COMPAGNONNAGE À HAUTS RISQUES ENTRE GROS BRAS ET HOMMES POLITIQUES




Entre gros bras et bras longs. C’est une histoire qui refait surface, tel un serpent de mer, à la veille de chaque échéance électorale. Des gros bras recrutés à vil prix par des hommes politiques qui se cachent derrière une certaine protection donné par le jeu politique.

Après que des nervis ont été vus entrer via un pick-up, dans le siège de l’Apr, lors de la convocation mouvementée de l’opposant Ousmane Sonko, la présence des nervis à la tournée du chef de l’État, Macky Sall, au Nord du pays fait débat. Des organisations de la société civile dénoncent et prédisent un précédent dangereux pour le pays.

Pourtant, leur compagnonnage avec les hommes politiques n’est pas récent et s’est accentué sous le régime du parti socialiste, dans les années 90. Puis, plus tard, vers la fin du magistère de Me Abdoulaye Wade, cela s’est accentué, avec un point d’orgue lors de la période de hautes tensions pré-électorales, entre 2011 et 2012. Qui ne souvient pas de la scène de violence près de la mairie de Mermoz Sacré Cœur, entre les nervis qui seraient envoyés par le PDS, alors parti au pouvoir, pour attaquer le camp du jeune maire socialiste Barthélémy Dias, ce dernier étant par la suite accusé du meurtre de l’un des nervis d’en face, Ndiaga Diouf ?

PREMIERS PAS SOUS LE RÈGNE DE DIOUF, DANS LES ANNÉES 90

Selon le commissaire de police divisionnaire de classe exceptionnelle en retraite, Bassamba Camara, cette présence encombrante remonte depuis le règne socialiste. « Ces histoires de nervis ne sont pas récentes. Les Socialistes avaient leur Comité d’action qui a disparu à la fin de leur règne. Après, il y a eu les Calots bleus avec le régime libéral de Me Abdoulaye Wade. Certains d’entre eux étaient même parvenus à avoir le rang de commandant au niveau de la police. Ensuite, avec le régime du président Macky Sall, nous avons vu les Marrons du feu », a rappelé M. Camara, interrogé par Emedia.

Nervis ou agents de sécurité ? La frontière est souvent très fine et ne tient qu’à un jugent partisan. Les différentes tendances politiques parlent d’agents chargés de la sécurité quand il s’agit de leur camp et de nervis dès qu’il s’agit du camp adverse. Le souci c’est que ces montagnes de muscles sont très souvent utilisés, contre de modiques sommes d’argent, pour intimider ou violenter des militants d’une cause autre que celle du commanditaire. Et très souvent, quand l’affaire tourne au vinaigre, ce dernier se défile et laisse l’exécutant seul face à sort qui peut aller de la vindicte populaire au lynchage médiatique…

LE CAMP DU POUVOIR TENTE DE SE DÉDOUANER

Ces nervis, parfois désignés de l’expression “gros bras”, sont recrutés par les politiciens soit pour leur sécurité soit pour mater les tendances adverses. Du côté du pouvoir, l’on parle d’agents de sécurité, pour refuser la connotation péjorative du vocable. « Si nous organisons des manifestations politiques et que certains parmi nous ou des gens de l’opposition veuillent les saboter, nous ne pouvons que nous défendre », s’est justifié un responsable de l’Alliance pour la République (Apr, parti au pouvoir), joint par Emedia. Quid de la police, censée protéger les personnes et leurs biens ? Notre interlocuteur dédouane les forces régaliennes. « Le plus souvent, nos manifestations se font dans le cadre privé. Et, la police ne peut pas, à chaque fois, donner des agents de sécurité à tous ceux qui organisent des réunions politiques. Ce n’est pas possible », s’empresse-t-il de dire.

Dans la foulée, le ministre Seydou Guèye, porte parole du président de la République dégage tout simplement en touche. « Chaque fois qu’il y a des scènes de violences, c’est condamnable et regrettable, d’où qu’elles viennent. Et dans ce cas d’espèce, nous avons un cortège protégés par des forces de sécurité régulières. Il peut arriver ici ou là, que d’autres hommes et femmes se mêlent au jeu de la sécurité mais notre philosophie n’est pas de recruter des nervis. C’est une accusation simple et gratuite qui est sans fondement. Quand on est en fusion avec les populations, on n’a pas de besoin de recourir à ces stratagèmes », tente-t-il de convaincre, au micro de nos confrères de L’Obs.

L’ÉTAT ET SES FORCES DE DÉFENSE, FACE À LEURS RESPONSABILITÉS

D’un autre côté, le Commissaire Camara appelle également à ne pas confondre les nervis et les agents de la garde rapprochée du Président. « Si c’est le président de République qui se déplace, il a une partie de sa garde rapprochée qui n’est pas souvent en uniforme (comme les agents de la BIP). C’est la force régalienne. Ils font partie du groupe des éléments de protection. Ils sont outillés et leur rôle c’est de protéger le président », renseigne-t-il.

Du côté de la société civile, la plateforme de la société civile JAMMI REWMI, a dénoncé, via un communiqué, « cette violence qu’exercent les nervis sous le regard passif des Forces de Défense et de Sécurité”. Suite à la diffusion d’images constatées lors de la tournée du chef de l’État, Macky Sall, à Matam, la société civile martèle que celles-ci “n’honorent ni la démocratie sénégalaise ni la mission régalienne des Forces de Défense et Sécurité assignées à la sécurité du Président de la République ».

Le mouvement interpelle le Chef de l’État, afin que des mesures urgentes et hardies soient prises pour bannir le recrutement des nervis et leur utilisation dans les activités politiques et d’arrêter cette dérive dangereuse afin d’éviter un cycle de violence qui peut avoir des conséquences désastreuses sur la paix sociale surtout lors de élections locales, législatives et présidentielles à l’horizon.

L’OPPOSITION APPELLE À LA VENDETTA

Montant au créneau hier, l’opposant politique et leader de Pastef / Les Patriotes, Ousmane Sonko a regretté que le camp du pouvoir “n’ait pas retenu la leçon des violences de février et mars derniers”.

“Au lendemain des événements de février-mars 2021, nombreux d’entre vous s’étaient posé la question de savoir si Macky Sall allait tirer tous les enseignements de ce qui s’est passé et qui n’est que le fruit de sa gestion calamiteuse du pouvoir basé sur l’instrumentalisation de tous les moyens de puissance publique pour brimer un opposant, emprisonner, persécuter, insulter et jeter l’opprobre sur l’opposant”, a-t-il fulminé, face à la presse.

Pourtant, à ses partisans, l’opposant, arrivé 3e à la présidentielle du 24 février 2019, martèle qu’il faut se parer pour la riposte en vue des échéances à venir. Ainsi, il bande les muscles : « Quiconque vous attaque, ripostez ! Je ne crains pas qu’on me taxe de chantre de la violence mais il faut être prêts à faire face à ces gens ».