Sempiternels reports des locales : De quoi le pouvoir a peur ?




Pourquoi le pouvoir ne tient-il pas à organiser les élections locales avant 2022 comme l’y invite son opposition? Pour des joutes régulières, ouvertes et honnêtes, gages de paix et de stabilité, le pouvoir devrait éviter les décisions unilatérales et privilégier les décisions consensuelles.

Malheureusement, le Président Sall qui est l’arbitre, n’hésite pas à privilégier les intérêts de son camp. Détenant une majorité mécanique, il fait passer toutes les décisions qui l’arrangent. Pourtant, en présidant la cérémonie d’installation des membres du comité de pilotage du dialogue national, le Président Sall déclarait ceci: «Je serai à votre écoute, pour la mise en œuvre de toutes les conclusions consensuelles du dialogue national. Et j’ai instruit le gouvernement d’être à votre disposition dans l’exercice de la mission qui vous a été confiée».

Malgré tout, le constat est que pouvoir et opposition s’adonnent aujourd’hui à un vrai dialogue de sourds concernant la date de la tenue des Locales, chaque camp accusant l’autre d’être à l’origine de cette situation. Pourtant, en tant que chef de l’État chargé de l’organisation des élections, Macky Sall aurait pu s’inspirer d’Abdou Diouf qui, selon feu le général Lamine Cissé, ex-ministre de l’Intérieur, disait de lui qu’à chaque fois qu’il y avait blocage dans les discussions entre pouvoir et opposition, ses seules interventions étaient dictées par l’intérêt national.

Il me disait :«si vous estimez que telle ou telle ou décision va dans le sens de la République, allez-y !». Pour dire que les intérêts de la République doivent primer sur les intérêts d’un clan. Il est donc temps d’arrêter ce dilatoire et organiser les élections locales dans cette année 2021, d’autant que l’opposition et la société civile s’accordent à dire que cela est possible. Les populations ont donné mandat à leurs élus pour une durée de cinq ans. Prolonger le mandat de ces derniers, via une loi votée par une majorité mécanique, est un manquement grave qui fragilise davantage notre système démocratique. Les opposants doivent être considérés comme des partenaires et non comme des adversaires à plumer ou chercher à réduire à leur plus simple expression.

Mais la vérité est qu’aujourd’hui, le pouvoir veut gagner du temps, en attendant un vent plus favorable, car il est dans la hantise de voir les populations le sanctionner pour sa gestion. Parce que s’il était sûr de pouvoir faire carton plein, il n’hésiterait pas un seul instant à organiser ces élections. Aujourd’hui, c’est comme si le pouvoir avait un agenda caché qu’il compte dérouler ; sinon, rien ne lui aurait empêché de privilégier le consensus pour que les Locales puissent se tenir en cette année 2021, comme souhaité par l’opposition et la société civile. «La valeur d’une démocratie s’apprécie, notamment par l’organisation d’élections libres. Le premier signe qui ne trompe pas sur les intentions d’un pouvoir, c’est le code électoral, cette loi électorale qui fixe les règles du jeu, véritable instrument d’organisation des élections.

Lorsque des élections sont manifestement non transparentes et que les résultats peuvent être contestés, le risque est grand de se retrouver dans des situations insurrectionnelles qui engendrent des frustrations et menacent l’existence de la démocratie et l’unité de la nation. Une telle situation peut entraîner la déliquescence de l’autorité de l’État et conduire à des crises. Le peuple, si on lui donne la parole, entend bien en user d’une façon loyale et pouvoir choisir librement ses dirigeants», dixit Général Lamine Cissé.