OTAN, Chine, Covid-19… Les subtils démarquages de Macron vis-à-vis de Biden avant le sommet du G7




lemonde.fr

Piotr Smolar

Lors d’une conférence de presse avant le sommet du G7, le président français a plaidé jeudi pour une « voie » européenne, sans alignement sur Washington.

Maison commune, chambres à part. Ainsi peuvent se résumer les propos tenus par Emmanuel Macron, jeudi 10 juin, au sujet des relations souhaitées entre les Européens et les Etats-Unis. La maison commune, c’est celle de l’Alliance transatlantique, fondée sur des valeurs démocratiques en partage, de nouveau promues après le départ de Donald Trump. Mais les Européens, selon le président français, ont assez grandi ces dernières années, pris conscience de leurs vulnérabilités et de leurs intérêts propres, pour ne plus croire aux vertus d’un simple retour dans le giron américain, dès lors que Joe Biden se trouve à la Maison Blanche.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à l’Elysée, le président français a voulu dessiner une cohérence d’ensemble à sa politique étrangère et préciser ses priorités, à l’aube d’une séquence internationale très dense, avec le sommet du G7 ce week-end en Cornouailles, suivi, le 14 juin, de celui de l’OTAN. Tout en saluant les retrouvailles avec les Etats-Unis et la réhabilitation du travail multilatéral, à l’occasion de la première tournée de Joe Biden sur le continent, M. Macron a égrené, au fil de ses interventions, toutes les nuances de méthode et de fond qui le distinguent de son homologue.

Affirmer la souveraineté de l’UE

Le premier objectif qu’il se fixe, en abordant ces deux rendez-vous diplomatiques, est d’affirmer la souveraineté de l’Union européenne (UE), son refus d’un alignement automatique sur Washington, en particulier dans l’affrontement avec Pékin. M. Macron veut « que nos partenaires reconnaissent cette nouvelle donne européenne et que nous sachions bâtir un nouveau partenariat avec les Etats-Unis, (…) que nous puissions avoir aussi notre voie, communauté de valeurs mais indépendance quand il s’agit de notre stratégie à l’égard de la Chine ». Précisant par la suite sa pensée sur ce point, le président a déclaré que « la ligne » qu’il plaidait « n’est ni d’être vassalisés par la Chine ni d’être alignés sur ce sujet avec les Etats-Unis d’Amérique ».

Le chef de l’Etat a été encore plus clair sur cette dimension géopolitique en évoquant le sommet de l’OTAN. Pas question de réorienter l’organisation contre Pékin, au bénéfice de Washington. « Pour ma part, la Chine ne fait pas partie de la géographie atlantique, ou alors ma carte a un problème », a-t-il dit. A Bruxelles, M. Macron prévoit « un éléphant dans la pièce », soit l’annonce américaine très brusque d’un retrait complet d’Afghanistan d’ici à septembre, sans véritable concertation avec les alliés européens. Le chef de l’Etat a appelé de ses vœux, une nouvelle fois, une « très grande clarification stratégique » de l’OTAN et l’établissement d’une « règle de conduite » entre membres, référence limpide à la Turquie. Emmanuel Macron rencontrera Recep Tayyip Erdogan, le président turc, à Bruxelles, juste avant le sommet.




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