Déclaration d’amour : quand la lettre transmettait la flamme




Certains chantent une sérénade, d’autres laissent parler leurs yeux. Entre ces deux modes de déclaration de la flamme, se trouve celui qui consiste à confier son feu à la discrétion d’un papier. À une époque assez récente, la lettre servait de relais pour dire l’indicible. Souvenirs.

C’est par un énorme sourire qu’il a répondu à l’interpellation. Un sourire dont l’éclat se reflète dans ses yeux étincelants. Un petit moment de flottement et Serigne Saliou Ngom revient sur terre. La terre de ses souvenirs. C’était en classe de Cm2, dit-il, les deux mains dans les poches pour se protéger du vent qui fouette le groupuscule d’hommes dans cette rue de Dieuppeul. Des terres de ses souvenirs fleurit le nom d’une certaine Khadija, une camarade de classe à l’école élémentaire dont le jeune homme, maintenant âgé de 25 ans, était amoureux. À l’époque, raconte-t-il, la lettre lui a servi de moyen d’expression de sa flamme. «Je me rappelle lui avoir écrit une lettre que j’ai soigneusement glissée dans une enveloppe que je lui ai remise, par la suite».

Une lettre, et pas n’importe laquelle. La seule rédaction d’une missive avec de doux mots qui disent l’innocent sentiment du petit garçon d’alors n’a pas suffi. «J’ai dessiné sur la même feuille des fleurs», pour donner plus de poésie à la déclaration. Si, pour Serigne Saliou Ngom, les sentiments sont passés comme lettre à la poste et se sont paisiblement emparés du cœur de saconquête, Khadija, il n’en fut pas de même pour l’un de ses amis. Ce dernier, continue de rapporter notre interlocuteur, a vu sa lettre rejetée. Pire pour lui, la jeune fille pour laquelle il l’a préparée l’a laissé dans la rue avec sa feuille maculée de larmes de regrets, préférant la compagnie d’un autre. Mais, dans l’esprit de ce jeune qui a grandi en éloquence, le temps des lettres est dépassé : il préfère le contact visuel. Parler à l’autre les yeux dans les yeux.

«Tu es accusée d’avoir volé mon cœur»

Khadija aura donc bien accueilli les mots de Serigne Saliou Ngom. Avec Sophie Mbengue, aujourd’hui étudiante en master, le scénario a été tout autre. Au même titre que la première citée, elle a reçu de ses lettres romantiques que les jeunes filles et garçons se passaient. À la différence que la sienne lui a été remise dans le cadre des colonies de vacances. Et sa réaction était sûrement des moins attendues. Son petit Roméo a eu droit à une réponse musclée venant d’une Juliette qui n’avait pas de cœur à laisser succomber aux appels de la lettre reçue. «Je me suis battue avec lui», confesse celle qui semble se rattraper aussitôt. Son «je n’avais que 9ans», soufflée entre une hésitation et un sourire sans grande conviction, fait penser à une tentative de justification.

Pour Ngom aussi, un frigoriste rencontré dans le même quartier, déclarer sa flamme par la rédaction d’une lettre est chose révolue. Il ne se prive d’ailleurs pas de montrer la nouvelle astuce. Nombreuses sont les pages sur Facebook qui proposent citations et poèmes d’amour aussi bien écrits les uns que les autres.

L’homme, d’un âge plus avancé que Serigne Saliou Ngom, téléphone portable à la main, montre celles auxquelles il est abonné. Leurs différents textes rivalisent de beauté. Ainsi, «il suffit de copier le message qui te parle le plus et de le coller comme message à envoyer à la personne à qui on fait la cour». Cet adepte de la nouveauté, pour autant, n’a pas tout oublié de l’ancienne méthode. De mémoire, il cite l’une des phrases en vogue quand les lettres servaient de pont entre l’aimant et l’aimée. «Je t’aime comme le poisson aime l’eau de la mer» jaillit du fleuve souterrain de sa mémoire.

«Retrouve-moi sous le « potolamp »»

La recherche des mots exacts pour exprimer les sentiments, de tout temps, a occupé les esprits. Certains allant jusqu’à pêcher dans les profondeurs de l’inspiration des expressions lunaires et d’improbables tournures pour un petit Léopold Sédar Senghor en classe de Ce2. Kène a gardé bien au frais le souvenir d’un mot que lui a adressé le frère d’une de ses connaissances du primaire. La saveur de la première lecture du charmant mot lui est restée à la bouche. En témoignent ses pommettes toutes gonflées par un sourire qui n’a rien d’un qui soit feint pour l’occasion d’une interview. Son sourire transpire la nostalgie. Et le mot mérite bien cet enthousiasme que dégage celle qui va le répéter textuellement. Le magnétophone de son cœur de répéter : «Tu es recherchée par la police de l’amour. Tu es accusée d’avoir volé mon cœur et tu es condamnée à passer le reste de ta vie à mes côtés». Ceci avait-on couché pour elle sur une feuille qu’elle a lu toute seule, après s’être isolée à la terrasse, loin des yeux et du soupçon de ses parents.

Ces poésies infantiles, qui ont fait frémir mille fillettes, appartiennent à une autre époque. Al Amine Ndiaye, qui marquait sur un bout de papier «retrouve-moi sous le « potolamp »» (poteau électrique) à l’attention de son amour d’enfance, a aujourd’hui trois enfants. Cet amour d’enfance n’est pourtant pas devenu son amour avec grand A.




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