Le Noma, tueur silencieux des enfants africains




Le noma est une affection d’origine infectieuse qui touche essentiellement les enfants. Le terme vient du grec et signifie “dévorer”. C’est une maladie nécrosante destructrice de la bouche et du visage.

Les facteurs à risques

L’agent causal du noma reste inconnu. Il semble peu probable qu’un seul agent infectieux (virus ou bactérie) soit à l’origine de la maladie. Mais plusieurs facteurs favorisent l’apparition de la maladie indique le chirurgien.

  • malnutrition : c’est le principal facteur de risques.
  • mauvaise hygiène bucco-dentaire
  • les maladies infantiles comme la rougeole, les oreillons ou le paludisme

En l’absence d’une prise en charge précoce, le taux de mortalité dû à la maladie s’élève à 90% déclare Pr Hervé Bénateau, chef du service de chirurgie maxillo-faciale du CHU de Caen en France et référent de l’association Enfants du Noma.

Les personnes les plus touchées

Le Noma touche particulièrement les enfants de moins de dix ans.

“La période particulièrement à̀ risque est entre 2 et 6 ans.

Les enfants à cet âge viennent pour beaucoup d’être sevrés de l’allaitement maternel qui les protégeait et deviennent alors plus vulnérables, notamment s’ils contractent une maladie infectieuse qui accentue leur fragilité́”, précise Pr Hervé Bénateau.

Actuellement la maladie sévit beaucoup plus en Afrique subsahairienne en raison de la pauvreté.

Une enfant atteinte du Noma
Légende image,Une enfant atteinte du Noma

Symptômes selon l’OMS

  • Le stade d’alerte : il s’agit d’une gingivite simple. Les gencives sont rouges ou gonflées et saignent au brossage ou au toucher.
  • Le stade 1 : c’est le stade de la gingivite nécrosante aiguë. “Les saignements des gencives deviennent spontanés, des ulcérations douloureuses des gencives apparaissent, possible ulcération d’une ou plusieurs papilles inter dentaires, mauvaise haleine ou halitose, salivation excessive”, précise l’OMS.
  • Le stade 2 : c’est le stade de l’œdème. “L’ulcération gingivale et des muqueuses s’étend, mauvaise haleine ou halitose, apparaissent enflure du visage ou œdème, joue douloureuse, forte fièvre, salivation excessive, bouche endolorie, difficulté à manger, anorexie, lymphadénopathie”.
  • Le stade 3 : il correspond au stade gangréneux. “Les tissus mous et durs de la bouche se détruisent. Une lésion bien limitée se distingue avec un centre nécrotique noirci. Les tissus nécrosés se séparent laissant un trou dans le visage souvent sur les joues ou les lèvres. Difficultés à manger, perforation rapide de la joue, exposition des dents et des os dénudés, dessèchement progressif de la gangrène du visage, anorexie, apathie” écrit l’Organisation Mondiale de la Santé.
  • Le stade 4 : ou stade de la cicatrisation, il correspond à l’apparition “de constriction des mâchoires selon l’emplacement des lésions, séquestre dentaire et exposition des os, début de la cicatrisation”.
  • Le stade 5 : le stade des séquelles. “L’enfant est défiguré. Apparition de trismus selon l’emplacement des lésions, perte de dents, difficultés à se nourrir, problèmes d’élocution, écoulement salivaire, déplacement des dents, anarchie dentaire, fusion des os des mâchoires, régurgitation nasale”.

La maladie évolue très rapidement et en quelques semaines seulement, l’enfant peut arriver au stade des séquelles.

Pr Hamady Traoré Pr Hervé Bénateau lors d'une mission avec « Enfants du noma » à Ouagadougou
Légende image,Pr Hamady Traoré Pr Hervé Bénateau lors d’une mission avec « Enfants du noma » à Ouagadougou

Traitements

Selon le Pr Bénateau, à un stade précoce, la prise d’aliments riches, l’hydratation et des soins locaux et d’hygiène buccodentaire sont requis.

Des antibiotiques sont également nécessaires. Cette prise en charge entraine la guérison du patient en quelques jours.

Mails le chirurgien évoque l’accès aux soins. “L’accès aux soins ne bénéficie le plus souvent d’aucune prise en charge financière dans ces pays.

Or, le Noma touche les gens extrêmement pauvres donc même lorsque les campagnes de prévention touchent leur cible, ils n’ont pas souvent l’argent de se faire soigner” déclare-t-il.

Le spécialiste ajoute que des agents de santé n’ont pas connaissance de la maladie, ce qui rend la prise en charge difficile.

”La vraie prévention passe par la lutte contre la pauvreté et la lutte contre la malnutritition, ce qui reste complexe” déplore le référent de l’association Les enfants du noma .

L’autre volet c’est donc la sensibilisation. C’est ce à quoi s’atèle depuis 20 ans l’association Les Enfants du Noma.

Elle propose des missions humanitaires dans différents pays.

L’association a organisé des missions au Mali pendant 10 ans, 05 ans au Burkina Faso et se prépare actuellement pour une mission en Guinée.