les infrastructures, Talon d’Achille du football africain (Par Abdoulaye THIAM, Sud Quotidien)




Lors d’un symposium tenu à Rabat les 18 et 19 juillet 2017, le Comité exécutif de la CAF, sous l’égide de Ahmad Ahmad, avait décidé de faire passer la CAN de 16 à 24 équipes et dès l’édition 2019 que le Cameroun avait pourtant candidaté à 16. Une décision politique, voire électoraliste qui va contraindre le pays de Roger Milla, Joseph Antoine Bell et autres Samuel Eto’o a accepté le « glissement » jusqu’en 2021.  
Ce qui était considéré comme une « révolution » parce qu’ayant permis à certains « petits » pays de goûter aux délices de la CAN, finit par dévoiler un autre talon d’Achille du football africain : le manque criard de stades aux normes.
Puisqu’à l’état actuel des infrastructures sportives, seuls cinq pays africains sur 55 sont éligibles à l’organisation d’une phase finale de coupe d’Afrique des nations à 24 équipes. Il s’agit du Cameroun, de l’Egypte, du Maroc, du Nigeria et l’Afrique du Sud.
Pis, 23 pays ne disposant pas de stades répondant aux normes de la Fifa pour abriter des matches pour les matches des éliminatoires de la coupe du monde Qatar 2022.
Et toutes les sous-régions du continent sont touchées, mis à part la zone l’Afrique septentrionale (Maghreb + Egypte). L’Afrique de l’Ouest se taille la part du lion avec le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Sierra Leone, le Liberia, la Gambie, Sao Tomé, et le Niger. Elle est suivie par l’Afrique de l’Est notamment le Soudan du Sud, la Somalie, l’Erythrée, le Burundi, Zanzibar et l’Afrique australe (Namibie, eSwatini, Malawi). L’Afrique centrale ferme la honteuse marche avec le Tchad, et le Centrafrique.
Un constat plus qu’alarmant pour un continent dont la population est constituée de plus de 60 à 70 % des jeunes de moins de 25 ans et dont le football est l’opium du peuple. Nelson Mandela avait d’ailleurs confié le rôle du football dans la lutte contre l’apartheid et rappelé qu’il « était la seule joie des prisonniers » sur Robben Island.
 
23 PAYS EN SURSIS
 
Cet état de fait combiné à la problématique de la pandémie de la covid-19 ont contraint la CAF d’un commun accord avec la FIFA à reporter les 1ères et 2èmes journées des éliminatoires de la coupe du monde Qatar 2022 zone Afrique initialement prévues au mois de juin en septembre 2021.
Ce qui permet aux 23 pays déjà sursis de disposer de cinq mois pour se mettre aux normes et d’éviter l’externalisation leur match. La course à l’homologation devrait être lancée un peu partout. Rappelons qu’une qualité de la pelouse (naturelle ou synthétique) et des bancs de touche, l’éclairage, la numérotation des sièges, la propreté des vestiaires, les sanitaires pour les spectateurs, la sécurité de l’enceinte et l’équipement des installations destinées aux médias constituent la batterie de mesures pour obtenir le feu vert afin d’accueillir les matches des éliminatoires du Mondial qatari.
 
