QUAND LES BIJOUTIERS NE VOIENT PAS L’OR PRODUIT LOCALEMENT




Si l’or ne manque pas dans ce pays — plus de 16,2 tonnes de ce métal précieux ont été extraites rien qu’en 2019 —, en revanche, les Sénégalais ne voient guère son éclat. Les bijoutiers par exemple. Pour répondre à une de leurs vieilles doléances, un comptoir d’achat d’or a été mis en place depuis 2017 allant dans le sens de la transformation du produit brut sur place. Cependant, ce comptoir établi dans le artisanal village de Soumbédioune et réalisé pour un coût de 20 millions de nos FCFA peine à recevoir le moindre gramme d’or. Une situation que les acteurs de la bijouterie ne comprennent pas. Car, encore une fois, si plus de 16 tonnes du métal jaune ont été produites au Sénégal et si la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) avait montré dans son rapport de 2020 que 536 milliards de nos francs sont tirés de la filière Or, les pauvres bijoutiers sénégalais, eux, n’aperçoivent même pas de la poudre d’or. Toutes choses qui les poussent à réclamer une meilleure gestion des ressources parce que, selon eux, le secteur de l’artisanat en général, celui de la bijouterie en particulier est à l’agonie.

L’or est invisible aux rayons du comptoir d’or du village de Soumbédioune. Pourtant, ce joyau avait été financé à hauteur de 20 millions de nos francs en 2017 afin de satisfaire une vieille doléance des acteurs de la bijouterie. Et pourtant, le rapport 2020 de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) avait orienté les projecteurs sur les 536 milliards FCFA tirés du sous-sol sénégalais pour la seule filière de l’or. « Le problème majeur que rencontrent les bijoutiers depuis longtemps, c’est l’exploitation de l’or qui est faite dans le Sénégal oriental, plus précisément à Sabodala. Actuellement il y a Sabodala Gold, Toro Gold et d’autres compagnies complètent qui exploite le métal précieux. Sur les 16,2 tonnes extraites par an, il n’y a aucun quota dédié à la bijouterie locale » se désole Moussa Niang, président du Conseil national de l’artisanat du Sénégal, par ailleurs président sortant des bijoutiers du Sénégal. A l’en croire, ceci est une contradiction de taille d’autant plus qu’il existe un comptoir d’achat d’or au village de Soumbédioune qui, s’il disposait de matière première, pourrait servir favoriser la transformation sur place de ce métal dont la quasi totalité de la production est exportée à l’état brut principalement vers la Suisse. Poursuivant, Moussa Niang explique que le secteur de l’artisanat en général, la bijouterie en particulier, peut lutter contre le chômage. Car ce secteur peut absorber un nombre important de jeunes chômeurs vu que le secteur est très pourvoyeur d’emplois. D’ailleurs, les chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) font apparaître clairement que l’économie nationale repose pour beaucoup sur le secteur l’informel. Selon l’ancien président des bijoutiers, l’informel couvre plusieurs corps de métiers. Toutefois, plus de 60 % des très petites, petites et moyennes entreprises (PME) meurent faute d’accompagnement. Selon lui, pour sauver l’artisanat, il faut impérativement accompagner les acteurs dans la formation afin qu’ils soient plus productifs. C’est d’autant plus nécessaire, soutient-il, qu’il existe un grand marché dans la sous-région. Moussa Niang se demande d’ailleurs pourquoi on ne ctéerait pas un le label « Made in Sénégal » dans le secteur de la bijouterie, car les ressources humaines ne manquent pas dans ce pays. Le seule problème, soutient-il, c’est mauvais management de ce secteur.

La taxe de 18 % sur l’or brut, un véritable goulot d’étranglement

La politique fiscale concernant l’or brut est une chose qui dépasse l’entendement des acteurs de la bijouterie. « Il n’y qu’au Sénégal que l’or brut est taxé jusqu’à hauteur de 18 % dans un secteur qui est à l’agonie. Par conséquent, l’or est très cher et n’est pas accessible à tous les bijoutiers du pays. Une telle taxe à un tel taux et pour cette matière, cela n’existe dans aucun autre pays au monde et pourtant les autorités continuent de la maintenir !» s’offusque l’actuel président de l’Association nationale des bijoutiers du Sénégal, Ibrahima Niang. En outre, l’autre point qui lui tient à cœur et qu’il a du mal à comprendre c’est le manque d’or au niveau du comptoir d’or de Soumbédioune. Il ne s’explique pas non plus que les bijoutiers ne puissent pas bénéficier de la production d’or de la région de Kédougou. Selon la personne morale des bijoutiers locaux, il faut impérativement un marché de l’or moderne, c’est-à-dire de dernière génération, qui en prenne en charge toute la chaine de production. Ce marché embrassera toute la chaine de la raffinerie jusqu’à la commercialisation sans oublier la production. Ibrahima Niang épouse plaide pour la transformation et la consommation locale pour sauver le secteur de l’artisanat. Mais, surtout, celui de la bijouterie dont le savoir-faire n’est plus à prouver. Il souhaite aussi la prise en charge de la bijouterie par le Projet d’employabilité des jeunes par l’apprentissage (PEJA).

