Pourquoi Macron a fait arrêter des anciens membres des Brigades rouges italiennes




L’Italie affiche sa « satisfaction » après l’arrestation en France de sept anciens membres des Brigades rouges, trois autres étant encore recherchés. À la demande de Rome, ce coup de filet visant 10 personnes condamnées en Italie pour des faits de terrorisme remontant aux années 1970-1980 a été décidé par Emmanuel Macron. Il règle ainsi un vieux contentieux entre Rome et Paris en rompant avec la bienveillance accordée par les autorités françaises.


Ce qui explique cette volte-face de la France, c’est d’abord l’arrivée de Mario Draghi à la tête de l’Italie. Ses relations avec Emmanuel Macron sont bonnes. Les deux hommes ont parlé de ce dossier il y a une semaine. Selon l’Élysée, le chef de l’État français a été sensible à ce « besoin très fort de justice » en Italie alors que « la France a été elle-aussi confrontée au terrorisme ».

Cette décision marque une rupture puisque depuis François Mitterrand, la France abrite ou a abrité sur son sol des ex-activistes italiens comme Cesare Battisti et n’en a que très peu extradés. Pour cette raison, les avocats des Italiens arrêtés ce mercredi parlent de « trahison innommable ».

« La France n’a plus de parole », renchérit le chef de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon. Le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti assure lui, au contraire, que Paris respecte strictement la doctrine édictée en 1985 par l’ancien président socialiste français François Mitterrand de ne pas extrader les anciens activistes italiens, sauf ceux ayant commis des crimes de sang : « Je n’ai strictement aucun état d’âme. Je suis fier de participer à cette décision qui, je l’espère, permettra à l’Italie, après quarante ans, de tourner une page de son histoire qui est maculée de sang et de larmes. »

Selon son entourage, Emmanuel Macron met ainsi fin à « des années d’atermoiement, voire à une certaine complaisance » des autorités françaises, dit son entourage. Désormais, ce « sujet est clos », assure la présidence française qui se félicite d’un « moment historique » dans la relation franco-italienne. La justice doit maintenant se prononcer sur leur extradition, au cas par cas.

Les réactions s’enchaînent en Italie

Depuis la diffusion par les médias transalpins de l’interpellation en France, où ils étaient réfugiés de longue date, de sept anciens membres des Brigades Rouges et d’autres organisations terroristes, dont les actes ont fait des centaines morts et des milliers de blessés entre 1970 et 1980, les réactions fusent de partout, rapporte notre correspondante à Rome, Anne Le Nir.

L’un des premiers à réagir a été le président de l’association italienne des familles des victimes du terrorisme, Roberto Della Rocca : « Nous attendions un sursaut de dignité de la part de la France. Et il était urgent d’agir car des peines risquaient d’être prescrites pour certains des anciens terroristes arrêtés en France.» Pour sa part, le chef du gouvernement, Mario Draghi, a exprimé sa satisfaction face à la décision de la France de lancer les procédures judiciaires contre « des responsables d’actes barbares qui ont laissé une plaie encore ouverte. » Tous les représentants des partis politiques ont également fait part de leur soulagement pour le règlement d’un contentieux entre Rome et Paris qui remonte à plus de 40 ans. Mais comme le souligne le journaliste Mario Calabresi, dont le père a été assassiné par un commando de Lotta Continua, en 1972, les Italiens ne cherchent pas la vendetta. « La justice a finalement été respectée mais, a-t-il précisé, je n’éprouve aucun plaisir à voir des personnes vieilles et malades en prison. »




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