Haro sur un racket d’Etat (Par Adama Gaye)




Haro sur un racket d’Etat
Par Adama Gaye*

Vider les caisses publiques, les privatiser, en prétextant faire du social. La dernière trouvaille des politiciens qui mal-gouvernent le Sénégal sous le label de l’Alliance pour la République (APR) est le summum d’une culture du pillage des ressources publiques et nul ne s’en émeut.
Depuis quelques-années, et plus particulièrement ces derniers mois, davantage en ce Ramadan de pénitence, il ne se passe plus de jour sans qu’on ne lise dans les médias Sénégalais que tel acteur politique appuie les populations de la localité d’où il est originaire avec force quantités de denrées alimentaires pour faire face à la dureté de la vie et affronter les rigueurs du carême. C’est par exemple tel président d’un club sportif, dans le sud du pays, qui se montre à son avantage devant des sacs remplis de riz ou des cartons de sucre, alors qu’une foule de militants, pleins de gratitude, le scrutent d’un regard reconnaissant. Ce peut aussi être une file de camions surchargés de produits alimentaires ouvrant la route vers le fouta, complaisamment mis en exergue par quelque organe de presse classique ou site internet, qui annonce que le faussaire Ministre de la Justice «appuie » le Fouta. On ne compte plus non plus les tournois de football dotés d’une coupe d’un donateur, souvent un officiel, dont l’objet est d’améliorer sa fortune politique.
La personnalisation des politiques sociales, expression du désarroi des populations contraintes de compter sur les dons «généreux » d’acteurs politiques soudain enrichis ou portés par des moyens financiers tirés des caisses de l’Etat, d’abord des services qu’ils dirigent ou extraits des surplus, des surfacturations de marchés publics, est la nouvelle déclinaison de la stratégie gouvernementale en direction des déshérités.
L’affaire est très grave. C’est une criminalisation de l’action publique que ne peuvent plus masquer son faciès social et ses prétentions humanitaires. Nous sommes au milieu d’un racket d’Etat, d’une «dévalisation» du Trésor public, d’un racket encouragé par l’Etat, non pas pour soutenir les populations en manque, mais pour piller les ressources publiques, enrichir une caste de politiciens ayant le cran, de surcroit, de se poser en bons Samaritains.

Il y a quelques jours, une dame, Présidente de la commission sociale de la mairie de la Patte d’Oie aux Parcelles Assainies, à Dakar, m’en a donné une illustration qui prouve à quel point la chose prend des proportions criminelles. «Le maire local, Banda Diop, a imité ma signature», s’insurge-t-elle, et, sous prétexte de faire du social, décaisse des sommes importantes sans qu’on sache à quoi elles servent ni qu’il en fasse une réddition.
Il est grand temps de dénoncer la criminalité qui sous-tend la nouvelle générosité des acteurs du parti qui a fini de tuer toutes les traditions de transparence dans les politiques sociales, y compris les institutions traditionnelles, comme le Commissariat à l’aide alimentaire, par lesquelles se faisaient les soutiens de l’Etat aux Sénégalais en besoin d’appui de la part de la nation, sur les fonds publics.

Désormais, les services sociaux publics sont frappés d’obsolescence. On se demande à quoi servent les Ministères de la famille et de l’Action sociale. Ou s’il y a encore un quelconque semblant d’actions sanctionnées pour appliquer ce qui doit être une politique sociale comme tout Etat est en droit d’en avoir.
La différence est frappante avec des pays comme les USA où, par exemple, au nom de la lutte contre les conséquences déstabilisatrices de la pandémie du Corona, des chèques ont été remis directement aux populations sur une base transparente, connue de tous.

Le revenu minimum social mis en œuvre en France est une autre forme d’un Etat social équitable, qui assume sa mission régalienne de gardien des équilibres sociétaux par la réduction des tensions causées par la pauvreté et les défis, comme les pandémies nouvelles, dont les plus exposées victimes sont les populations les plus pauvres.

En lieu et place de cette démarche claire et nette, validée par des décisions arbitrées publiquement jusque dans les travées des institutions parlementaires, ce que l’on constate au Sénégal, sous le régime de Macky Sall, c’est la validation de la criminalité par des bandits à col blanc, souvent des élus locaux ou nationaux, ou encore des officiels au cœur de l’Etat, qui prétendent «aider» les plus défavorisés des régions et patelins d’où ils viennent, alors qu’ils ne s’adonnent qu’au pire des gangstérismes d’Etat. C’est comme ces joueurs de cartes au coin de louches rues attendant pour les enfariner ceux qui ne comprennent rien a leurs stratagemes. Comme eux, İls se servent sur les biens d’autrui, ici le tresor public, en affectant d’ameliorer le sort de qui les suit.

Qu’on ne s’étonne donc pas que là où ils déclarent avoir, par exemple, offert pour 5 millions de denrées alimentaires, ce sont des centaines de millions qu’ils ont empochés, vides des caisses de l’Etat.

Cela leur permet de se présenter en grands Seigneurs, au point de prendre la place de l’Etat, absent et déficient, dans l’unique but de cultiver une clientèle politicienne vénalisée à leurs propres profits.

C’est dans cette même logique que ces gangsters, agissant avec la complicité et l’encouragement venu du sommet de la mal-gouvernance du pays, poussent le bouchon jusqu’à offrir des logements aux étudiants de leurs localités, quitte à créer les bases d’une communautarisation de l’action publique, avec tous les dangers, la polarisation parfois ethnique, qui en découlent.
L’arnaque devient intolérable. Cette bande de bandits au pouvoir doit donc être indexée et remise à a place. En pillant les caisses publiques, en faisant des fonds sociaux des propriétés privées, des fonds politiques, sans aucun contrôle, ils participent de ce qui est une déconstruction criminelle des fondements de l’Etat. La transparence en est la première victime.
Cette farce de mauvais goût doit cesser. Ce qu’ils appellent «appui » n’est rien d’autre qu’un détournement des deniers publics dont les populations affamées, désespérées, ne sont, in fine, que les témoins, spectateurs, instruments involontaires. Le hic, c’est qu’elles croient avoir affaire à des bienfaiteurs soucieux de leur malheur.

Macky Sall, quand est-ce que cessera cette arnaque ? Ces appuis qui montent de toutes parts au nom d’une aide aux populations ressemblent davantage à autant de coups de…grâce qui leur sont infligées.


Adama Gaye




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