Général Tine /Sale temps pour les collabos.




Général Tine
Par Adama Gaye*
Sale temps pour les collabos.


Il y a quelques-mois, j’interpellais, en privé, par écrit, le Général Jean-Baptiste Tine, haut-commandant de la Gendarmerie, contre un fait de torture survenu dans la localité de Tivaouane, et dont la victime, à l’intérieur d’une caserne de gendarmerie, n’était autre qu’un jeune activiste sénégalais.
“Adama, je vais regarder cette affaire et te recontacter”, me répondit-il, me donnant ainsi l’espoir qu’il ne couvrirait pas ses hommes s’ils avaient fauté.
Il n’y eut pas de suite. Ou plutôt, si. Les gendarmes, comme les autres forces, mal nommées, de défense et de sécurité n’ont, depuis, eu de cesse de faire montre d’un excès de zèle dans la mise en œuvre des mesures de répression, souvent illégales, données par un régime crapuleux, en s’alignant derrière les souhaits criminels de Macky Sall, jusqu’à fermer les yeux sur le surgissement de forces parallèles, des nervis-tueurs, devenus leurs complices dans la propagation d’une culture de la terreur envers les citoyens innocents, sans se soucier de trahir l’esprit et le corps de la loi.
C’est donc ce même général, dont son maître, qu’il a aveuglément servi, si longtemps, vient de faire sa nouvelle victime. Son sort confirme celui qui attend l’éleveur de mouton, célébré par la fable sénégalaise, selon laquelle il sera la première cible qu’il visera quand ses cornes seront solides.
La chute de Tine fait verser des larmes de compassion çà et là dans le pays. Il faut cesser l’hypocrisie. Tout brillant qu’il soit, il a joué et perdu en se mettant au service d’un individu sans foi ni loi dont il savait qu’il n’avait aucun égard pour les droits humains. Sans recul, la naïveté, mal-placée, des sénégalais veut le faire passer en un héros parce qu’il aurait démissionné ou décliné un poste d’ambassadeur. Ou qu’il aurait résisté aux derniers ordres pour tirer sur la foule lors des marches de Mars ou failli à contenir les foules qui ont pris d’assaut, brûlé, les maisons de Macky Sall, à l’intérieur du pays.
Sa brutale éviction, démission ou pas, à quelques mois de son départ à la retraite, n’est pas qu’une humiliation pour le gradé qu’il est mais n’est que la rançon de ce qu’il a été un collabo dans la pire tradition rendue méprisable par les Kapos, ces collabos Tchèques, qui furent les plus féroces, agités, exécutants des consignes d’Adolph Hitler pendant l’ère du nazisme.
Comme eux, emportés par la déroute de leur mentor, Tine, précédant celle du sien, tombe aussi avec pertes et fracas. Même s’il veut embellir son image en voulant se réinventer en gentleman-farmer, paysan du dimanche, qu’on ne s’y trompe pas : il a été une pièce-maitresse dans le dispositif de projection aveugle, violente, de la terreur sur la population sénégalaise. Sous son leadership, lui le mari de la conseillère en communication de Macky Sall, la gendarmerie n’a pas été tendre avec le peuple ni ne s’est montrée digne d’assurer les missions régaliennes qu’on est en droit d’attendre d’un dépositaire de la force publique. Elle s’est transformée en milice du pouvoir, un point, un trait. Ne lui tressons pas des lauriers immérités…
Autant dire, Général, que même si je garde un bon souvenir de nos interactions, de civilités, aux alentours du Centre des hautes études de défense et sécurité (Cheds), à Dakar, que je fréquentais et où vous habitiez, je ne peux vous faire le salut de l’honneur. Hélàs. Parce que vous partez par la petite porte, pour avoir magouillé, cyniquement, afin de servir ce satrape, pilleur et assassin, qu’est Macky Sall. Trop tard, pour que vous soyez réhabilité. Il ne fallait pas vous engager dans cette galère où vous avez laissé vos grades et plumes et la gendarmerie sa réputation. C’est ça la vérité, le reste, les éloges émotifs n’étant qu’une légende sans prise sur la réalité. L’histoire sera implacable quand tous les actes posés, sous votre gouverne par la maréchaussée seront, comme cela sera le cas, dévoilés.
