Serigne Mbaye Thiam, Président du Conseil des Ministres de l’Omvs : «L’Omvs est un coup de génie des fondateurs»




Le Président du Conseil des Ministres de l’Omvs estime que cette organisation est une belle trouvaille de ses pères fondateurs qui a permis d’éviter des conflits liés à la gestion de ce patrimoine commun. Pour « Le Soleil », il dresse le bilan de sa présidence qui prend fin dans quelques mois.

Monsieur le Ministre, après ces deux journées de visites sur les chantiers de l’Omvs à Kayes et Manantali, quels sont les enseignements que vous pouvez en tirer ?

D’abord, je me suis dit que c’était un coup de génie des pères fondateurs de penser à mettre en place l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal. Cela a permis à tous les États membres de disposer d’un outil sans lequel on aurait pu avoir un conflit sur l’utilisation de l’eau du fleuve. La situation sur le plan international, y compris en Afrique, montre que c’est une question d’actualité. C’est rétrospectivement l’enseignement que j’en tire parce que ce n’est pas évident de voir un pays souverain comme le Mali accepter d’implanter des barrages sur son territoire et d’en faire des ouvrages communs, avec un financement et une production partagés. D’un autre côté, sans les barrages, peut-être qu’on n’aurait plus eu, aujourd’hui, le fleuve Sénégal. Il faut comprendre que ce sont les barrages qui ont permis de réguler le débit de ce cours d’eau. À Manantali, vous avez vu qu’après le Bafing (un affluent du fleuve Sénégal, Ndlr), il y a un lac. C’est, en réalité, une réserve d’eau qui a été créée grâce au barrage. Elle permet de faire face à différents usages grâce aux lâchers. Pour moi, c’est la vision qui a été à la base de la création de l’Omvs qui est, aujourd’hui, citée partout dans le monde comme un exemple de coopération pour l’utilisation des eaux transfrontalières. Le modèle institutionnel est original avec la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, le Conseil des Ministres, le Haut-commissariat et les sociétés qui sont implantées dans les différents pays qui y trouvent leur compte. Actuellement, 40 à 50 % de l’électricité du Mali, 20 à 30 % pour la Mauritanie et le Sénégal un peu moins avec 10 à 12 %. C’est quand même important pour nos pays. Tout cela me conforte dans l’idée que nous avons là un organe de coopération puissant.

Ces chantiers, comme celui de Gouina, nécessitent des investissements très lourds. Comment l’Omvs fait-elle pour mobiliser les financements nécessaires ?

En réalité, ce sont des ouvrages communs et il y a un système de partage des charges et des coûts dans l’Omvs. L’énergie produite par les centrales est partagée par les pays. Pour Gouina, par exemple, chaque pays dispose du tiers de la production. Ainsi, quand il y a 283 milliards de FCfa, chaque pays fait une requête de financement pour le tiers. Les États s’endettent, mais la Sogem rembourse les dettes, car elle vend l’électricité aux sociétés nationales. Ce modèle de financement est original et permet de rentabiliser les investissements. Un autre modèle de financement important que nous aurons bientôt, c’est celui du barrage de Koukoutamba, en Guinée. Ce projet nécessite un financement de 813 millions de dollars (446 milliards de FCfa). Quand on aura fini d’intégrer les coûts du Plan de gestion environnemental et social de Koukoutamba, on sera à 1 131 000 000 de dollars (un peu plus de 600 milliards de FCfa). La production d’énergie électrique qui sera vendue et qui permettra à la Guinée d’être interconnectée avec le réseau, va entrainer un échange d’énergie électrique entre les États membres. Ce modèle assure d’avance la rentabilité de ce projet important. Les investissements sont certes lourds, mais ce sont des financements pour des ouvrages qui vont durer 100 ans. Si vous divisez le coût de l’investissement par la durée de vie de l’ouvrage, vous vous rendez compte que c’est rentable.

Est-il envisageable d’expérimenter le modèle dans le domaine du solaire comme le recommandent certains experts ?

L’Omvs est en train d’étudier une proposition visant à utiliser les plans d’eau pour la production d’énergie solaire. Avec la réserve d’eau de Manantali qui fait 475 km2, les experts pensent qu’il est possible de faire des installations solaires pour produire de l’électricité plutôt que de laisser le plan d’eau en l’état. On n’est pas encore d’accord sur les coûts du kilowatt proposés. Je pense que l’Omvs a reçu des propositions de 32 FCfa le kW. Au Sénégal, avec le « Scaling Solar », on est à 25 FCfa le kW et on pense que le coût est encore élevé. Il y a donc des études à faire pour qu’à l’avenir le coût du kW soit compétitif par rapport au gaz ou autre chose. Je pense, dans tous les cas, que cela participera au mix énergétique dont on parle.

Votre mandat à la tête du Conseil des Ministres de l’Omvs va prendre fin dans quelques mois, peut-on anticiper un bilan de votre présidence ?

Je pense à Gouina qui sera livré, en principe, avant la fin de mon mandat. C’est un projet majeur en termes de productibles et de performance dans la réalisation. Tout le monde a pu constater la complexité et la consistance des travaux durant cette visite, lesquels sont menés dans un milieu extrêmement difficile et dans un contexte de pandémie de la Covid-19. Il y a aussi le projet de navigation qui faisait partie des trois piliers définis lors de la création de l’Omvs, en plus de l’électricité et de l’irrigation pour l’agriculture. Ces deux derniers piliers avaient déjà des projets avec la construction des barrages et l’édification de terres irrigables, mais il manquait le volet navigation. Pendant ce mandat, le contrat commercial pour ce dernier aspect de notre coopération a été signé et nous sommes dans la phase de recherche de financement, un projet de navigation de Saint-Louis au Mali. Il y a, en outre, la réforme institutionnelle du Haut-commissariat pour qu’il joue le rôle d’autorité de tutelle des sociétés qui étaient un peu trop autonomes. La réforme est en cours et a été actée par la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement. Cette réforme va permettre au pays siège, le Sénégal, d’occuper en permanence le Secrétariat général du Haut-commissariat de l’Omvs. Pour ce qui est du barrage de Koukoutamba, je pense que l’ensemble des requêtes de financement seront parties durant ce mandat. Aujourd’hui, trois pays parmi les quatre l’ont déjà fait. Cependant, même si certains projets se sont réalisés pendant mon mandat, je dois rendre hommage à mes prédécesseurs à la tête du Conseil des Ministres qui ont posé les jalons avec l’appui de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement.