Festival Dakar Court: les professionnels du cinéma face à la crise sanitaire




Le festival Dakar Court (7-12 décembre 2020) a donné lieu comme à son habitude à des tables-rondes professionnelles regroupant des spécialistes nationaux et internationaux.

Par Olivier BARLET

Tiziana Manfredi et Marco Lena avaient proposé au directeur de la Cinématographie, encore en poste, Hugues Diaz, de travailler avec leur association MamiWata à la constitution d’archives nationales comportant le classement et la restauration des bobines, essentiellement des actualités sénégalaises, déjà sérieusement endommagées. Tous trois ont présenté les premiers résultats, notamment le sauvetage de films disparus de Paulin SoumanouVieyra ou Tidiane Aw. Ces archives pourront prendre place à la future Cité du cinéma.

Comme en 2019, elles furent financées et animées par l’Institut français et Unifrance. Les échanges sur la VOD (vidéo à la demande) ont été révélateurs des nouvelles tendances, renforcées par la crise sanitaire et la fermeture des salles. Les représentants de Netflix, Orange et Canal+ échangeaient sur leurs initiatives en la matière. Netflix prévoit, au niveau africain, des coproductions dans le cinéma d’ici deux ans et se limite pour le moment à des acquisitions, mais par contre produit déjà des séries originales, notamment avec un laboratoire anglophone, l’Afrique du Sud et le Nigeria étant de gros marchés. Orange mise sur l’avenir en intégrant la fibre dans son offre VOD qui concerne donc encore à 95 % les smartphones, avec de nombreux contenus locaux. Canal+ collabore avec Showmax pour le tournage à Johannesburg d’une série épique et mythologique, « Blood Psalms », que l’on qualifie de « Game of Thrones africain » : inspirée d’une légende xhosa, elle met en scène une jeune reine africaine, Zazi, qui se bat férocement pour guider son peuple à travers les guerres sans fin. Quant à la nouvelle plateforme gratuite TV5Monde+, elle diffuse notamment la série sénégalaise tournée à Saint-Louis, « Wara », et de multiples créations francophones sans coupures publicitaires. Déclinée en huit plateformes géolocalisées, elle propose 4500 heures de contenus en ligne sans oublier My French Film Festival du 15 janvier au 15 février.

Ce festival de films francophones en ligne est géré par Unifrance, organisme de promotion du film français dans le monde. Il a inspiré Cinewax pour lancer aussi un festival en ligne et maintenant un site de VOD pour développer un festival permanent avec 30 films par mois.

Cette année encore, une table-ronde dressait un état des lieux de l’exploitation et de la distribution en Afrique francophone, cette fois en pleine crise de la Covid-19. Les exploitants sénégalais (Cinéma Empire Médina, Canal Olympia) s’étonnent de la fermeture de leurs salles alors que les restaurants sont ouverts, tandis que le multiplexe 7 salles Pathé prévoit une ouverture en mai 2021 après le ramadan. Canal Olympia veut également ouvrir deux autres salles à Dakar.

Une troisième table-ronde posait la question du passage du court au long métrage. Chaque film est une aventure humaine ! Il fut insisté sur la dimension collective de la réalisation, l’importance d’une bonne entente et d’une synergie, et le nécessaire accompagnement à tous les stades, à commencer par l’écriture d’un scénario qui se doit d’être excellent pour convaincre les financeurs puis le public ! Le court métrage reste un outil de formation où tous les problèmes sont posés : on apprend en faisant, c’est la meilleure école !

Comme en 2019, le festival a, lors d’une autre rencontre, donné la parole aux organismes et initiatives de formation au Sénégal, chaque démarche ayant sa spécificité : Kourtrajmé, Cinébanlieue, le centre Yennenga et Up court métrage.

Coproductions et droits d’auteur

Génération Films (Ouagadougou) et le Cnc animaient quant à eux deux tables-rondes. La première portait sur la coproduction. Elle permet d’offrir au film un meilleur accès au marché international mais suppose aussi de prendre en compte les attentes et perceptions des différents publics. Elle permet d’apporter des compétences techniques et de multiplier si besoin les lieux de tournage. Mais elle augmente aussi les coûts et doit donc être bien pensée. Les contrats doivent être bien étudiés pour que le partage des recettes soit équitable, et l’enjeu reste que le réalisateur conserve la maîtrise de son œuvre.

Quant à la table-ronde sur les droits d’auteurs, elle a révélé l’importance de l’accompagnement des bureaux de droits d’auteurs des différents pays mais aussi la difficulté à mobiliser le milieu professionnel pour arriver à un fonctionnement vertueux. La question reste posée d’un copier-coller mimétique des systèmes occidentaux et d’une méthode adaptée aux réalités et cultures africaines. Par contre, l’utilisation d’une base de données commune (IDA, International Documentation on Audiovisual Works) facilite l’identification des œuvres audiovisuelles et de leurs ayants droit.