“Heurts entre Palestiniens et la police israélienne : Le double jeu” (Par Thierno Diop, Journaliste)




Les heurts entre Palestiniens et la police israélienne sur l’esplanade des Mosquées de la Ville sainte dévoilent l’ambiguïté de la position marocaine sur ce dossier et interrogent sur les dessous du rapprochement opéré il n’y a guère longtemps, en direction de Tel-Aviv.

Pour mémoire, au mois de décembre passé 2018, Mohammed VI avait vigoureusement protesté contre la décision de Donald Trump, qui fera transférer l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

Mais, deux ans plus tard, exactement en décembre 2020, lors d’un entretien téléphonique avec Donald Trump, le roi du Maroc amorce la reprise des relations diplomatiques avec l’Etat hébreu. En juillet 2017, le roi du Maroc avait appelé le Secrétaire général des Nations unies à intervenir d’urgence pour amener Israël à mettre fin à son escalade dangereuse dans la ville d’Al Qods, nom arabe de Jérusalem. Aujourd’hui, Rabat est plus “diplomate” dans le choix des mots.

Ce rétropédalage historique, explique-t-il la timidité de la réaction du Maroc, devant les agressions que subit le peuple palestinien depuis quelques jours ? Mohammed VI avait souligné pourtant que le rapprochement opéré dernièrement “n’affectera aucunement l’engagement permanent et constant du Maroc à défendre la Cause Palestinienne juste, et son inscription sur la voie de l’instauration d’une paix juste et durable dans la région du Moyen-Orient”. Cependant, il coule de source que la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara a tempéré les ardeurs de Rabat.

Pour rappel, le roi du Maroc, ex officio, préside depuis 1975 le comité Al Qods, regroupant, à l’instigation de l’Organisation de la conférence islamique, tous les Etats arabes qui soutiennent la cause palestinienne. En outre, Rabat abrite le siège dudit comité, doté depuis 1998 d’un bras armé financier, Bayt Mal Al Qods Achari. Le royaume chérifien se sert de cette position pour se rendre incontournable dans l’échiquier moyen-oriental.

En parallèle, la visite très décriée que Me Sidiki Kaba a effectuée à Jérusalem en 2018 marque-t-elle un changement de politique du côté de Dakar ? En effet, depuis le mitan des années 1970, soit dans la foulée de la victoire israélienne à Kippour, le Sénégal est aux commandes du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du Peuple palestinien. Il avait été reconduit à ce poste au mois de février 2017.

En 1973, il a aussi été le premier Etat à accepter que l’Organisation pour la libération de la Palestine (Olp) ouvre son premier bureau à Dakar. Qui plus est, le Sénégal a reconnu l’Etat palestinien depuis le 15 novembre 1988, le jour où le président de l’Olp Yasser Arafat a fait la déclaration de la création d’un Etat palestinien en Algérie. Mieux, le 16 novembre 1988, la représentation diplomatique palestinienne au Sénégal, qui existait auparavant, est devenue une ambassade.

Durant la crise sénégalo-mauritanienne de 1989, la plupart des pays du Golfe, l’Arabie Saoudite en tête, avaient pris faits et causes pour le Sénégal, en reconnaissance, entre autres raisons, du soutien que Dakar apporte à la cause palestinienne. Aujourd’hui, l’ambassadeur de la Palestine à Dakar demande au Sénégal de “marquer clairement sa position”, sur les heurts entre palestiniens et forces de l’ordre israéliennes. Est-ce trop demander à un allié historique ?

Par Thierno Diop, Journaliste

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