Les Québécois «racistes» ou victimes de «racisme»? Le débat fait encore rage au Canada




Jérôme Blanchet-Gravel. Sputnik France

Le Québec est-il «raciste»? Le débat a repris au Canada depuis qu’un universitaire a déclaré que «les hôpitaux du Québec semblent tuer des patients noirs et autochtones». La sortie d’Amir Attaran lui a attiré les foudres des politiciens, mais son université et lui refusent de s’excuser. Le signe d’une fracture entre le Québec et le Canada anglais?

«On va toujours être là pour défendre la liberté d’expression, mais je pense que ça va faire, le Québec bashing [c’en est assez du dénigrement de Québec, ndlr].» Ce sont les mots qu’a utilisés le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, pour condamner les propos du professeur Amir Attaran de l’université d’Ottawa. Le 17 mars dernier, ce professeur de droit a déclaré sur son compte Twitter: «Les hôpitaux du Québec semblent tuer des patients noirs et autochtones après avoir enregistré des appels à l’aide.»

Propos controversés sur le Québec: pas une première au Canada anglais

Une sortie qui ne pouvait que mettre le feu aux poudres, alors que la province québécoise est régulièrement accusée de racisme dans les médias anglophones. Adoptée par l’Assemblée nationale du Québec en juin 2019, la nouvelle loi sur la laïcité de l’État est particulièrement critiquée au pays du multiculturalisme.

«En tant que Québécois, je suis toujours désolé quand des gens essaient de propager des déclarations chocs pour irriter, pour avoir un peu de publicité», a poursuivi Justin Trudeau en compagnie du Premier ministre québécois, François Legault, en marge d’une annonce sur l’Internet à haute vitesse.

Les propos du professeur Attaran faisaient suite à l’incident raconté par Jocelyne Ottawa, une femme autochtone (d’origine amérindienne, donc) qui aurait été la cible de propos racistes dans un hôpital de Joliette, au Québec. Une affaire qui survient six mois après le décès de Joyce Echaquan, une Amérindienne décédée après avoir été victime d’insultes racistes dans un hôpital de la même ville. Le décès de Mme Echaquan avait suscité une vive émotion à travers tout le pays. 

Chef du principal parti souverainiste au Québec, Paul Saint-Pierre Plamondon a envoyé un courrier à l’université d’Ottawa pour lui demander «de condamner publiquement les propos du professeur et de présenter des excuses aux Québécois».

Les deux camps s’accusent de racisme 

La lettre adressée au recteur Jaques Frémont lui demande d’intervenir pour empêcher Amir Attaran de tenir ce genre de propos.

«Ces déclarations, qui exacerbent les préjugés et la haine envers les Québécois, durent maintenant depuis plusieurs mois. […] Il est surprenant que votre université ferme les yeux sur de tels propos stigmatisants et dénigrants envers les Québécois alors qu’elle a fait de la lutte à l’intolérance et au racisme une priorité qui frôle parfois le zèle au cours de la dernière année», écrit le chef souverainiste.

Reconnu pour sa défense du multiculturalisme, le recteur Jacques Frémont a réagi en affirmant qu’il se dissociait des propos de son professeur devenu instantanément célèbre. Cependant, il s’est refusé à présenter la moindre excuse au nom de l’institution qu’il préside.

Voici la réponse reçue hier soir de @uOTTAWA dans le dossier Amir Attaran.

Aucune condamnation des propos. Aucune excuse. Aucune sanction.

L’enseignant pourra donc continuer son Quebec-bashing et le déversement de sa haine anti-Québécois en toute quiétude. #polqc pic.twitter.com/41P2uic0hj

— Paul St-Pierre Plamondon (@PaulPlamondon) March 22, 2021

​De plus, le recteur n’envisage pas dans sa réponse de sanctionner Amir Attaran. Une attitude jugée beaucoup trop clémente, voire complaisante, par plusieurs chroniqueurs nationalistes et les élus des grands partis souverainistes. Scandalisé, Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, une formation souverainiste à Ottawa, a incité les étudiants québécois de l’université ontarienne à envisager d’étudier ailleurs.

«L’université d’Ottawa doit s’assurer que les étudiants qui fréquentent le cours de ce professeur ne soient pas exposés à des convictions résolument racistes à l’encontre des Québécois francophones», s’est insurgé le chef bloquiste durant un point de presse.

Le professeur Attaran, qui n’en était pas à sa première déclaration choc, persiste et signe tout en continuant de multiplier les provocations.

Salut les Québécois en colère!

Tirer sur le messager ne réussit jamais avec moi.⬇️

Si vous voulez que les autres Canadiens respectent votre province, n’élisez pas un gouvernement suprémaciste blanc qui nie l’existence du racisme systémique. https://t.co/xHd8Ehju11

— Amir Attaran (@profamirattaran) March 18, 2021

​Interrogé depuis ses premières déclarations, il a notamment affirmé que le gouvernement québécois de François Legault était «suprémaciste blanc». Il a également qualifié le Québec «d’Alabama du Nord», en référence à la ségrégation raciale ayant sévi dans cet État américain jusque dans les années 1960.

«Bien sûr qu’il y a du racisme au Québec. Il faudrait être idiot pour penser autrement. Ce qu’il y a de plus troublant, c’est que c’est un type de racisme qui semble tuer des gens. […] Le Québec doit faire son entrée dans le XXIe siècle!» a lancé Amir Attaran en entrevue sur Radio-Canada.

Ce n’est pas la première fois que l’université d’Ottawa se retrouve au cœur d’un scandale mêlant des enjeux de liberté d’expression et de «racisme».

Le chef du NPD @theJagmeetSingh n’exigera pas d’excuse de son député @MatthewGreenNDP pour avoir félicité le prof Amir Attaran d’avoir qualifié le gouvernement Legault de suprémaciste blanc. En tant que personne racisée, M. Green a droit de dire ce qu’il ressent, selon Singh. — Hélène Buzzetti (@HBuzzetti) March 23, 2021

​En octobre 2020, le professeur Verushka Lieutenant-Duval était suspendu par son institution après avoir utilisé le mot «nègre» dans un cours portant sur l’histoire de la condition noire et des groupes opprimés. La principale intéressée a dénoncé la différence de traitement entre son cas et celui de M. Attaran:

«Si Attaran s’en tire sans sanction, alors que ses propos sont racistes, et que moi, [j’ai été suspendue] pour avoir fait mon travail, dans un cours où mon syllabus [résumé du cours, ndlr] avait un avis annonçant qu’il y aurait des contenus sensibles au programme, […] cette position de l’université d’Ottawa fait froid dans le dos», a-t-elle déploré sur sa page Facebook.




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