Merkel, une fin de règne en queue de poisson – vidéo




Jean-Baptiste Mendes. Sputnik France

Après avoir connu quatre Présidents américains, Angela Merkel ne sera plus chancelière en septembre prochain, après les élections législatives. Selon Édouard Husson, spécialiste de l’outre-Rhin, sa politique étrangère n’a eu d’autre objectif que de préserver ses excédents commerciaux.

Baroud d’honneur à Washington.

Deux mois avant son départ de la chancellerie, Angela Merkel s’est rendue le 15 juillet aux États-Unis pour ce qui ressemble bien à une tournée d’adieu. Au programme: petit-déjeuner avec la vice-Présidente Kamala Harris, suivi de deux heures d’entretien avec Joe Biden.

«Les Allemands ne veulent pas exercer de leadership politique sur l’Europe»
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Lignes rouges –Jean-Baptiste Mendes reçoit Édouard Husson, professeur en histoire de l’Allemagne et de l’Europe, à l’Institut Franco-Allemand d’Études Européennes de l’université de Cergy-Pontoise et auteur de «Paris-Berlin, la survie de l’Europe» (Éd. Gallimard).

Le Président américain entendait ainsi «exprimer sa gratitude» à cette chancelière à la longévité exceptionnelle (presque 16 ans), «pour son rôle moteur en Europe et à travers le monde», selon un haut responsable de l’administration américaine cité par l’AFP. Les États-Unis n’ont pas de «meilleur ami» que l’Allemagne, confirmait en juin le Secrétaire d’État Blinken. Née en RDA (République démocratique allemande), Angela Merkel a «remplacé Moscou par Washington d’où, d’ailleurs, son désarroi sous Trump» explique Édouard Husson, spécialiste de l’histoire allemande.

Les deux mamelles allemandes: atlantisme et commerce

Et Joe Biden a bien récompensé son homologue de son amitié. À rebrousse-poil de son prédécesseur, celui-ci a annulé le retrait d’un tiers des troupes américaines stationnées en Allemagne. Il n’a même pas rappelé à son partenaire l’objectif des 2% du PIB consacrés au budget de la Défense, que devraient atteindre les membres de l’Otan. Une intensité du partenariat bilatéral qui devrait perdurer si Armin Laschet, son successeur à la tête de la CDU, favori des sondages, parvenait à remporter les élections au Bundestag le 26 septembre. Le parti initialement de centre-droit devance de 10 points les Verts dans les enquêtes d’opinion. Mise en sourdine sous Donald Trump, la lune de miel est donc de retour entre Washington et Berlin. Mais pour combien de temps?

Car la politique clairement atlantiste d’Angela Merkel ne l’a pas empêché de revenir aux fondamentaux du pays, son économie, la première en Europe. Ce qui n’est pas du goût de la Maison-Blanche, qui souhaiterait que les Allemands s’alignent sur sa politique extérieure et s’opposent davantage à la Russie et à la Chine, au détriment de leurs exportations. Pourtant, à l’instar de Joe Biden le 16 juin à Genève, la chancelière a tenté d’organiser un sommet européen avec Vladimir Poutine. Elle milite aussi pour un accord d’investissements entre l’UE et Pékin. Deux dossiers sur lesquels elle s’est heurtée respectivement à l’opposition des pays d’Europe de l’Est et au Parlement européen. En six mois, la chancelière a essuyé deux échecs diplomatiques d’envergure.

«Elle a montré les limites de la politique allemande en Europe et à la tête de l’Europe, qui n’a pas de fil diplomatique très clair. L’Allemagne n’a pas d’autre ligne que de garantir finalement la stabilité de son commerce et cela ne suffit pas pour arriver à un accord avec la Russie», détaille le professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Études Européennes.

Une tentative de dialogue avec la Russie qui tranche avec la politique habituelle d’Angela Merkel, marquée d’un «fort biais antirusse» pour des raisons «obscures, sans doute liées à son expérience de la RDA», selon Édouard Husson. Si Armin Laschet lui succédait, l’universitaire prévoit vis-à-vis de Moscou une politique «beaucoup plus pragmatique» que celle qui a eu cours depuis une quinzaine d’années.

Merkel a «indéniablement fait un mandat de trop»

Après Hegel, Berlin est passé à Kant. Traumatisée par les années 1890-1945, l’Allemagne ne semble plus vouloir faire de politique. Comptant sur l’Europe des normes, Berlin voudrait faire appliquer la morale, le droit et le commerce. La puissance postnationale se «méfie donc du leadership, quoi qu’en pensent les dirigeants français», estime Édouard Husson. L’Allemagne, selon lui, a toujours refusé d’endosser le leadership politique à Bruxelles. Au pouvoir depuis 2005, Angela Merkel a «indéniablement fait un mandat de trop», poursuit l’universitaire. Mal réélue en 2017, celle-ci est clairement en déclin politique tant à Berlin qu’en Europe.

© REUTERS / Christian Hartmann

Si la dirigeante de la CDU reste encore la personnalité politique préférée des Allemands, c’est parce que la société allemande s’est ainsi projetée «dans cette femme qui n’a pas de grande vision et qui a toujours refusé d’en avoir», selon l’auteur de Paris-Berlin, la survie de l’Europe (Éd. Gallimard). Un système qui a trouvé ses limites lors des différentes crises, le Covid-19, la récession mondiale en 2008 et surtout la crise des migrants en 2015, un tournant, estime le spécialiste.

«C’est le moment ou Merkel bascule dans une espèce de douce folie idéologique, celle d’une Europe sans frontières, d’une Allemagne ouverte à tous, qui réparerait ainsi les fautes du passé», fustige Husson.




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