Aliou Sow sur la gestion du Covid : «Nous sommes tous responsables»




On a cru que le Covid allait n’être qu’un mauvais souvenir. Un an plus tard, au cœur de l’été, où les nouveaux cas de Covid-19 explosent en raison d’un variant Delta hyper-transmissible, le constat fait Aliou Sow est amer: « nous avons échoué à dompter la pire pandémie », fulmine l’ex ministre libéral. Le Pr Sow du MPD/Liguey était l’invité du 3Grand Oral de Rewmi Fm, de ce samedi.

Quelle lecture faites-vous de la 3e vague de Covid-19 qui fait des ravages?

En vérité, je pense que nous avons tous noté au Sénégal la catastrophe sanitaire que nous vivons aujourd’hui. Nous ne sommes pas un cas isolé, la crise sanitaire est mondiale. Alors que nous reprenions espoir par rapport à une maîtrise du développement de la pandémie, subitement des variants sortent de nulle part, se développent et nous narguent à la limite. Un autre fait : les humains étaient tellement nostalgiques de leur vie d’alors qu’ils ont voulu faire comme si la pandémie n’existait plus et on a anticipé l’adaptation de nos anciens comportements qui ont favorisé une telle situation. En sus, il y a la responsabilité individuelle et collective des hommes politiques, des acteurs sportifs et culturels, bref de toutes les couches sociales. Il y a aussi une certaine inconscience (…). Nous devons être conscients que la santé n’est pas une charge mais une priorité. Beaucoup de choses que nous négligeons avant devraient être les socles de la vie. Malheureusement tout tourne autour des petites querelles, de débats populistes, d’accusations. Mais en vérité, chaque Sénégalais, pris isolément, sait faire la répartition des responsabilités par rapport à ce qui nous a amené à cette situation aujourd’hui. Au cœur des crises, le plus important, ce n’est pas de solder des comptes. Mais c’est de développer de nouvelles stratégies individuelles et collectives pour endiguer la propagation du virus en prenant bonne note de l’ensemble des causes pour gérer les conséquences et anticiper. Parce qu’on n’a pas tiré les leçons de nos responsabilités individuelles et collectives. Nous sommes aujourd’hui dans une situation extrêmement catastrophique. Mais nous passons notre temps à débattre sur les causes sans véritablement s’attaquer aux conséquences. Je crois qu’il ne faut pas qu’on se trompe de sujet actuellement.

« La responsabilité de Macky Sall dans la 3e vague est colossale »

Quelle appréciation faites-vous de la riposte par rapport à la Covid-19 ?

Si on prend le cas au niveau mondial, il y a le déni, la négation, la négligence, la banalisation de la maladie qui a conduit à cette situation. Certains pays, qui dès le départ, ont compris l’ampleur en revisitant l’histoire des pandémies, ont pu juguler le phénomène et retrouver une vie normale par une bonne communication, une bonne sensibilisation mais aussi par une riposte vigoureuse étant conscient qu’une pandémie, c’est comme une guerre. Et dans une guerre, il faut mobiliser l’ensemble des forces vives de la nation. Chacun en ce qui le concerne est un acteur. Au départ le Président Sall était bien inspiré et il avait pris les bonnes mesures. Il avait refusé que l’on fasse revenir les étudiants du Sénégal qui étaient à Wuhan, l’épicentre de la pandémie à l’époque. Sa décision était impopulaire mais l’histoire lui a donné raison. Malheureusement d’un coup et personne n’a compris, l’homme s’est emballé dans une multiplication d’erreurs et d’errements. Aujourd’hui le Président Macky Sall a une grande responsabilité parce que je n’ai pas du tout compris le fait qu’il a sorti des moyens colossaux pour visiter des régions entières, des foules et aucun geste barrière n’a été respecté. L’homme le plus informé c’est-à-dire le Président devrait savoir qu’il y a des risques réels. Le Sénégalais aussi pris individuellement dans l’affirmation de son désir démocratique et de la protection de ses libertés et de ses droits, a une part de responsabilité, individuellement. Au mois de mars, il y avait une violation totale de toutes les mesures barrières avec les soulèvements populaires qui sont à l’origine de la propagation du virus. Nous avons tous échoué et nous tous sommes tous responsables. »

« La sortie du Garde des Sceaux était une catastrophe »

Certaines entreprises sénégalaises exigent le vaccin à leurs employés. La mesure est-elle légale ?

Les entreprises le font sur une base illégale. On ne peut pas se lever, appliquer des mesures qui entravent les libertés sans avoir au préalable une base légale. Sinon ça va être une dictature généralisée un peu partout. Par ailleurs, l’arme la plus puissante dont nous disposons contre le virus est le vaccin. Moi je préfère subir les conséquences éventuelles d’un vaccin que les conséquences du virus de Covid-19. Nulle part je n’ai lu ou entendu de la part d’un sachant dire que la vaccination empêche d’être infecté par le virus. On a dit qu’être vacciné permet de ne pas développer une forme sévère de la pandémie. Ce qui fait qu’on recommande à ceux qui sont vaccinés de continuer à respecter les mesures barrières. C’est la raison pour laquelle la sortie du ministre de la justice était une véritable catastrophe. Il ne faut pas qu’on pourrisse la vie des gens. Je ne peux pas côtoyer les gens qui ne comptent pas se vacciner parce qu’ils n’y croient pas. Ils sont très nombreux et c’est pourquoi ceux qui savent l’utilité de ces vaccins doivent aider ces gens-là  à mieux comprendre. Et je ne critiquerai pas le corps médical sénégalais, le ministre de la santé et leurs collaborateurs. Par contre, que vaut la stratégie du ministre de la santé par rapport au comportement du Président qui diffuse la propagation du virus? Peut-il empêcher au Président d’aller faire ses tournées ?