HARCÈLEMENTS SEXUELS DANS LES LIEUX DE TRAVAIL : Des « obsédés » au coeur des services




Chaque jour et son lot de faits divers sur divers types d’agressions sexuelles. Mais c’est le harcèlement sexuel en milieu professionnel qui est le plus répandu. Cet acte semble ‘’encouragé’’ par la présence remarquable de la femme dans les différents secteurs d’activités économiques du pays, la saturation du marché de l’emploi, l’apparition de statuts précaires de recrutement mais aussi et surtout par l’absence d’une répression pénale efficiente. Ce calvaire est vécu souvent en silence par ses victimes dont certaines se sont confiées à «L’As».

Tapoter les fesses. Un regard discourtois. Un câlin volé. Ces attitudes, répétées ou non dans les services, portent gravement atteinte à la dignité, à l’intégrité physique et psychologique ainsi qu’à la sécurité des victimes. L’auteur de ces violences sexuelles particulières peut être un supérieur hiérarchique ou tout simplement un collègue.

C’est pourquoi, si certains salariés, en congé reprennent le travail, le cœur léger, pour d’autres femmes, la reprise est synonyme de souffrance. Elles ont la peur au ventre de revoir leurs bourreaux. Dans la plupart des cas, ce sont les femmes qui subissent le harcèlement sexuel (90%). Il est prouvé que la femme ne se livre à de telles pratiques que si elle jouit d’un réel pouvoir.

En effet, le harceleur commence souvent ses attaques par un langage obscène, des blagues à double sens, des observations gênantes sur l’aspect physique, des allusions aux préférences sexuelles, des avances, sollicitations ou propositions déplacées faites verbalement, par téléphone ou mail. La seconde phase se caractérise par des regards osés, des gestes ou des mouvements sexuels en présence de l’employée.

Clerc dans un cabinet d’avocats : « J‘ai failli divorcer à cause du harcèlement d’un avocat »

Clerc dans un cabinet d’avocat de la place, Adama Ba a accepté de raconter sa mésaventure. Teint clair, sourire radieux, formes généreuses, elle vient toujours au tribunal de Grande Instance de Dakar, en étant sur son 31. Cette dame au sourire radieux n’a pas échappé au harcèlement. Fréquemment cible des mâles obsédés par ses rondeurs, elle n’entend pas changer de style vestimentaire. Moulée dans un ensemble tailleur (jupe mini trois quarts) de couleur bleue, perchée sur de hauts talons, la jeune dame a failli voir son ménage voler en éclats à cause du harcèlement dont elle a fait l’objet de la part de son ex-boss. «Mon ex-patron est un avocat très célèbre. Mais, il n’y a pas plus pervers que lui», affirme notre interlocutrice pour décrire l’homme qui était censé guider ses pas dans le métier d’avocat. Au lieu de lui donner les rudiments du métier, il cherchait plutôt à assouvir ses pulsions. «Un jour, il a tenté de m’embrasser à la bouche, je me disais qu’il l’avait fait sans arrière-pensée. A mes débuts, je percevais 100.000 Fcfa en tant que stagiaire. Pendant 3 mois, le patron me chouchoutait et m’amenait avec lui à ses séminaires. Un jour, un collègue m’a rapporté les bruits de couloir qui couraient dans le cabinet et selon lesquels j’étais la maîtresse de Me… malgré ma situation matrimoniale. Les jeudis, il m’obligeait à rester avec lui en salle d’audience jusqu’à 00 heures. Du coup, à la fin du travail, il me déposait chez moi. Mon mari se plaignait tout le temps, mais je me disais qu’il s’habituerait de la situation», poursuit cette dame de 28 ans et mère d’une fille de 2 ans.

Son patron a franchi le Rubicon en la draguant ouvertement après avoir vanté son élégance et ses formes. «Chaque fois, il disait que je suis élégante et classe. Parfois, il ajoutait que je devais être douce au lit compte tenu de ma manière de travailler. J’étais gênée, mais je ne pipais mot. Un jour, il m’a appelée dans son bureau pour me montrer un film porno. Ce jour-là, je l’ai remis à sa place. Déterminé à briser mon ménage, tard dans la nuit, il m’a envoyé ses photos intimes», informe la victime.

Manque de chance pour elle, c’est son mari qui est tombé sur les messages. «Il m’a traitée de tous les noms d’oiseaux et m’a demandé de quitter la maison. C’est ainsi que je suis retournée chez ma mère. J’ai démissionné de ce cabinet», raconte la jeune dame avant d’ajouter que son patron est allé auprès de sa mère pour demander sa main. «Ma mère lui a intimé l’ordre de ne plus remettre les pieds chez elle. J’ai porté plainte contre lui, pour qu’il arrête de me persécuter, mais le dossier a été classé sans suite. Après 6 mois de calvaire, mon mari m’a pardonnée après que je lui ai montré ma plainte et ma lettre de démission. Depuis lors, je ne cherche pas à avoir un ami», souligne Adama Ba.

