Scandale du chlordécone : plusieurs milliers de manifestants en Martinique contre « l’impunité »




L’insecticide a été autorisé jusqu’en 1993 dans les bananeraies, alors que sa toxicité était connue. La plainte déposée en 2006 pourrait se solder par une prescription.

« Non à l’impunité ! » Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi en Martinique contre la menace de prescription dans le dossier du chlordécone, un insecticide accusé d’avoir empoisonné l’île et la Guadeloupe voisine.

Tambours, chachas (maracas), conques de Lambi (coquillage symbole de la Martinique) et chants ont accompagné le rassemblement, qui comptait entre 10 000 et 15 000 personnes selon les organisateurs, 5 000 selon la police. « Prescription dapré yo, di prefet a alé planté bannan » (« d’après eux il y aura prescription, dites au préfet d’aller planter des bananes »), ont notamment chanté les manifestants en reprenant l’air d’une chanson du carnaval, illégal cette année en raison du Covid-19.

« On n’avait jamais vu une manifestation aussi importante depuis 2009 », année de la grève générale contre la vie chère, assure Francis Carole, président (divers gauche) du Parti pour la libération de la Martinique et conseiller exécutif chargé des affaires sanitaires de la collectivité territoriale. Une quarantaine d’associations, de syndicats et de partis politiques de l’île avaient appelé au rassemblement.


Plus de 90 % des adultes contaminés par l’insecticide
L’insecticide a été autorisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles, polluant eaux et productions agricoles, alors que sa toxicité et son pouvoir persistant dans l’environnement étaient connus depuis les années 60.

Plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France, et les populations antillaises présentent un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.


La crainte d’un non-lieu
Plusieurs associations de Martinique et de Guadeloupe, qui avaient déposé plainte en 2006 contre l’empoisonnement de leurs îles, ont été auditionnées les 20 et 21 janvier par les juges d’instruction parisiens en charge de l’affaire depuis 2008. Ces derniers ont alors expliqué aux plaignants qu’il pourrait y avoir prescription des faits et que le dossier pourrait déboucher sur un non-lieu. Une option qui a heurté l’opinion et conduit à cette grande mobilisation ce samedi. Pour Harry Bauchaint, membre du mouvement politique Péyi-A, « le gouvernement a prétendument reconnu une quelconque action mais n’a rien fait, et petit à petit se désengage ».

Si la mobilisation de samedi a été très importante en Martinique, elle est plus timide en Guadeloupe où 300 personnes, selon la CGT locale, syndicat organisateur, ont participé à une manifestation simultanée à Capesterre-Belle-Eau. A Paris, lieu de la troisième manifestation simultanée, un peu plus de 200 personnes se sont rassemblées place de la République.

Chlordécone : le scandale sanitaire expliqué
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