LES ECHOS DE L’ECO! Covid-19 : l’Inde malade, mauvaise nouvelle pour Covax




La «pharmacie du monde» est sérieusement malade, l’Inde est ravagée par une nouvelle vague de Covid-19 en l’espace de quelques mois, courant de record en record. Dimanche dernier, le deuxième pays le plus peuplé du monde (1,3 milliard d’habitants) après la Chine enregistrait près de 350.000 personnes contaminées en une journée. Selon le cumul de l’Afp du mardi dernier, le pays des Maharajas arrive quatrième dans la danse macabre de la Covid-19 avec 197.894 morts pour 17.636.307 infections, derrière les Etats-Unis, le Brésil et le Mexique. Les images passées en boucle sur les chaînes télé font penser à une fin du monde, avec des hôpitaux débordés de patients armés de leurs bouteilles d’oxygène acquises difficilement, au milieu de cadavres. Le témoignage glaçant d’un prêtre qui administre le dernier sacrement aux morts dans un crématorium saturé de Delhi donne une idée de l’ampleur du désastre : «Nous commençons au lever du soleil et les crémations se poursuivent au-delà de minuit», confie-t-il à l’Afp, le regard perdu dans les flammes des bûchers et de tas de cendres fumantes qui, il y a peu, étaient des êtres humains avant que le Covid-19 ne les terrasse.

En quelques mois, l’Inde, qui croyait maîtriser la pandémie, a vite sombré pour plusieurs facteurs dont le principal est l’apparition d’un variant indien qualifié de «double mutant» qui serait plus virulent et plus contagieux. Selon des scientifiques, ces mutations permettent au virus de mieux s’accrocher aux cellules pour se répandre plus facilement. Des études sont en cours pour déterminer sa résistance aux vaccins, mais le virus est en train de faire des dégâts, amenant les Etats à isoler l’Inde. Si par malheur le variant indien résistait face aux vaccins existants, ce serait des mois de coûteuses recherches et des espoirs qui s’envoleraient. «A priori, l’immunité développée par une première contamination ou par le vaccin paraît à même de faire barrage à ce variant, mais cela demande confirmation», confie au quotidien Le Monde, le généticien Rakesh Mishra, Directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire (Ccmb).

Face à la gravité de la situation favorisée aussi par les grands rassemblements religieux, politiques, syndicaux, l’Inde a décidé de suspendre, depuis le 18 mars 2021, ses exportations de vaccins pour fouetter sa campagne nationale de vaccination. En priorisant les urgences intérieures, le premier producteur mondial de vaccin (60 % de la production planétaire en temps normal), compromet sérieusement l’initiative Covax en faveur des pays pauvres, ce qui pourrait freiner leur reprise économique. L’Inde vendait ou offrait des doses Covishield (version indienne d’AstraZeneca) aux pays asiatiques et africains pour contrer le rival chinois, en espérant redessiner la géopolitique en sa faveur (élargissement de sa sphère d’influence politique et préservation de ses intérêts économiques). New Delhi risque ainsi de perdre des points dans son offensive diplomatique version «soft power» à coups de doses et grossir les rangs des pays pratiquant le nationalisme vaccinal. Ce qui creuserait davantage le fossé entre riches et pauvres en termes de nombre de personnes vaccinées.

Sur plus d’un milliard de doses injectées dans 207 pays ou territoires, les Etats-Unis (226,5 millions), la Chine (216,1 millions) et l’Inde (138,4 millions) concentrent à eux trois 58 % des doses administrées dans le monde, selon l’Afp. Les pays à revenu élevé, qui abritent 16 % de l’humanité, totalisent 47 % des doses injectées dans le monde, alors que les pays à revenu faible s’en sortent difficilement avec 0,2 %. Dans 12 pays pauvres dont sept africains (Tanzanie, Madagascar, Burkina Faso, Tchad, Burundi, Centrafrique, Erythrée), on n’a même pas encore commencé à vacciner. Avec une population de 1,2 milliard d’habitants, le continent n’a reçu en tout et pour tout que 35 millions de doses. La faute à la mainmise des pays développés sur la production, au refus des laboratoires, soutenus par des Etats, à partager leurs brevets et à se lancer dans un transfert de technologie, au détriment de vies humaines. Les arguments selon lesquels la production a atteint un niveau optimal jusqu’à exercer une forte pression sur les matières premières, sont difficilement acceptables. Un transfert de technologie et une libéralisation des brevets permettraient de multiplier les sites de production de vaccin à travers le monde. Quant à la pénurie, elle est provoquée par une augmentation importante de la production, mais aussi par un embargo des Etats-Unis (qui se fondent sur une loi américaine de 1950 réactivée par Trump) sur les intrants de base des vaccins, entravant les efforts de pays comme l’Inde.

C’est dans ce contexte de déficit de solidarité humaine que le patron du Serum institute of India (Sii), premier producteur mondial de vaccins et qui prévoit 200 millions de doses pour Covax, a lancé un cri du cœur au Président Joe Biden en faveur d’une levée de l’embargo. En peu de mots, il a résumé le problème : cet embargo revient à «interdire les vaccins». Voilà pourquoi on ne peut pas reprocher à l’Inde de mettre un frein à sa diplomatie vaccinale alors que les plus puissants continuent de stocker des millions de doses.




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