Des Jeunes Jettent Les Promesses Présidentielles À La Poubelle




Lors de son dernier message à la Nation pour apaiser la tension, suite aux violentes manifestations suivies de morts dans le pays, le président de la République, Macky Sall, a annoncé une réorientation des allocations budgétaires pour améliorer de façon substantielle et urgente les réponses aux besoins des jeunes en termes de formation, d’emploi, de financement de projets. Pour quelques jeunes rencontrés dans les rues de Dakar, «ce n’est que de la poudre aux yeux».

Cité Millionnaire, Grand-Yoff. Il est 10h 30mn. La circulation des «cars rapides», des bus de transport urbain, particuliers et des scooteurs rythme le quartier qui vient de se réveiller. Sur la route qui mène vers l’église Saint-Paul, les boutiques de téléphones lèvent les rideaux. Des vendeuses de petit-déjeuner sont installées sur les trottoirs et devant certains domiciles. De petits groupes de personnes, morceaux de pain, enrôlés dans un papier blanc, font la queue devant des tables bien garnies. Entre les ruelles étroites, des gamins, pieds nus, jouent au foot. Des pleurs par-ci, des cris par là. Une nouvelle journée démarre dans ce quartier populeux de la capitale sénégalaise. Non loin de la pharmacie, quelques enfants jouent au baby-foot. Assis sur un banc en bois autour d’une théière avec quatre de ses camarades, le gérant du baby-foot, Jean Ndecky, discute avec ses camarades sur l’affaire Ousmane Sonko qui occupe les devants de l’actualité nationale. Pour Jean, l’annonce du chef de l’Etat en direction des jeunes n’est pas nouvelle. «Ce n’est pas la première fois que le président de la République, Macky Sall, à travers ses discours, promet des emplois aux jeunes. Si vous vous rappelez, en 2012, il avait dit qu’il allait créer 500 mille emplois pour les jeunes durant son premier mandat. Depuis lors, qu’est-ce qu’on a vu ? Rien. Je pense que lui-même il sait que nous ne l’écoutons plus», regrette Jean Ndeky.

Aliou Ngom se mêle au débat. Il va plus loin pour décrire son vécu. Ce dernier fait remarquer que, parmi ses 15 camarades de promo en Génie-civil, il n’y a que deux qui sont parvenus à décrocher un emploi après leur formation. Lui et le reste ont tapé à toutes les portes. Jusqu’à présent, regrette-t-il, ils n’arrivent pas à s’insérer. Finalement, narre-t-il, certains d’entre eux se sont engagés dans l’aventure pour aller chercher du travail ailleurs. «Deux de mes promos sont au Maroc actuellement pour chercher du travail. D’autres sont bloqués au Gabon. Est-ce que s’il y avait du travail, tous ces gens allaient partir ? Non, je ne pense pas ! Donc moi je pense que les promesses du Président n’engagent que lui. En tout cas, que Dieu nous prête longue vie, c’est moi qui vous le dis l’année prochaine il va nous servir le même discours», prédit Aliou Ngom.

Grand-Dakar, un autre quartier de la capitale. Ici aussi, les jeunes restent sceptiques par rapport à cette annonce du chef de l’Etat. Trouvé assis avec ses camarades sous le pied d’un arbre devant son ami, vendeur de café Touba sis aux allées de Niary Tally, Moustapha Diakhaté trouve que l’actuel locataire du palais de la République cherche juste à calmer la colère des jeunes qui se sont révoltés contre leurs difficiles conditions de vie. Pour lui, c’est aujourd’hui seulement que le chef de l’Etat se rend compte que ce qu’il a fait dans le cadre de la création d’emploi des jeunes est insuffisant alors qu’il est à son deuxième mandat. «C’est de la poudre aux yeux» résume «Tapha» qui sirote sa tasse de café. Avant de poursuivre : «Où était le Président tout ce temps ? Il entend chaque jour le cri de cœur des jeunes mais c’est aujourd’hui qu’il nous dit qu’il a compris. C’est peine perdue. Son discours, il n’a qu’à le garder pour lui. Nous n’en avons pas besoin. Nous voulons des actes. Malheureusement, il a déçu», tonne-t-il.

Pour rappel, lors de son dernier discours dit d’apaisement, le Président Sall, disant avoir compris les jeunes qui étaient dans la rue, avait annoncé des réorientations budgétaires pour leur permettre de s’insérer dans l’emploi salarié ou l’entreprenariat.