas. On ne peut pas ouvrir la bouche pour critiquer, sinon on va directement en prison. Si on a de l’argent, on peut survivre, si on en n’a pas, on est mort. »

Ryad, un jeune Algérien encore dans le pays, a vécu le même drame. « À l’âge de mon frère [21 ans], normalement, on est censé imaginer sa vie, ce qu’on va faire plus tard. Mais ici, à 18 ans, on organise son départ. »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page
%d blogueurs aiment cette page :