Guy Marius: Je suis épié au quotidien, dénudé, décoiffé : Je n’ai plus de dignité pour ces gens !




« La lettre » de GUY MARIUS à ses amis

J’ai été placé à l’isolement sans défense !
Cette situation que l’on m’impose me tend les nerfs, je m’entends prononcer des mots de colère dix fois par jour, généralement avec un point d’exclamation.

Je me sens brimé ici, mais je ne fléchirai pas – quitte à exprimer un jour beaucoup de violence, une violence qui signifie beaucoup de choses : à force de me pousser à bout, je finirai par faire ce qu’il y a à faire.
Ça ne sera pas facile, mais je suis blasé de tout ça et je reste sûr de moi. Je connais trop bien leur musique. On ne me la fera pas.
Tout ce qu’ils font c’est m’endormir, me briser et enfin m’anéantir. Ils veulent endormir mes défenses, biaiser mes certitudes, et cherchent à introduire en moi, progressivement, le doute.

Cela ne marchera jamais parce que quand je me réveille au fond de moi-même, je me mets à l’écoute, et le combat doit continuer sans arrangement.
Ici se tenir à carreau est impossible, les investissements sont bafoués, les lois ne sont pas respectées, les procédures sont bâclées.
Purée, ça me rend fou de savoir combien ma position est précaire dans cet isolement. Je sens et je sais que tout dépend de mon courage et de mon sang-froid.

Chaque jour je me retiens en cachant l’horreur que mes traits expriment. J’évite encore que tout ça finisse avec une scène effrayante en continuant à encaisser tous les coups.

Mais jusqu’à quand vais-je continuer à me maîtriser ? Je suis épié au quotidien, dénudé, décoiffé : Je n’ai plus de dignité pour ces gens !

Et malgré tout je continue à faire sur moi-même un violent effort de calme ! Et je vous rassure que les efforts sont quelque chose d’horrible ici.

Être pendant des années le jouet d’un régime, subir des situations difficiles et imposées sans se défendre nourrit quelque chose de bizarre en moi ! Mon avocat est sidéré. J’attends d’être transféré d’ici pour un autre zoo, où il ne pourra même pas me voir pour me défendre ! C’est mieux pour moi.