Crypto-monnaies : guerre ouverte avec les banques centrales




Malgré l’hostilité des États et des banques centrales, les crypto-monnaies font, aujourd’hui, partie intégrante du système monétaire. Le Bitcoin, la plus célèbre d’entre-elles, ne cesse de gagner en valeur. Qu’est-ce qu’une crypto-monnaie ? Comment fonctionne-t-elle ? Pourquoi certaines banques centrales, comme celle du Nigeria, ont décidé de l’interdire ? Pour essayer d’en comprendre davantage, nous avons donné la parole à un spécialiste.

Le 5 février dernier, la Banque centrale du Nigeria a interdit le commerce de crypto-monnaie dans ce pays d’Afrique anglophone. À travers cette décision spectaculaire, la première puissance économique du continent rejoint une longue liste de pays à adopter des mesures de restrictions contre ce type de monnaies. Si chacun de ces États a « de bonnes raisons » d’interdire les transactions liées à ces monnaies virtuelles sur son territoire– la Banque centrale nigériane explique que la monnaie numérique est utilisée pour le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme– cela ne remet pas en cause ce vent de changement induit par la technologie, juge Dr Mamadou Mbaye, économiste enseignant à l’Université de Thiès et chercheur au Laboratoire de recherches économiques et monétaires (Larem). Ce spécialiste des crypto-monnaies compare l’attitude des banques centrales à une tentative « d’arrêter la mer avec les bras », prédisant que la crypto-monnaie « sera toujours là à l’avenir ».

D’ailleurs, cette hostilité des banques centrales vis-à-vis de ces monnaies virtuelles ne date pas d’aujourd’hui. Depuis leur irruption dans le système financier, après la crise des subprimes de 2008, les banques centrales, notamment la Bce (Banque centrale européenne), n’ont cessé d’y voir une menace existentielle. La patronne de la Bce, la Française Christine Lagarde, a même affirmé que le Bitcoin « n’était pas une monnaie ». Ce qui se comprend du reste, parce que l’essence même de la crypto-monnaie est de s’affranchir des structures de régulation (les banques centrales) et des États. De leur côté, les États africains qui s’inspirent de l’attitude des Européens ont peur de deux choses, analyse Mamadou Mbaye : les raisons de sécurité évoquées par la Banque centrale du Nigeria mais aussi la forte demande en énergie pour le minage (voir ailleurs) qui pourrait entrainer une résurgence des énergies fossiles. Des craintes « légitimes », puisque les transactions avec la crypto-monnaie sont largement non réglementées, anonymes et intraçables. Ce qui fait que, « tôt ou tard », on devra trouver les moyens de « réguler » ces monnaies virtuelles, sans leur enlever leur indépendance vis-à-vis des États, qui font leur charme, juge l’économiste.

Même les sociétés privées se sont jusque-là montrées très frileuses à l’idée d’inclure le Bitcoin dans leurs caisses, au motif de sa grande volatilité.

En dépit de ces réticences, les crypto-monnaies font, aujourd’hui, « partie intégrante du système monétaire international ». Des pays comme le Venezuela l’ont adopté pour contourner les sanctions américaines. Le Bitcoin, la première crypto-monnaie créée en 2019, ne cesse de battre des records, dépassant désormais le sommet de 45 000 mille dollars (24,37 millions francs Cfa) l’unité, sur les marchés.

À la base de cette remarquable envolée, un très important coup de pouce apporté par le milliardaire américain Elon Musk (l’homme le plus riche du monde) et de sa compagnie automobile Tesla. En effet, la société a annoncé, le 8 février, avoir acheté pour plus de 1,5 milliard dollars en Bitcoins. Mieux, Tesla compte également l’accepter comme moyen de paiement de ses voitures électriques (en expliquant vouloir diversifier ses sources de liquidités et gagner en flexibilité pour pouvoir rémunérer largement ses actionnaires).

Une marque de confiance très éloquente vis-à-vis de cette monnaie, car contrairement à ce que l’on pourrait penser, les crypto-monnaies reposent sur une technologie « très sûre », la Blockchain, qui en est « l’unique et la meilleure » garantie. « La Blockchain (ou chaine de blocs) est un réseau distribué qui permet de conserver, de manière définitive et irréversible, des informations qui sont, dans notre cas, des informations financières. Ces dernières sont inscrites de manière indélébile. Elles sont infalsifiables et contrôlables à tout instant. Il faut noter que nous pouvons avoir une Blockchain publique lorsqu’il n’y a pas de restrictions relatives au nombre de mineurs- donc, c’est ouvert- ou privée lorsque le nombre est limité à quelques personnes. La Blockchain permet de nous passer du tiers de confiance dans les transactions », explique Mamadou Mbaye. Pas donc besoin, pour la crypto-monnaie, du système « étalon d’or » (théorie monétaire révolue du reste) ! Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les crypto-monnaies « circulent » en Afrique, nous dit Mamadou Mbaye, expliquant qu’en théorie « rien n’empêche de passer de la monnaie tangible à la crypto-monnaie ».




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