RDC: Tshisekedi joue avec le feu




La République démocratique du Congo (RDC) est entrée, depuis dimanche dernier, dans une forme brutale de cohabitation entre le Cap pour le changement (Cach), la coalition de Tshisekedi et le Front commun pour le Congo (FCC), de Joseph Kabila, l’ancien Président.

Car, c’est à cette date que le Président de la République a décidé de mettre fin à l’entente secrète qui, depuis janvier 2019, avait permis un partage du pouvoir avec des partisans qui détiennent la majorité à l’Assemblée nationale.

C’est à l’issue de vastes concertations avec les forces vives de la Nation sans la participation du camp de Kabila que cette décision, somme toute attendue, a été prise.

Beaucoup de partis politiques et même des membres de la société civile sans oublier l’Eglise, avaient déjà annoncé la fin de cette entente même si Kabila est assis sur une large majorité qui a installé manifestement Tshisekedi au pouvoir.

Nous sentions venir. Parce que depuis quelques mois, le Ministre des Affaires étrangères, José Sele Yalaghuli, pro-Kabila, avait subi un matraquage médiatique systématique de la part de leurs anciens alliés.

Et l’Armée qui sentait qu’elle était en train d’être instrumentalisée dans cette crise, avait affirmé, publiquement, sa neutralité et exigé que les politiques évitent de la mêler à leurs conflits.

Du côté de l’Eglise par contre, le sentiment anti-Kabila est évident. Le Clergé ne se prive pas de l’exprimer publiquement, de temps en temps, parfois en des termes durs.

L’atmosphère était lourde, le Ministre des Affaires étrangères avait même saisi la Justice contre ses alliés pour diffamation.

Mieux, de sérieux remaniements étaient même opérés sous influence européenne et américaine, au sein des forces armées. De hauts officiers de l’Armée, proches de Kabila, étaient petit à petit remplacés à la demande de l’Occident.

Il faut dire que Tshisekedi est un allié sûr sur qui compte beaucoup les Etats-Unis qui ont beaucoup investi en Rdc non seulement dans la réforme de l’Armée, la lutte contre les rebelles mais également dans la santé et le développement du pays. En tout cas, depuis l’arrivée de Tishekedi.

Ce dernier s’est rendu moins quatre fois aux Etats-Unis depuis son entrée en fonction. Et il a même promis de se rapprocher d’Israël. Alors que nous savons que les Américains ne pardonnent pas à Kabila d’avoir donné d’importants marchés de minerais aux Chinois.

L’Ambassadeur Mike Hammer en poste à Kinshasa est particulière actif y compris sur les réseaux sociaux et agit comme une sorte de conseiller du Président de la République.

Car, après la déception d’avoir misé sur les présidents ougandais et rwandais dans la zone, les Américains comptent beaucoup sur Tshisekedi qui, jusqu’ici, était très dépendant de Kabila.

C’est pour cela, entre autres raisons, qu’il a rompu l’alliance sacrée avec l’ancien Président.

Mais, il joue avec le feu.

Car, la nomination d’un ‘’réformateur’’ annoncée ce dimanche ne va pas régler le problème. Car, rien ne dit que les manœuvres entamées pour pousser les 300 députés de Kabila à rejoindre le camp de l’actuel président vont prospérer.

Car, on ne peut pas défier sans conséquences graves un leader, de surcroit ancien Président qui a exactement 338 députés sur une Assemblée qui en compte 500.

La preuve, il y a eu des affrontements entre députés ses 7 et 8 décembre. L’atmosphère est intenable à l’Assemblée.

Qui plus est, Kabila compte de nombreux Ministres dans le gouvernement dont certains ont des portefeuilles de souveraineté.

C’est dire qu’il tient Tshisekedi à la gorge. En clair, soit le nouveau Président joue le jeu, soit il fait entrer le pays dans une cohabitation qui rappelle exactement ce qui s’était passé en Guinée-Bissau entre l’ancien Président de l’Assemblée Domingo Simoes Pereira et l’ancien Président Mario José Vaz. C’est-à-dire un blocage institutionnel grave.

Ici, rien ne pourra se faire sans la majorité parlementaire. Comme dans toutes les démocraties d’ailleurs.

Pis, l’échec de cette expérience, y compris de celle de la Mauritanie entre Aziz et Boughazeli vont davantage pousser les présidents africains à tenter un troisième mandat.

Car, aussi bien Aziz que Kabila avaient pensé qu’avec une sorte de dauphinat bien organisé, ils seraient à l’abri des mauvaises surprises. Or, la réalité a démontré le contraire.

Car, les Présidents, une fois au pouvoir, ne souhaitent plus être contrôlés par une quelconque majorité surtout si celles-ci viennent d’alliés encombrants