POURQUOI IL FAUT DEFENDRE SONKO ?




Sonko a tort. Il a tort d’avoir trahi le respect, l’espoir et la confiance de ces sénégalais qui croient en lui. Il a tort pour avoir été imprudent. Il a tort pour avoir été naïf. Ce qu’il a fait est une énorme imprudence, une énormité qui ne sied pas au profil d’un possible président de la République.

Seulement, ceci rappelle qu’il est un humain enclin à se tromper, à se perdre, à manquer de jugement. Qu’il sache que ceci est une épreuve dans l’ordre normal de cette voie qu’il a empruntée. Sa personne, sa personnalité, son caractère, son expérience, son tempérament, sa force, sa famille, ses amis, ses partisans, sa dignité sont sollicités pour sonder sa capacité à transcender encore des problèmes de cette nature et même pire. S’il est incapable de sortir de cette épreuve, je ne le verrai point à même de gérer ce pays. C’est une épreuve qu’il doit traverser avec caractère, dignité et honneur.

A-t-il été chez la femme ou au salon ? Peu importe ! Est-il coupable ? Peu importe ! Rien ne justifie le viol ! Personne n’a le droit de porter atteinte à la dignité de personne. Si cette femme a raison, alors que justice soit faite et nous comprendrons qu’un violeur n’a pas le droit de demander quoique ce soit encore moins la magistrature suprême. Si elle a tort, soumise à manipulation, alors nous devons défendre Sonko.

Il lutte Macky qui lutte contre lui. Coups pour coups ! Macky n’est pas aussi saint pour ne pas exploiter les erreurs et manquements de ses adversaires. La politique est cynique et c’est comme ça. Sonko a été imprudent et il reste à gérer la crise. Beaucoup disent que la justice est instrumentalisée contre lui. Et lui, n’instrumentalise-t-il pas la jeunesse ? Je n’aime pas ce vampirisme politique qui, narcissique, suce le sang des jeunes. Même s’il aura été déclaré non coupable par le tribunal, il a tout de même tort. Des limites s’imposent à quiconque aspire à la suprême magistrature.

Macky, Idy, Niass, Sonko, etc., ce n’est pas là, le combat. Ce que le peuple doit comprendre, c’est qu’il doit trouver une race nouvelle de dirigeants intègres, justes qui ont le sens de la Nation et ivres de la volonté de s’offrir au peuple. C’est cette catégorie de consciences frustrées, constipées, complexées sans retenue ni vergogne qui allaite nos souffrances.

Dans le projet de les éliminer, Sonko s’offre comme une transition. Il n’est pas la solution ; il est le pont vers la solution. Voilà pourquoi, au nom de la démocratie et de l’intérêt général, il doit être protégé, défendu. Il ne s’agit pas de défendre un parti politique ou un homme politique. Il s’agit de garder ouverte une porte, celle-là même qui nous ouvre sur une nouvelle race d’hommes politiques dont l’ultime souci est la traversée de leur peuple.

Regardons autour de nous ! Qui est l’interlocuteur de Macky ? Les socialistes sont mis en boite, Idy est rattrapé par ses propres ruses ; Wade est le père de ce désastre socio-politico-économique. Où sont les comédiens des dernières élections présidentielles ? Le seul homme face à Macky, c’est bien entendu, Sonko. Le défendre, c’est refuser de voir le Sénégal mis à genoux par une bande de mythomanes et de kleptomanes aux consciences frustrées et étouffées par la boulimie du pouvoir et de l’argent. Sonko est le seul qui s’oppose à Macky qui s’oppose à nos intérêts. Il y a trop de bêtises de la part des autorités. Nous avons une administration froide et d’une vacuité du sens de l’humain terrible. La chambre des représentants est un devenue un nid où logent des hommes aussi inutiles qu’une poche arrière sur une chemise.

Il faut défendre Sonko. Il faut protéger Sonko. Quiconque se soucie du Sénégal, de l’avenir de sa démocratie, comprend, clairement, que Macky n’est pas l’homme dont nous avons besoin. Comment un père de famille prend toujours la fuite quand le feu menace sa maison ? Nous ne méritons pas de tels dirigeants froids et insouciants.

Sonko a commis une erreur. C’est lui qui leur a ouvert la porte. La révision de la loi contre le viol, les manœuvres de sécurisation en Casamance, le couvre-feu à Dakar et à Thies ont présidé à la plainte contre Sonko. S’il est jugé coupable et condamné, alors le Sénégal, fait inédit, sera à genoux devant ce vampirisme politico-social. L’enjeu de ce dossier n’est Pastef ou Sonko. L’enjeu de ce dossier, c’est de rappeler aux dirigeants actuels qu’il y a toujours une conscience et une volonté du peuple. Sonko est l’unique opposant dans ce pays, la seule porte qui ouvre des possibilités de raser ces vieillards amers et frustrés. Par ce dossier, le Sénégal est en danger. Sa dignité, sa Souveraineté, son économie, sa tranquillité risquent d’être confisquées par une « troupe de brigands » pour reprendre l’expression augustinienne.

L’heure est de rappeler à l’ordre ces mortels inconscients qui se prennent pour des « dieux » et à qui l’histoire ne parle point. Nés pauvres, allaités à la pauvreté, devenus riches à cause des errements de l’histoire et d’une injustice sociale, ils ne lâcheront pas les délices du pouvoir quoique cela puisse demander. Voilà toutes sortes manipulation ignoblement élaborées pour enterrer, non Sonko, mais la chance que le peuple a de se débarrasser de cette race pathétique de consciences abreuvées au fleuve de l’arrogance, de la lâcheté, de l’injustice et du manque de respect.

Pourquoi il faut défendre Sonko ? Ce n’est pas difficile à comprendre : l’élimination de cet homme traduit que l’hypocrisie nous a gagnés et que notre Souveraineté est dissoute. Rousseau nous avertit : « Un peuple qui perd sa souveraineté perd sa qualité de peuple. » En lui, nous voyons un pont entre la prison et la liberté. Il ne s’agit pas d’une appartenance idéo-politique. Il s’agit de sauver un peuple, de l’émanciper en l’arrachant de ces mains froides et dangereuses. Sonko est cette transition dont nous avons besoin pour rebâtir cette Nation. Il est l’instrument dont dispose le peuple, actuellement, contre le régime. Dans cette affaire, notre conviction est : c’est le peuple qui a besoin de Sonko. Il nous faut une voix qui porte haut nos angoisses, nos soucis, notre mal-être. Le peuple veut crier à travers sa voix. Dans ces circonstances, perdre Sonko est une capitulation. Que dieu nous en préserve !

HAMIDOU DIOP