Libye : nouvelle opération de libération de migrants dans une prison clandestine de Bani Walid




Pour la deuxième fois depuis le début du mois, les forces libyennes ont mené un raid dans une prison clandestine de Bani Walid, en Libye, pour libérer 120 migrants détenus dans des conditions atroces. La ville est tristement célèbre pour être l’une des plaques tournantes du trafic d’êtres humains dans le pays.

Nouvelle opération de libération de migrants à Bani Walid, dans l’ouest de la Libye. Une unité de l’armée libyenne a annoncé la libération, mercredi 10 mars, de 120 migrants, pour la plupart originaires d’Egypte, qui étaient retenus en otage par des trafiquants dans une prison clandestine de la ville.

“Nos forces ont réussi ce matin à l’aube à libérer […] 120 otages […] après l’assaut contre des repaires de trafiquants d’êtres humains”, a indiqué la 444e Brigade de combat, une unité d’élite des forces armées de l’ouest de la Libye, dans un communiqué. Les migrants libérés ont été victimes “d’actes de torture et d’extorsion” de la part de leurs geôliers, a ajouté cette source.

Cette unité avait déjà mené la semaine dernière une vaste opération contre des passeurs à Bani Walid, une plaque tournante du trafic d’êtres humains, située aux portes du désert libyen, à 170 kilomètres au sud-est de Tripoli. La ville compte de nombreuses prisons clandestines où les migrants sont détenus dans des conditions atroces.

Six cachettes avaient été découvertes le vendredi 5 mars et 70 migrants de différentes nationalités avaient été libérés ce jour-là. “L’un des trafiquants les plus notoires du pays a été appréhendé ainsi que d’autres criminels étrangers qui enlevaient, tuaient et torturaient leurs victimes”, avait alors indiqué la 444e brigade.

La ville de Bani Walid se trouve à une centaine de kilomètres de Tripoli. Crédit : Google Maps
La ville de Bani Walid se trouve à une centaine de kilomètres de Tripoli. Crédit : Google Maps

Depuis des années, InfoMigrants reçoit régulièrement des témoignages de migrants passés par les centres de Bani Walid. Ils y racontent les violences à leur encontre, les travaux forcés, les viols, les meurtres…

En 2017 déjà, un Camerounais prénommé Issa expliquait qu’il “faut prier Dieu pour de pas être vendu dans un ghetto de Bani Walid”. Plus récemment, en janvier 2020, Ibrahim, un Sénégalais racontait que “Bani Walid [était] le pire endroit sur terre”.

“Plusieurs personnes ont été battues à mort sous mes yeux. Les corps sont ensuite enterrés dans le désert. J’ai moi-même été obligé de le faire, sous la menace d’armes”, détaillait Ibrahim qui a passé les “pires moments” de sa vie là-bas. “Si tu ne fais pas ce qu’ils disent, ils te tuent. Les femmes disparaissent de la prison de 19h à 7h du matin, elles sont violées toutes les nuits à l’extérieur.”

Le chaos qui a suivi la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 a fait de la Libye une voie privilégiée pour des dizaines de milliers de migrants cherchant à rejoindre l’Europe. Beaucoup se retrouvent bloqués en Libye, dans des conditions déplorables, à la merci des passeurs et des trafiquants.