Bandiaré Ndoye : « J’ai cédé et je suis devenue l’esclave de mon directeur de publication«
La quarantaine révolue, Bandiaré Ndoye (nom d’emprunt) gère maintenant sa propre entreprise en communication. Ayant connu la promotion canapé, elle nourrit beaucoup de regrets elle a fait l’objet de harcèlement sexuel de la part de son directeur de publication. Au tout début, elle a tenté de résister avant de céder finalement aux avances de son patron. Elle n’avait que 22 ans et faisait ses débuts dans la presse en tant que stagiaire. Pour mieux l’appâter, le patron lui confiait des reportages où elle percevait tous les jours de per diem colossaux. Un jour, son dirpub lui a fait des avances qu’elle a déclinées. Ce fut le début de son calvaire. Repoussé, le directeur de publication décide de ne lui confier plus de reportages. Ainsi, elle restait à la rédaction à se tourner les pouces. Pendant trois mois, il l’a ignorée tout en refusant de lui remettre le transport auquel elle avait droit. «Un jour, il m’a appelée dans son bureau. Dès je suis entrée, il m’a plaquée contre le mur et a commencé à me faire des attouchements. Il a tenté en vain de m’embrasser. Il s’est arrêté en me disant que ce n’était que le début du commencement. J’avais peur de lui et je n’osais pas me confier à quelqu’un. Mais comme j’étais soutien de famille, j’ai cédé à ses désirs. Un jour, il m’a demandé de lui faire la fellation en échange d’un Contrat à Durée Indéterminée (CDI). Inexpérimentée, j’ai cédé», raconte dépitée notre consœur. Et depuis lors, elle est devenue son esclave sexuel.

«Cela fait 13 ans, mais je ne parviens pas à oublier cela. Toutefois, cette mésaventure m’a aidée à découvrir le monde», dit-elle.

«Suite au refus des avances de mon ami homosexuel, j’ai subi le harcèlement et une menace de mort»
En effet, pour le harcèlement, les hommes ne sont pas en reste. Sidy Diakhaté en est la preuve parfaite. L’étudiant à «Iface» était loin de se douter qu’un homme pouvait être attiré par un autre homme. Mais ce doute s’est dissipé quand il a été abordé dans ce sens par un camarade de classe qu’il croyait être son meilleur ami et le plus brillant de la classe. Tout est parti de l’isolement dont cet étudiant faisait l’objet. Les gens se moquaient de son look et de son accoutrement. Pour se dissocier des autres, il s’est approché de lui et est devenu son ami. «On était devenus de bons amis. Il me filait ses notes lors des examens. Parfois, je lui offrais des habits. On sortait des fois ensemble pour aller au resto les weekends. Il me parlait de ses envies de tuer des gens et je l’ai mis en rapport avec ma tante psychologue. Le problème était que lorsqu’il me voyait avec d’autres amis, il devenait rouge de colère. Parfois, il me suivait quand j’étais avec d’autres amis. Il créait des scènes de jalousie en classe en disant que je lui appartenais et que je ne devais pas avoir un autre ami. Moi, je mettais ses agissements sur le compte de ses troubles psychiques. Un jour, il m’a envoyé une vidéo où deux hommes étaient en train de faire l’amour. Il a écrit en bas du message : «J’ai envie de le faire avec toi», tonne Diakhaté qui lui répond par des insultes.

Ainsi, c’est le début du harcèlement. Ce jeune homme bien bâti, qui est le chouchou des filles, a eu une peur bleue le jour où son ami l’a regardé droit dans les yeux pour lui faire savoir qu’il avait envie de le tuer pour l’avoir abandonné. «Ne se limitant pas là, il venait chez moi tout le temps pour me rendre visite. A chaque fois que je le foutais dehors, il revenait. Tout en continuant de m’envoyer des vidéos salaces. Sachant que ma vie était en danger, j’ai déménagé avant de porter plainte contre lui», dit l’apprenant.

Habibou Malou, Médecin : «Ma petite amie me harcelait sexuellement. Un jour, elle m’a rendu visite à 7h du matin tout en sachant que je suis marié»
Aucune catégorie de travailleurs n’est épargnée par les harceleurs. Le médecin Habibou Malou qui est infidèle à sa femme en a fait les frais. «Vu que j’aime fouiner de gauche à droite, je suis tombée sur une nymphomane que je n’oublierai jamais de ma vie. En effet, ma femme n’habite pas avec moi car elle est affectée dans la sous-région. A mes heures perdues, je suis en compagnie de ma petite amie qui aime le sexe comme pas possible. J’entendais dire qu’il y a des nymphomanes, mais je ne le croyais pas à 100%. Elle m’appelait 24 heures sur 24. A la fin, elle me terrorisait car elle voulait me voir tous les jours. Même si je l’insultais et lui demandais de me laisser tranquille, elle revenait toujours. Un jour, en sachant que ma femme n’était pas chez moi, elle m’a réveillé à 7 heures pour me faire savoir qu’elle avait envie d’entretenir une relation sexuelle avec moi avant de partir au boulot. Je l’en ai dissuadé mais elle m’a fait savoir que si je refusais, elle allait passer la journée devant la porte. Par la suite, je l’ai fait entrer pour la satisfaire. Sachant que si cela continuait mon ménage serait brisé, j’ai porté plainte à la police. C’est ainsi qu’elle m’a laissé tranquille», nous renseigne l’homme de l’art, sourire aux lèvres. Il confirme qu’il y a des obsédés dans ce pays comme on le constate chez les Blancs.

Le but recherché dans le harcèlement sexuel n’est pas seulement l’obtention de faveur sexuelle mais la chosification de la victime, son abdication, en lui reniant le droit d’exprimer son refus. En un mot, le but recherché est sa destruction.