Dans la catégorie de celles et ceux qui paient pour une telle posture, rassurez-vous, vous ne serez pas seul. Vous y rejoindra, à coup sûr, votre successeur, le Général Moussa Fall, dont le pays entier parle déjà comme d’un ambitieux prêt à marcher sur des cadavres pour mériter la mission criminelle qui lui est confiée. Sous son béret, ses yeux pétillent de cette envie inextinguible de casser du Sénégalais pour que l’autre, le Boucher de Dakar, réalise son rêve, de plus en plus fou, d’obtenir un mandat présidentiel, additionnel, sur celui, volé dans une fraude mémorable, qu’il exerce actuellement. Général Fall, dans ses lubies, ne réalise pas combien il s’expose à la colère, la fougue, le refus d’un peuple Tampi, fatigué, déterminé à reprendre le contrôle sur sa souveraineté. Qu’il force seulement et il verra comment un feu populaire l’engloutira avec ses folles ambitions.
Les nervis judiciaires, comme ce greffier témoin de mon audition devant le juge, les comploteurs de la Division des investigations dites criminelles, les tueurs des prisons ou commissariats, ou encore les magistrats, au service des causes du pouvoir, le griot Mbaye pekh, sonné et traumatisé par son accident, yeux hagards, découvrant le revers de la servilité opportuniste, mais qui n’a encore rien vu, et tous ceux qui, tels les morts sur les pas de la tournée maléfique de Macky, perdent leur sang au nom d’un sacrifice maçonnique déclenché par le fétichiste qu’ils servent, ne sont que les victimes expiatoires d’une sombre tendance lourde. Qui n’a pas fini de faire couler le sang puisque nous avons affaire à un individu qui est prêt à exterminer le peuple sénégalais pour gouverner, en solitaire, un Etat-cimetière…
J’ai déjà entendu les cris d’orfraies, risibles parce qu’hypocrites, des nervis médiatiques se déchainer pour empêcher que le débat sur les signifiés de ce qui se passe en ce moment ne se déroule. Peu importe : c’est se tromper que de penser qu’on arrêtera la mer avec de menus bras, surtout ceux de mercenaires qui pleurnichent sur les cadavres de leurs confrères ou de citoyens à seule fin de s’attirer les bonnes grâces du féticheur-en-chef, et, en particulier, freiner la réflexion sur le rôle de la presse dans la dérive du Sénégal vers une culture autocratique jamais connue avant sur nos terres..
Revenons au Général Tine puisque ce qui lui arrive éclaire d’un jour nouveau les failles multiples qui ont fait du Sénégal un Etat de non-droit, gouverné par un régime voyou, en putréfaction sous le genou d’un homme qui l’a mené à la plus profonde des banqueroutes. Au lieu de jouer au héros, ou de le présenter comme tel, qu’il n’est pas, je lui conseille de tirer les leçons de ce qui lui arrive du fait de sa collaboration à un projet antinational mais aussi de s’assurer que ses collègues, encore sous la tenue, se mettent du côté de l’histoire plutôt que de celui qu’ils ont tous ou presque indignement servi, trahissant le leitmotiv de leur corps : on les déshonore en en faisant des piliers de la destruction de notre pays.
Trève de révisionnisme.

Major, 1ere Promotion du Centre Des Hautes Etudes De Defense et Securite (Armee Sénégal et Faculte de Sciences Juridiques -Ucad).

-Commissaire Yague sachez que j’ai saisi la CPI. Pas de betise !
Ps: un colonel de gendarmerie de mes amis d’enfance m’a fait quitter le groupe WhatsApp que nous avions forme quand j’ai vu qu’il etait dans la servilite. La gendarmerie nationale est-elle malade? Oui.

Adama Gaye*