“Macky: La crétinisation d’une démocratie Par Adama Gaye*




“Macky: La crétinisation d’une démocratie
Par Adama Gaye*

En m’opposant à sa réalisation dès que la possibilité en fut plausible à la veille d’une fatidique élection présidentielle en Mars 2012, quand le peuple sénégalais enfumé, aveuglé, se préparait à commettre l’irréparable pour l’élire, ma plus grande crainte fut de voir notre pays, sa société, ses valeurs et sa démocratie finir dans les caniveaux d’une crétinisation.

C’est le constat qu’offre le spectacle désolant qui se dégage du Sénégal ces jours-ci et qu’illustre, jusqu’à la caricature, l’image d’un blindé militaire, roulant au pas de charge, suivi de soldats armés jusqu’aux dents, et qui encadraient ce qu’on a voulu nous faire croire être la voiture de ce qui tient lieu de Président illégitime du pays.

Qui eut pu imaginer cela possible ici en cette terre de paix et d’hospitalité? Terre de dialogue et parlotte où les débats d’idées, la grandiloquence et l’élégance verbale et vestimentaire étaient les marqueurs de la classe du cru?

Tel est devenu le Sénégal, symbole de l’effondrement démocratique que, médusé, le monde entier découvre, archétype de la faillite d’état, fracturé par ses failles, paniqué par la pandémie, écrasé par sa mal-gouvernance économique, sociale et politique.

“Oui, tu l’as toujours dit”, confesse, dans un message privé qu’il m’a envoyé, hier nuit, l’ancien président de la commission de la CEDEAO, Docteur Mohamed Ibn Chambas, actuel Représentant Spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest.

“Je suis inquiète”, soupire une amie, proche du pouvoir décadent de Macky SALL.

Il ne pouvait qu’en être ainsi tant l’avènement au pouvoir du plus grand usurpateur de l’histoire du Sénégal, voire de l’Afrique, arnaqueur de premier plan n’était vouée qu’à déboucher sur les ruines qu’il a produites.

Ce qui m’en avait donné la prescience, c’est d’avoir connu cette bête émergente, dont la médiocrité, l’expertise dans les détournements des biens publics et la propension à d’assujettir à toutes les forces du mal pour arriver à ses fins étaient le gage qu’il ferait perdre au Sénégal ses raisons d’être fiers. Y compris sa souveraineté, sa démocratie, ses libertés.

Plus grave, par la réthorique ambiante, cultivée de concert avec les médias et ses relais complaisants, particulièrement une classe politique, maraboutique et un patronat complices et complaisants, il a ensemencé dans la société sénégalaise le culte de la crétinité.

Sous sa gouverne, amplifiée par ses Goebbels nourris à la sève de l’argent et des ressources publics qu’il a détournés, la stratégie a tellement bien fonctionné que l’ordre des valeurs et postures a été inversé.

Dire le vrai devenait louche. Rêver de chercher le savoir fleurait bon la folie. Refuser les compromissions vénales constituait une…irresponsabilité. S’opposer relevait de la jalousie. Aller gagner sa vie aux antipodes en l’absence de perspectives professionnelles ou de revenus financiers dans un pays qui devenait invivable équivalait, dans le langage irresponsable et traître du voleur Macky SALL, à n’être qu’un oisif errant. Ne pas suivre son appel genocidaire à l’ethnicisation, au nom d’une déviance neddokobanditisme, passait pour un mépris de la culture dont il s’enrobait à des fins pouvoiristes. Récuser ses entreprises de privatisation des ressources nationales (sols, sous sols, finances publiques, bâtiments nationaux et autres propriétés du pays) devenait dangereux puisque les pilleurs associés à son saccage, de l’Onas à la Sones, de Petrotim à Ageroute, du Prodac aux mairies, du gouvernement aux hommes d’affaires, prête-noms criminels, se pressaient aussitôt de recruter des nervis de la plume pour vous dézinguer.

Sous son toxique magistère, il fallait être cretin, corrompu, à la limite con, capable d’avaler toutes les couleuvres qu’il imposait au pays, jusqu’aux chefs religieux frappés par des menaces et sa corruption et encerclés par des espions plantés dans leurs proches entourages pour les soumettre à sa volonté criminelle.

Le reste du monde, pourtant conscient des limites intellectuelles d’un homme apte dans un souffle à s’offusquer de ce qu’il appelle un “réquisitoire dithyrambique”, mais invité hélas à débiter ses âneries conceptuelles dans des instances, telles le G7 ou le G20, où il n’a eu de cesse de déshonorer le continent africain. Nul n’a autant que lui contribuer à conforter l’image défaite d’une Afrique de la médiocrité, dirigée par des satrapes sans foi ni loi.

Hélas, parce qu’il rassurait ses interlocuteurs, du Président chinois à celui de France, du Turc Erdogan et tous les dirigeants qu’il croisait, Macky SALL a été laissé en roue libre quand tous le savaient inapte à la fonction et que ses crimes financiers lui étaient passés dans des paradis fiscaux sans mot dire.

Après mon illégale arrestation, qui fait l’objet de mon livre Otage d’un État (Éditions l’harmattan, Paris), bien que l’ayant saisie pour l’alerter des dérives inacceptables au Sénégal, l’ONU se fit porter pâle.

Jusqu’au mot d’hier nuit de Chambas qui reconnaît enfin!

Il est vrai que le machin n’en est pas à une première: son manque de réactivité, rappelle l’universitaire Tom Fletcher, l’a empêchée de réagir à temps aux demandes pressantes des géants de la tech, les Gafam, d’une régulation sous son égide.

En fermant les yeux sur les crimes et les coups tordus illimités contre notre pays, contre la démocratie, contre les démocrates, contre nos valeurs, contre nos espoirs, et en le laissant y déployer une culture de la crétinisation, notamment par le biais d’une justice instrumentalisée, d’élections qu’il a volées pour se maintenir au pouvoir, de pillages et de transfert des biens du pays, beaucoup de forces complices ont donné à Macky SALL le sentiment d’une impunité qu’il pensait irrésistible, imprenable.

Depuis quelques jours, les morts et les violences, la colère d’un peuple, fracassent les vues de quiconque ne voulait pas voir ce que recouvrait le chaudron sénégalais. La température bouillonnante n’en est qu’à ses débuts. Le pire est à venir. Par la faute du pire criminel, faussaire et fossoyeur qu’une grande démocratie tropicale a eu le tort, l’incroyable tort, de porter à sa tête.

Le monde ne peut plus rester les bras croisés. Il doit accompagner le Sénégal dans sa lutte pour se libérer et récupérer tout ce que ses tortionnaires, réunis autour de l’aimant de la criminalité nationale, lui a soutiré. Au point d’en faire un brasier sans autre option que de se révolter au nom du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, d’abord celui de refuser la pérennisation de sa crétinisation par des forbans ayant abusé de leur présence indue à la tête de l’état sénégalais !

Adama Gaye est auteur de Otage d’un État aux Éditions l’harmattan, Paris. Il a passé 53 jours en prison pour avoir mis à jour la criminalité de Macky SALL et de son gang.

Ps: Qu’on ne vienne plus nous sortir des discours de keba Mbaye ou je ne sais quoi d’autre pour nous en faire des repères. Nous connaissons la vraie histoire et la notre est celle que nous bâtirons. Pas de révisionnisme !”