Des dizaines de corps de personnes présumées mortes du Covid-19 flottent dans le fleuve Ganges




Des images effrayantes de corps s’empilant sur les rives du Gange circulent dans toute l’Inde.

Ces images ont été prises dans le bloc de Chausa, qui fait partie du district de Buxar, dans l’État oriental du Bihar.

Le gouvernement local a confirmé l’incident le 10 mai, mais a indiqué que les corps pourraient avoir flotté depuis l’État voisin de l’Uttar Pradesh. “Environ 30 à 40 cadavres ont été trouvés dans le Gange”, affirme Ashok Kumar, un responsable local.

“Il est possible qu’ils (les corps) aient descendu le fleuve depuis l’Uttar Pradesh. J’ai parlé à quelques habitants qui disent qu’ils ne sont pas de cette région.”

Le Gange, l’un des fleuves les plus sacrés et les plus pollués de l’Inde, coule sur plus de 2 500 km dans le nord de l’Inde, de l’Himalaya à l’ouest jusqu’à la baie du Bengale à l’est.

Des millions de personnes vivent sur ses rives et il est considéré comme une bouée de sauvetage pour de nombreux Indiens, qui boivent et se baignent dans ses eaux.

Des journalistes locaux du Bihar disent avoir vu près de 100 corps flottant ou s’empilant sur les rives du fleuve près du village de Chausa.

L’un de ces journalistes, Satyaprakash, met en doute les affirmations de l’administration selon lesquelles ces corps proviendraient de l’extérieur de l’État. “Il y a un autre ghat (rive de la rivière) à environ huit kilomètres de là qui n’a plus de place à cause de la montée du courant. Les proches amènent maintenant les corps ici, mais il n’est pas prévu de les incinérer en raison du manque de bois”, a-t-il expliqué.

Victimes du coronavirus

Deen Dayal Pandey, un prêtre présent sur le site, a confié aux journalistes locaux : “auparavant, nous voyions deux à trois corps apportés ici chaque jour, mais ce nombre est passé à près de 20 corps au cours des 15 derniers jours.”

“Ils sont tous victimes du coronavirus”.

Le prêtre dit qu’ils ont essayé d’empêcher les gens de laisser les corps dans la rivière, et les autorités ont même déployé un agent de sécurité, mais il dit que les gens refusent d’écouter.

Les autorités s’efforcent maintenant d’enterrer les corps en creusant de grandes fosses dans la zone.

Image floue de corps flottant dans le Gange et s'empilant sur la rive du fleuve.
Légende image,Certains habitants ont affirmé que les frais de crémation conduisaient à l’abandon des corps dans les rivières.

Au cours du week-end, les médias locaux ont fait état de cadavres flottant dans la rivière Yamuna, dans l’État d’Uttar Pradesh, au nord du pays. Certains habitants ont affirmé que la peur d’incinérer les personnes décédées du virus conduit à laisser les corps dans les rivières, a rapporté NDTV.

Le gouvernement fédéral, dirigé par le Premier ministre Narendra Modi, est critiqué pour n’avoir pas fait assez pour minimiser les dégâts de la deuxième vague.

La dévastation a également mis en évidence le sous-financement et la négligence du système de santé public en Inde. Les scènes de personnes mourant à l’extérieur des hôpitaux sans recevoir de traitement révèlent la triste réalité de nombreux Indiens.

Les dépenses de santé de l’Inde, tant privées que publiques, ont représenté environ 3,6 % du PIB au cours des six dernières années, soit le pourcentage le plus faible des cinq pays BRICS : Le Brésil a dépensé le plus avec 9,2 %, suivi par l’Afrique du Sud avec 8,1 %, la Russie avec 5,3 % et la Chine avec 5 % en 2018.

Graphique Inde-Dépenses en Soins de Santé

Les nations développées consacrent une proportion bien plus élevée de leur PIB à la santé. En 2018, par exemple, les dépenses des États-Unis étaient de 16,9 % et celles de l’Allemagne de 11,2 %. Même des nations plus petites comme le Sri Lanka (3,76 %) et la Thaïlande (3,79 %) dépensent plus que l’Inde.

L’Inde compte moins de 10 médecins pour 10 000 habitants, et dans certains États, ce chiffre est inférieur à cinq.

Pas d’argent pour incinérer des proches

Le virus continue de se propager alors que les habitants quittent les grandes villes indiennes pour les zones rurales.

Mais les hôpitaux et les centres de santé locaux délabrés ne sont pas en mesure de faire face à la crise.

Les proches des malades ont du mal à faire face aux exigences financières liées à la fourniture d’un traitement vital. Chandramohan, un habitant du district de Buxar, affirme que “les hôpitaux privés pratiquent une surfacturation effrénée”.

“Les gens n’ont plus d’argent pour incinérer leurs proches. On leur fait payer environ deux mille roupies (près de 28 dollars) pour emmener les corps [à incinérer] en ambulance – ces coûts croissants poussent les gens à laisser les corps au bord du Gange.”

Le gouvernement de l’État a plafonné le prix des scanners effectués par des laboratoires privés et a prévu des tarifs fixes pour les ambulances.

Le Bihar enregistre chaque jour près de 10 000 nouveaux cas de Covid-19, la capitale Patna étant particulièrement touchée.