MOTSEPE DOIT FAIRE MIEUX QUE HAYATOU
 
L’ancien président de la CAF, tombé dans les mailles du filet et éjecté de son fauteuil tel un vulgaire délinquant poursuivi par la clameur publique, son successeur qui bénéficie, pour l’instant, du soutien total et absolu du président de la Fifa, a la lourde tâche de repositionner le football africain qui a fini par toucher le fond. Le milliardaire sud-africain n’aura pas de répit encore mois d’état de grâce. Annoncé comme un messie, le patron des Mamelodi Sundowns tente d’emblée de marquer son territoire. Son cheval de bataille est déjà trouvé. « Ce nouveau projet d’infrastructure évalué à un milliard de dollars, doit permettre de changer la physionomie du football africain. Il sera suivi de près par le nouveau président de la CAF », lisait-on dans l’édit de l’instance panafricaine de football.
La politique sportive d’Issa Hayatou également n’était pas si éloignée de celle du Dr Motsepe. Sauf que pour atteindre son objectif, le Camerounais tenait à la CAN tous les deux ans comme à la prunelle de ses yeux. Ce qui selon lui, permettait à chaque pays hôte de construire des stades. Le Prince de Garoua savait à quel point le défi de l’organisation était important aux yeux des décideurs politiques. Les Chefs d’Etat mettent toujours les bouchées doubles quand leur pays doit accueillir le gotha du football africain. Sinon, ils trainent souvent les pieds à cause certainement d’urgences tous azimuts.
Le Sénégal en est un parfait exemple. Le dernier stade construit à Dakar remonte en 1985 et c’était en perspective de l’organisation de la CAN 1992. La seule et unique que le Sénégal a eu à accueillir avec pour la première fois quatre poules de 3 équipes disputée aux stades de l’Amitié de Dakar et Aline Sitoe Diatta de Ziguinchor. Après 37 longues années d’attente, les amoureux du ballon rond auront droit à un autre stade flambeau neuf à Diamniadio. Rendez-vous en février 2022.
Au Cameroun, c’est encore pire. Le dernier stade construit dans ce pays qui pèse cinq trophées continentaux, 7 phases finales de coupe du monde remonte en 1972 pour accueillir la seule et unique CAN également disputée à domicile par les Lions indomptables. Il s’agit du stade omnisports Ahmadou Ahidjo, qui, avec le stade de Douala avait abrité la CAN 1972.
Aujourd’hui, grâce à la CAN 2021 prévue du 9 janvier au 6 février 2022, le pays a pu construire quatre nouveaux stades (Limbe Omnisport Stadium, Roumba Adjia de Garoua, Stade Japoma et Estadio). Les deux stades susmentionnés ont été réhabilités. Ce qui fait un total de six stades.
La Guinée-Equatoriale voisine également avait profité des CAN 2012 et 2015, pour se doter de quatre stades (stades Malabo, de Bata-Nkoatoma, d’Ebebeyin et Mongomo).    
Les autres pays, qui n’ont pas eu la chance d’abriter une phase finale de CAN vont devoir recourir à la coopération chinoise. Soit, pour la réhabilitation de l’existant, soit, pour la construction d’une infrastructure nouvelle. C’est le cas de la Guinée avec le stade Nongo qui fera certainement oublié le mythique stade du 28 septembre.
 
L’ENTRETIEN, UN AUTRE CASSE-TETE
 
La construction des infrastructures est une chose, leur entretien en est une autre. Il constitue aussi un véritable casse-tête des différents états africains. Si l’Afrique du Sud a pu accueillir le Mondial et homologuer 13 stades, si le Maroc a fini de démontrer sa capacité à accueillir une phase finale de coupe du monde après cinq tentatives infructueuses avec ses huit stades qui n’ont absolument rien à envier aux stades européens, tel n’est pas le cas pour l’écrasante majorité des pays africains.
Un seul exemple suffit pour démontrer à quel point, certains pays pêchent au niveau de l’entretien. Le Mali a abrité la CAN 2002 disputée sur quatre stades. 19 ans après, ce pays ne dispose d’aucun stade répondant aux normes. Les stades du 26 mars de Bamako, d’Amary Daou de Segou, de Babemba Traoré de Sikasso et celui d’Abdoulaye Makoro Cissokho de Kayes sont devenus des champs de ruine. Pis, le Gabon qui a pourtant abrité la CAN 2017 n’a homologué qu’un seul stade. C’est celui de la Rénovation de Franceville. Idem pour l’Angola, hôte de la CAN 2010.
A défaut de confier la gestion de ces infrastructures à des collectivités locales, comme semble être le cas en Afrique du Sud, d’autres pays tentent de contracter avec des privés. C’est le cas de la Guinée qui a confié l’entretien, la gestion du stade Nongo à Antonio Souaré pour les 30 prochaines années. C’est peut-être une piste de solution. Au Sénégal, la trouvaille avec la Société de Gestion des Infrastructures Publiques (Sogip) qui gère l’irréel Dakar Aréna au niveau de Diamniadio n’est pas non plus mauvaise.

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