3eme mandat en Afrique: Ould Abdel Aziz en Mauritanie, un stimulant ?




L’ancien Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a été arrêté et mis en détention dans le cadre d’une procédure pour corruption, blanchiment d’argent et autres actes de prévarication supposés.

Cette arrestation fait suite à une longue procédure qui date des mois et au cours de laquelle, l’ancien Président a affirmé ne pas reconnaitre la compétence des instances qui mènent la procédure du fait justement de son statut d’ancien Chef d’Etat. Mais, rien n’y fit, il a été tout de même arrêté et séjourne actuellement en prison dans son pays.

Rappelons cependant que le Président Aziz n’a jamais voulu faire un troisième mandant comme cela a été par la suite en Côte d’Ivoire et en Guinée Conakry, pour ne citer que ces exemples.

Alors, il a trouvé dans sa formation politique, quelqu’un, en la personne de son homonyme et ancien collaborateur Mohamed Ould Ghazouani, pour être candidat à sa place. Ce dernier a gagné les élections grâce au soutien d’Aziz et de ses proches le 1er  août 2019.

Ce général de l’Armée, a été le partenaire de Aziz dans le renversement du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2008 et a été membre du conseil militaire qui a destitué l’ancien président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya en 2005. Il a été ministre de la Défense de 2018 à 2019.

C’est dire à quel point les deux hommes étaient proches. C’est pourquoi, Aziz n’a pas hésité à faire de lui son dauphin. Mais, chemin faisant, alors qu’il a été élu, il y a eu bisbilles entre les deux hommes lesquelles portaient essentiellement sur une bataille de contrôle de l’appareil de leur parti, l’Upr.

Interrogé ce week-end par Radio France internationale et France 24, le Président Ghazouani dégage en touche et estime n’avoir pas trahi son prédécesseur.

Mieux, sur la question de savoir si cela n’allait pas donner raison à ceux qui veulent en Afrique s’accrocher au pouvoir pour un troisième mandat, il estime que ces derniers auront d’autres arguments à eux pour le faire.

Toutefois, la situation mérite réflexion. Sans entrer dans les affaires judiciaires mauritaniennes et aux arguments qui fondent les chefs d’inculpation de Aziz, il est important de souligner que beaucoup de chefs d’Etat en Afrique désirent s’éterniser au pouvoir juste pour se protéger et protéger les siens.

Car, le risque est grand de devoir se soumettre à des poursuites judiciaires une fois le pouvoir perdu du fait justement des nombreuses violations des droits de l’homme, des actes de corruption du clan au pouvoir, de l’emprisonnement des opposants, de l’enrichissement des proches, etc.

Même si le dauphinat a bien fonctionné au Burundi entre le Président Évariste Ndayishimiye et son prédécesseur Pierre Nkurunziza avant son décès, ce n’est pas le cas partout en Afrique où les anciens chefs d’Etat et leurs proches ne se sentent pas toujours en sécurité.

Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé en République démocratique du Congo (Rdc) entre le Président Kabila et son successeur Félix Kishekedi qui avaient signé un deal de gestion commune du pouvoir au moment où l’ancien Président avait une large majorité à l’Assemblée.

Eh bien, il y a eu un subterfuge juridico-politique qui a permis à l’actuel président de renverser la majorité même si Kabila échappe, pour le moment, à toute poursuite judiciaire.

C’est dire à quel point la situation en Mauritanie et dans bien d’autres pays, peut encourager les présidents actuels au pouvoir, afin d’éviter toute poursuite contre eux et leurs proches, de s’accrocher au pouvoir. Car, à y regarder de près, ils sont peu nombreux à être irréprochables dans leurs gestions et peuvent s’attendre à une reddition des comptes.

Au Sénégal, cette réalité judiciaire a frappé le fils de l’ancien Président Abdoulaye Wade et l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall qui, jusqu’ici, ne peuvent pas réinscrits sur les listes électorales même si les procès ont été discutables. En clair, pour réussir une alternance démocratique apaisée dans les pays, il faudrait que les présidents en exercice respectent les institutions de leurs pays et se soumettent à l’Etat de droit.

Car, tant qu’il y aura des entorses graves aux lois, ils auront toujours peur de perdre le pouvoir pour rendre des comptes. Et même cela ne suffira pas, dans certains pays, à les mettre à l’abri d’éventuelles poursuites.

Assane Samb