CONTOURS DES DIFFERENTS PROJETS MINIERS EN OR

Projet de Mako104 Toro Gold

Le projet se situe dans l’est du Sénégal, au sein de la fameuse « Fenêtre de Kéniéba » dans laquelle se trouve un nombre d’opérations minières de classe mondiale, y compris la mine de Sabodala à environs 40km de Mako. Une étude de faisabilité définitive achevée en 2015 indique une ressource de 1,4 million d’onces avec une réserve d’un million d’onces à une teneur moyenne de 2.25g/t. Une Etude d’Impact Environnemental et Social pour le projet de Mako a aussi été complétée en 2015. Une concession d’une durée de 15 ans a été obtenue en juillet 2016. La construction de la mine a duré 18 mois pour un investissement de 160 MUSD. La production a démarré en Janvier 2018. Les autres opérations de Toro à Kédougou sont toujours au stade de l’exploration.

Gisement de Malikoundi105 IAM Gold

La société a découvert le gisement de Malikoundi (dans le cadre de son permis pour Boto) et, par conséquent, elle a étendu ses opérations de forage dans la zone. Le permis s’étend sur 236 km2 et l’étude de faisabilité annonce le 22 octobre 2018 des réserves prouvées et probables totales de 1,7 million d’onces. Ressources indiquées (incluant les réserves) de 2,2 millions d’onces. Production aurifère annuelle moyenne est prévue à environ 140,000 Oz

Gisement de Makabingui

WATIC-Makabingui Gold Operation a obtenu fin 2016 un permis d’exploitation de 5 ans renouvelable pour le gisement Makabingui (1 M d’onces d’or contenues dans 11,9 Mt de minerais d’une teneur moyenne en or de 2,6g/t), pour une entrée en production également en 2018.

Teranga Gold Corporation :

Une multinationale canadienne dont le siège est à Toronto. La société est cotée à la bourse de Toronto Le projet aurifère de Sabodala est divisé en six projets : Sabodala, Near Mine, Falémé, Dembala, Massakounda et Garaboureya. Aux termes d’une convention minière globale conclue en 2005 avec le gouvernement sénégalais, une concession minière a été accordée en 2007 au projet de Sabodala et 10 permis de recherche ont été octroyés à cinq autres projets. Le projet de Sabodala produit de l’or depuis mars 2009. La concession minière pour ce projet s’étend sur 33 kilomètres carrés environ et elle a été récemment prolongée jusqu’en 2022 (sous réserve de renouvellement). Le projet de Sabodala compte 5 gisements en plus de Sabodala : Masato, Niakafiri, Niakafiri Ouest, Soukhoto et Dinkokhono. Les permis de recherche pour ces projets couvrent un périmètre d’un peu plus de 1 000 kilomètres carrés. Barrick Gold/ Terangagold En termes d’investissements, la compagnie a dépensé 34,5 milliards de FCFA. En Mars 2020, Terangagold a complété l’acquisition auprès de Barrick Gold du gisement de Massawa et de ses satellites. Les termes de la transaction indique une contrepartie initiale s’élevait à 380 millions de dollars et comprenant environ 300 millions de dollars en espèces et un total d’environ 80 millions de dollars d’actions ordinaires de Teranga (les «actions de Teranga») émises à Barrick et CSTTAO. En ce qui concerne la composante en actions de la contrepartie initiale, environ 19,2 millions des actions Teranga ont été émises à Barrick et environ 1,6 million d’actions Teranga ont été émises à CSTTAO..

Projet aurifère de la Somigol Teranga Gold Corporation

Aux termes d’une convention minière globale conclue en 2005 avec le gouvernement sénégalais, une concession minière a été accordée en 2010 au projet aurifère de la Somigol (Société des mines de Golouma) qui est voisin du projet de Sabodala. La concession qui s’étend sur un périmètre d’environ 212,6 km2 expire en 2025 (sous réserve de renouvellement). Elle couvre les gisements de Masato, Golouma Ouest, Golouma Sud, Kerekounda, Kourouloulou, Niakafiri SudEst, Niakafiri Sud-Ouest et Maki103. Le site présente des réserves exploitables estimées à plus de 38 (t). Source Rapport ITIE 2019




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