J’AI EU UNE GRANDE HONTE DE VOIR DES NERVIS À CÔTÉ DE LA POLICE




La présence des nervis aux côtés des forces de l’ordre lors des manifestations contre l’arrestation de Ousmane Sonko révolte l’ancien commissaire de police, Boubacar Sadio. Ce dernier dit avoir ressenti un mal profond en voyant ces gros bras intervenir aux côtés des forces de défense et de sécurité.

Une véritable honte pour nos forces régaliennes ! C’est ainsi que le commissaire Boubacar Sadio perçoit la présence des nervis lors des manifestations du début 05 mars. Selon le policier à la retraite, chaque régime à eu ses nervis. «On avait les tontons macoute avec le Ps, les calots bleus avec le Pds, et les marrons du feu avec l’Apr», affirme-t-il avant de se désoler du recrutement des gros bras qu’il juge «anormal dans un Etat de droit et dans une République qui se respecte».

Toutefois, Boubacar Sadio indique qu’il y a une certaine tolérance de la part des autorités qui considèrent qu’un homme politique, dans le cadre d’une activité électorale, puisse avoir sa propre sécurité d’autant que les forces régaliennes ne peuvent pas assurer la sécurité de tout le monde. «Mais, il faut reconnaître que cette fois-ci (Ndlr, récentes manifestations), cela a dépassé vraiment les bornes», souligne le commissaire Sadio qui dit avoir éprouvé «une grande honte à voir des nervis à côté de la police».

Par ailleurs, il tient à rassurer qu’il n’y a pas de nervis dans la Police contrairement aux déclarations du ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome. Mais, il reconnaît la présence de gros bras à côté de la police. «On peut dire que leur présence était acceptée et cautionnée par la Police. Et on avait l’impression que la Police encadrait ces nervis-là. Cela participe à ternir la réputation des institutions régaliennes. On avait l’impression que la Police et la Gendarmerie avaient prêté leurs missions régaliennes d’assurer la sécurité des personnes et des biens et de veiller au maintien et au rétablissement de l’ordre», clame-t-il.

Quid de l’identité de ces nervis ? Il estime que ces derniers n’ont aucun signe d’identification. Alors que certains soutiennent qu’ils s’agit de policiers en civil, le commissaire Boubacar Sadio bat en brèche cette thèse. «Un policier en civil qui intervient dans le cadre d’un maintien de l’ordre doit avoir un signe distinctif tel qu’un gilet où il est marqué de manière claire et nette : Police ou Gendarmerie, ou un brassard», explique le policier à la retraite avant d’ajouter : «On a vu des gens qui ne pouvaient pas être identifiés, de gros bras qui avaient la carrure de lutteur».

«AUJOURD’HUI, CE SONT DES BATONS, MAIS DEMAIN, CELA PEUT ETRE DES MACHETTES»

De l’avis du policier à la retraite, il faut mettre un terme à cette situation qui peut avoir des répercussions très graves sur la sécurité du pays. De l’avis de Boubacar Sadio, ces gens étaient armés de bâtons et de gourdins. «Au cours des dernières manifestations, on a assisté à des actions de barbarie, avec des gens qui étaient armés de gourdins, de fusils et il faut rappeler que le gourdin ne fait pas partie des équipements de la police. Aujourd’hui, ce sont des bâtons, mais demain cela peut être des machettes. Ce sont ces genres de situations qui conduisent à la guerre civile», dit-il avant d’appeler l’Etat à prendre ses responsabilités. Pour lui, l’Etat doit procéder à un recrutement massif des forces de l’ordre, mais également miser sur la formation