L’agresseur d’un livreur à Cergy, « impulsif » et « qui ne se maîtrise pas », condamné à deux ans de prison ferme




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Mourad D., qui avait frappé un livreur et proféré des injures racistes à l’encontre d’une voisine filmant la scène, a été condamné par le tribunal de Pontoise, jeudi.

« Je me suis avancé vers lui. Là, il m’a attrapé le bras, alors, tout naturellement, je lui ai mis cinq-six coups, je l’ai mis K.-O. » Au tribunal de Pontoise, le président Pierre Auda lève un sourcil : « Tout naturellement, vous êtes certain de vouloir utiliser cette expression ? » Dans le box, Mourad D. ne tient pas en place, trépigne, se gratte, interrompt les débats. Lorsque le président lui demande quelle aurait été la « bonne attitude » à adopter, il répond, agacé : « La bonne réaction, ça aurait été de le laisser me mettre une trempe, (…) que je me laisse faire, que je me laisse écraser, tout simplement. » Avant de finir par présenter mollement des excuses.

Sa responsabilité dans l’agression, le 31 mai, à Cergy, de Dieugrot J., un livreur pour Uber Eats, fait peu de doutes : elle a été intégralement filmée par une voisine, Vitalina S., également dans la salle. Ces images de l’agression, projetées à l’audience, ont été partagées des millions de fois sur les réseaux sociaux. Ainsi que la suite, où Mourad D., furieux, revient dans le champ de la caméra pour lancer une salve d’injures racistes envers la jeune femme : « Espèce de négresse, sale Noire, personne te touche, grosse chienne, tu pues la pisse, pendant huit cents ans on vous a vendus comme du bétail, comme du maïs, nous, les Algériens. »

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La diffusion de cette séquence avait entraîné une véritable chasse à l’homme sur les réseaux sociaux pour retrouver l’agresseur, finalement interpellé à Paris le lendemain des faits. Intérimaire dans l’automobile, Mourad D., 22 ans, n’est pas un primo-délinquant. Son casier comporte une dizaine de mentions et l’homme est actuellement en sursis à la suite de sa dernière condamnation.

Accusations sans preuve

Ce soir-là, il patientait à l’extérieur d’un restaurant pour récupérer une pizza à emporter. Dieugrot J., livreur indépendant, attendait, lui aussi, une commande. Comme à son habitude, il écoutait de la musique – « des chants évangéliques », précisera son avocat, Me Mehana Mouhou – sur son enceinte portable. Trop fort, au goût de Mourad D., qui lui demande de baisser le son, puis le frappe. S’il s’excuse de son geste, il assure que le livreur l’aurait insulté, mais sans produire d’autre preuve qu’une attestation de sa compagne qui aurait entendu les injures à travers le téléphone.

Dieugrot J., la victime des coups, ne se souvient de rien ou presque. « J’ai vu la mort, ce jour-là », bafouille ce père de quatre enfants, très ému. « Si je suis en vie, c’est grâce à elle, elle m’a donné la vie », explique encore le livreur en se tournant vers Vitalina S. Alertée par les bruits, elle a eu le réflexe de prendre son téléphone pour filmer la scène, dans le but, explique à l’audience cette jeune maman d’origine sud-africaine et ivoirienne, de « lui faire peur ». Elle va déclencher la colère du jeune homme, qui se lance dans une bordée d’injures racistes à son endroit.




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