Abdou Faye, une mort sans interêt… (Par Adama Gaye)




Abdou Faye, une mort sans interêt…
Par Adama Gaye*

Il a ete tue. Sa mort est cependant presentee en suicide. Voilà l’Etat devenu assassin, inspire par le Boucher qui le dirige illegitimement, qui se specialise dans les assassinats de ses citoyens. Abdou Faye est sa dernière victime…

En lui, c’est une vie, jeune, qui est brisee, abregee, reduite à neant, à son aube. Ses lèvres qu’il mordillait voici guère peu de temps ne bougent plus. Son regard lointain, perdu dans un indefinissable horizon, en quête de reponses à son vecu et aux revers sur son parcours terrestres est definitivement clos. Son visage poupin ne reagit plus et il ne sait rien de ce qui se dit depuis ce matin de la part des services de securite du Senegal qui ont decide de lui coller une explication: suicide. Pour justifier sa mort, cette nuit, après avoir ete evacue d’urgence du commissariat central de Dakar vers un hôpital local.

La moue dubitative qui a accueilli cette annonce n’est pas seulement le signe que plus personne ne croit aux fadaises d’une police qui tue sans trembler mais la preuve que cette dernière execution est de trop.
Je connais l’une des deux principales chambres carcerales du commissariat central, lugubre, spartiate, n’ayant comme menu additionnel que quelques nattes jetee par terre pour permettre à leurs hotes, retour de parquet, comme on dit, d’y passer la nuit avant de retourner chez le juge.
Pour y avoir ete jete sans menagement dans une volonte de me faire taire ou de m’humilier, l’Etat mafieux du Senegal m’a parmis de savoir à quel point il est peu regardant des droits humains.
Ce n’est donc pas etonnant que ses pratiques feroces, ses tortures, ont pu souvent entraîner des morts d’êtres humains qu’il etait cense proteger pendant leur sejour entre les mains de la justice.
Parce que je l’ai methodiquement detaille dans mon ouvrage Otage d’un Etat (Editions l’Harmattan), je peux donc dire, sans crainte d’être dementi, que le jeune Abdou Faye n’a pas commis un suicide. Encore moins pas de la manière incroyable decrite par les services fascistes du Senegal. Qui affirment qu’il est tombe d’une chaise sur un bocal contenant du ligique inflammable que son brique a mis en feu, provoquant sa brûlure au point où il fut evacue à l’hôpital. Ou il trouva la mort, selon la legende de l’Etat Senegalais.
Le peuple senegalais se tait. Sa presse, toujours prompte à exiger que le monde entier pleure ses morts, reste de marbre face à la forfaiture de l’Etat du Senegal. Comme si cette mort etait moins importante que celle qui a frappe ses membres dans un passe recent.
Tel est le Senegal. Il faut être du côte des gens à la mode ou possedant des moyens de diffusion de masse pour qu’on evoque votre cas.
Ma detention dans ces lieux lugubres en fut un autre exemple où, dechaînes, des medias, connus de tous, que l’on veut, dans un oubli criminel, parer des meilleures vertus, soudain, s’etaient mis à me souhaiter la gehenne. Ses plus cyniques membres n’avaient recule devant rien, enfilant mensonges et manipulations, reprenant les theses d’un pouvoir nazi, à seule fin de legitimer tout ce qu’İl voulait faire pour me detruire.
Ce jour, c’est un autre Senegalais, ne beneficiant pas, lui-aussi, de la bienveillance, de l’attention, de ceux qui veulent mener le debat, qui s’est eteint, tue par le pouvoir sans que personne ne lève le plus petit doigt.
Il n’est pas le SEUL. Qui peut oublier le tailleur Cheikh Wade?
Ce militant de la democratie et qui s’opposait à la vie chère et difficile, fut execute, lors des revoltes de Mars dernier, sous les yeux du monde entier par des nervis equipes par l’Etat du Senegal avec des armes pour tuer.
On peut aisement deviner que je me sens très proche de tous ces damnes de la terre. Et donc d’Abdou Faye !
Je prie pour le repos de son âme. Sa mort est une de trop, dans le silence des conspirateurs. Il a ete assassiné. C’est un Omar Blondin Diop des temps incertains, au milieu des faillites, que nous vivons…
Qui va parler pour lui? QUi va s’etrangler face au silence du pays sur son meurtre?
Les morts, decidement, ne sont pas egaux au Senegal.
Que Dieu t’accueille au paradis, Abdou. Nous te vengerons…
Adama Gaye* auteur de Otage d’un Etat est un exile, opposant au regime de Macky Sall.




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