Acquisition des vaccins en Afrique: le « nationalisme des pays riches » contre la « logique de partage »




Les pays riches doivent transférer de 3 à 5% des vaccins contre le Covid-19 qu’ils ont en stock à l’Afrique, qui en manque cruellement. C’est la position défendue par le président français Emmanuel Macron à la réunion des dirigeants du G7 vendredi. Pour le moment, trois quarts des vaccinations ont été faites dans seulement 10 pays qui représentent 60% du PIB mondial. Fait alors son chemin l’idée de procéder à la lever – même temporaire – « des droits de propriété intellectuelle » pour les vaccins afin que les pauvres pauvres puissent en bénéficier.

Il faut « être dans une logique de partage » pour permettre à l’Afrique d’obtenir plus de vaccins contre le Covid-19, a indiqué Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de l’ONG ONE, vendredi, validant, d’abord, la proposition d’Emmanuel Macron.

« Je dis : « transférons 3% ou 5% aujourd’hui des vaccins qu’on a en stock à l’Afrique ». Cela n’a aucun impact sur le rythme de la stratégie vaccinale (dans les pays riches). Ça ne la ralentit pas d’un jour, compte tenu aujourd’hui de l’utilisation de nos doses », déclare-t-il. « C’est l’intérêt des Français et des Européens » car « j’ai plus de 10 millions de nos concitoyens qui ont des familles de l’autre côté de la Méditerranée », souligne le président français. La chancelière allemande Angela Merkel est « d’accord » avec cette initiative, précise-t-il dans un un entretien avec le quotidien britannique Financial Times, paru jeudi.

Désaccord avec Macron

Mais Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre dans le gouvernement de François Hollande pense que la proposition de Macron n’est pas la bonne « pour une raison simple, c’est que l’ampleur de la demande dans (les) pays (occidentaux) signifie qu’il va falloir plusieurs années avant que les excédents arrivent enfin à destination vers les pays les plus pauvres ». En sus, elle ne comprend « pas pourquoi l’Union européenne et la France, pour l’instant, s’obstinent à ne pas soutenir » la proposition de l’Afrique du Sud et l’Inde qui consiste à adopter une « levée temporaire des droits de propriété intellectuelle immédiatement et à l’échelle internationale ».

La situation vaccinale tend à montrer des différences selon le PIB des pays : le nombre de vaccinations dans le monde dépasse désormais celui des cas d’infection enregistrés. Les trois quarts de ces vaccinations ont été faites dans seulement 10 pays qui représentent 60% du PIB mondial. En d’autres termes, pendant que les riches vaccinaient depuis le mois de décembre, les pauvres devaient prendre leur mal en patience. « Au moins 130 pays, qui comptent 2,5 milliards de personnes, n’ont pas injecté un seul vaccin », regrettait le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, mi-février. « Si nous n’éradiquons pas le virus partout, nous pourrions bien nous retrouver à la case départ », avait-il aussi mis en garde.

« Nationalisme vaccinal »

Najat Vallaud-Belkacem rejette, dans une interview à France-info, ce qu’elle appelle un « nationalisme vaccinal ». Elle est d’avis qu’il faut mettre la pression sur les grands laboratoires pour accroître la production de vaccins. Comme beaucoup de progressistes en Afrique ou en Occident, la solution viendrait d’une logique du partage avec deux axes. « Il y a un dispositif international auquel les pays riches doivent contribuer financièrement pour que les pays les plus pauvres puissent acheter leurs propres vaccins auprès des laboratoires pharmaceutiques. Ce dispositif international s’appelle Covax et il est attendu que dans cette réunion du G7, les grands pays des offres fassent des offres de financement à ce dispositif », explique Mme Vallaud-Belkacem.

En effet, pour le financement de Covax, l’Allemagne va annoncer un milliard et demi d’euros, le Canada sans doute un peu moins de 100 millions d’euros, la France n’a pas encore fait d’annonce officielle allant dans le sens de chiffrer sa participation. « Et puis, le deuxième sujet, c’est vraiment la question des droits de propriété intellectuelle autour de ces vaccins. Nous considérons que compte tenu des besoins, ce qu’il faut aujourd’hui, c’est d’être en capacité de fabriquer assez de vaccins le plus rapidement possible », poursuit la directrice France de l’ONG ONE.

L’appel de Ramaphosa

Ainsi, elle milite pour le soutien de la proposition faite auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par l’Afrique du Sud et l’Inde, qui consiste à adopter cette levée temporaire des droits de propriété intellectuelle immédiatement et à l’échelle internationale.

Lors du sommet économique mondial de Davos, fin janvier, le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait fustigé les pays riches qui « accaparent » les vaccins anti-Covid et avait mis en garde contre tout « nationalisme » dans les stratégies d’acquisition des précieuses doses. « Les pays riches du monde accaparent ces vaccins. Nous les appelons à mettre à disposition les doses excédentaires commandées et thésaurisées », avait-t-il déclaré via un message vidéo depuis Pretoria adressé au sommet de Davos, qui se déroulait sous un format virtuel cette année.

Après l’appel de Ramaphosa à Davos resté sans lendemain, il reste à savoir si celui de Macron au G7 sera suivi d’effets.




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