Comment les sportifs maintiennent leur forme tout en jeûnant




Le sport et le jeûne semblent être incompatibles. Les exercices physiques qui nécessitent une dépense d’énergie, pourraient rapidement affaiblir le corps de l’individu, en période de ramadan, qui est un moment de diète pour les musulmans. Mais cela n’empêche pas certains sportifs de pratiquer leur discipline, même si, parfois, c’est de manière différente.  

En cette matinée du mardi 3 avril, en plein ramadan, les lueurs de soleil commencent à illuminer le stade Ngalandou Diouf de Rufisque, mais elles sont souvent atténuées par les nuages qui favorisent tant soit peu la pratique sportive. Sur la pelouse, les joueurs de Teungueth football club (Tfc) sont déjà sur pied par la séance d’entraînement matinale.   

Une séance qui a débuté à 9 h 30, sous l’œil attentif du coach Youssouf Dabo et du préparateur physique. Le rythme est élevé. Après quelques minutes d’étirements, ils enchaînent des exercices d’endurance et de résistance intensifs. Personne ne lésine à l’effort. On ne sent pas l’effet du ramadan chez les joueurs. Pourtant, certains ont observé le jeûne.     

C’est le cas du capitaine des représentants du Sénégal à la Ligue des champions cette saison, El Hadj Moutarou Baldé. Teint noir, petit de taille, on pouvait lire dans ses yeux la fatigue, après cette rude séance. Avec l’intensité des exercices, difficile de croire qu’un joueur peut allier les entraînements avec les rigueurs du jeûne.

Mais Moutarou le fait souvent.  «Il est difficile de combiner les deux ; c’est loin d’être chose facile, dit-il. Mais cela ne me pose aucun souci. J’ai l’habitude de jeûner tout en faisant du sport».

 Le capitaine du Tfc est l’un des rares joueurs du club et même de l’élite football sénégalais qui observe le jeûne en plein compétition. Toutefois, Baldé ne jeûne pas le jour d’un match. «En période de compétition ou quand on a un match à jouer, je décide tout simplement de ne pas jeûner, afin de pouvoir être à la hauteur des attentes», explique-t-il. 

Selon lui, ‘’à défaut de ne pas pouvoir cumuler les deux, le mieux est de sacrifier le ramadan au profit du sport».

Pour son entraîneur, Youssouf Dabo, c’est un choix personnel. «C’est une question de croyance qui découle d’un choix personnel. Libre à eux de prendre la décision qui leur convient le mieux. Mais on ne cesse de leur répéter que jeûner et faire du sport est dangereux pour la santé. Maintenant, ils sont assez matures pour prendre la responsabilité de ce qu’ils doivent faire. Ce qui découle de ma responsabilité, c’est de savoir si je peux utiliser le joueur ou pas», lance Youssouf Dabo.

Libre donc à chaque joueur de prendre ses responsabilités. Néanmoins, le technicien estime que le ramadan ne doit pas être un prétexte pour changer son planning. «Il est hors de question d’opérer un changement sur le planning des entraînements, même si le ramadan nous l’impose parfois».

«Il n’est pas conseillé de faire du sport de haut niveau en jeûnant» (Médecin)

Il estime qu’il ne fait pas de différence entre ceux qui ont jeûné et les autres. «S’il y a certains joueurs qui ne répondent pas à mes attentes, je les sors et je continue avec ceux qui veulent travailler dans les conditions que je souhaite. Peu importe son implication et le résultat qu’il fournit au sein de l’effectif», soutient-il.  

Pour coach Dabo, il est difficile de garder le même tempo dans le haut niveau, en alliant le jeûne et la compétition. «Il y a forcément des impacts en ce qui concernent leurs prestations au niveau des séances d’entraînement ainsi que lors des matchs. On est tous conscient qu’en période de diète, les performances ne sont pas pareilles qu’en temps normal», remarque Youssouf Dabo.

Le technicien rufisquois tolère, mais le médecin du club, Docteur Alioune Diouf, ne le conseille pas aux joueurs. ‘’Il n’est pas conseillé de faire du sport en observant le jeûne. Pour les sportifs de haut niveau, ils courent un énorme risque. Il est préférable d’attendre après la rupture pour faire du sport», ordonne-t-il.

Selon le Dr Diouf, «le jeûne diminue toutes les capacités de l’individu, notamment la dilatation, mais aussi en termes d’apport glycémique. Quand l’être humain n’a plus d’apports extérieurs, il ne lui reste que les apports internes pour brûler la graisse et créer des réserves glucidiques pour nourrir les cellules».

Dans les salles, la musculation en baisse

Si, dans le football professionnel, le ramadan n’a pas poussé les coaches à revoir leur planning, ce n’est pas le cas pour plusieurs Sénégalais. La majeure partie des terrains de football qui étaient bondés de sportifs, sont quasi-vides pendant la journée de jeûne. Beaucoup de personnes attendent après la rupture pour chausser crampons et baskets. C’est à cette heure aussi que les salles de musculation et d’aérobie sont plus fréquentées.  

Il est 20 h passée de quelques minutes, à Dynamique sport, une salle de sport basée à Rufisque, précisément à la cité Imprimerie, vers la route qui mène vers l’autoroute à péage. La salle est remplie de monde ; l’ambiance est au rendez-vous.

Trouvé sur les lieux, les habits trempés de sueur, Lamine Cissokho, un habitué de cette salle de sport, nous dévoile sa stratégie pour se maintenir en forme en période de ramadan. Le jeune homme est costaud, élancé, de teint noir, ses gros yeux fixés sur les machines. Il ne lésine pas sur les exercices musculaires.

«En période de ramadan, il est conseillé de faire du sport après la rupture. Avec la diète, on perd trop d’énergie et on ne peut pas faire d’activités sportives le ventre creux», confie-t-il.

Mais pour ce dernier, il ne faut pas exagérer. Le plus important, c’est le maintien. «Pour ne pas perdre du rythme et garder la forme, tout ce qu’on peut faire, c’est du maintien», conseille-t-il.

Son avis est partagé par Aicha Sarr, étudiante en commerce international. La jeune fille de teint clair et de taille moyenne, continue de faire ses séances en période de ramadan.  Mais elle a choisi après la rupture pour se maintenir en forme. «L’idéal est de faire du sport quelques minutes après la rupture, lance-t-elle. D’ailleurs, c’est à cette heure que la salle est remplie».

Mais, en cette période de ramadan, beaucoup de sportifs ont revue à la baisse l’intensité de leurs exercices. «Le plus important, c’est de faire du maintien pendant le ramadan, pour ne pas perdre le rythme. Parce que ce n’est pas facile de faire beaucoup d’efforts en cette période», reconnaît-elle.

C’est d’ailleurs le conseil que donne le docteur Alioune Diouf aux sportifs amateurs. «Ceux qui ne sont pas dans le haut niveau, peuvent ne pas faire de sport intensif. Il faut juste s’entrainer deux ou trois fois par semaine», lance-t-il. Histoire de ne pas perdre le rythme après le ramadan.

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